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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 13:57
Pourquoi redécouvrons-nous depuis seulement quelques années le fameux rapport Meadows, plus connu sous le nom de "rapport du Club de Rome" et dont le titre malheureux en français est Halte à la croissance ? La réponse est peut-être à trouver dans la psycho-histoire.

Sans chercher à réécrire en moins bien ce qu'a déjà dit Jean-Marc Jancovici de ce document :
(...) sa seule conclusion forte est que la croissance matérielle perpétuelle conduira tôt ou tard à un "effondrement" du monde qui nous entoure, et que, même en étant très optimiste sur les capacités technologiques à venir, l'aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles (...), l'effondrement se produit avant 2100.
Cette étude, dont nous avions déjà un peu décortiqué les bases théoriques, avait pour objectif d'alimenter les réflexions de ceux qui commençaient à penser qu'il risquait d'y avoir un vice caché dans l'idéal sociétal alors en vigueur, l'American Way Of Life, à savoir qu'il existait des limites à la croissance (matérialiste) - ce qui était le titre original du rapport (Limits To Growth).

Le document eut le malheur d'être publié en 1972, soit un an avant le choc pétrolier. La crise économique qui s'ensuivit est souvent évoquée comme cause majeure de l'enterrement du rapport : avant de se soucier de ce que sera le XXIème siècle, il fallait déjà terminer le XXème dans de bonnes conditions. Dans ce cas, pourquoi le contre-choc pétrolier de 1986 n'a-t-il pas exhumé ce rapport de la pile des préoccupations de l'humanité ?

Tout simplement parce que la vraie cause était toujours active : la Guerre Froide. Comment peut-on se soucier de l'avenir à long terme de l'humanité quand nul n'est capable de garantir qu'une guerre thermonucléaire totale n'ait lieu dans les prochains mois ? Tous ceux qui sont nés avant 1970 se rappellent que Docteur Folamour était alors un film qui servait alors d'exutoire à un mal de vivre général : "plutôt Rouges que morts", scandaient de nombreux Européens, tandis que l'avancement des accords de désarmement (SALT, START I et II) faisaient périodiquement la une des journaux. Un tel malaise existentiel ne pouvait que favoriser les comportements épicuriens que nous commençons maintenant à réprouver.
undefinedCe n'est donc qu'au début des années 1990, une fois le Mur de Berlin complètement détruit, qu'on a pu recommencer à distinguer l'autre mur, celui de la finitude des ressources, toujours lointain mais toutefois un peu plus proche qu'avant, et qu'on a commencé à s'interroger sur l'existence d'autres murailles, comme celles du climat par exemple. Sur ce dernier pan de mur, c'est d'ailleurs en partie grâce aux compétences développées aux derniers temps de la Guerre Froide pour quantifier les terribles conséquences à long terme de l'"hiver nucléaire" qu'on a pu rapidement s'apercevoir que nous risquions désormais un "été fossile" : le premier rapport du GIEC date de 1990.

Malgré cela, nous n'avions pas quitté Charybde pour nous intéresser aussitôt à Scylla : la disparition brutale de l'épée rouge de Damoclès a poussé tout l'Occident, qui voyait son modèle sociétal triompher après près de cinquante ans de combat immobile, à s'enivrer de croissance matérialiste sans plus s'intéresser au reste du Monde et au surlendemain. Préparons tous la Grande Fête de l'An 2000 !

La première année du XXIème siècle, un matin de septembre, sur la Côte Est des Etats-Unis, quatre avions sonnèrent officiellement la fin de l'épisode soûlographique et rappelèrent aux Occidentaux, brutalement dégrisés, qu'un certain nombre de questions fondamentales n'avait toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.

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