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L'acronyme PO/RC désigne la combinaison de deux pénomènes problématiques, le Peak Oil (PO) - en français pic pétrolier - et le Réchauffement Climatique (RC). Tous deux sont matériellement inéluctables, mais d'impact variable selon les décisions que nous prenons aujourd'hui ; le fait que les deux surviennent concomitamment rend les décisions plus urgentes, le choix des bonnes solutions plus critique.

 

Le pic pétrolier va-t-il faire s'infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre ?

 

C'est un argument propagé par certains piquistes. Mais ceux-ci négligent le fait que le CO2 n'est que l'un des multiples gaz à effet de serre (GES). Le graphique ci-contre est extrait du site de Jean-Marc Jancovici : il représente la répartition des GES (convertis en équivalent carbone) émis par l'homme en 2004. On voit bien que le CO2 d'origine fossile n'est  qu'une partie du problème.

Un mot sur les émissions de méthane : une partie est certes dûe à l'industrie des hydrocarbures (fuites d'exploitation principalement), mais l'essentiel provient de sources animales (ruminants) et végétales (rizières), dont les émissions sont corrélées à la population mondiale et non à notre consommation énergétique.

Il en est de même pour la déforestation, en grande partie motivée par la recherche de nouvelles terres agricoles. On voit donc qu'un tiers des émissions (CO2 liée à la déforestation et méthane) ont comme facteur principal l'accroissement des besoins fondamentaux en nourriture de la population mondiale.

En 2007, on estime que 25% des émissions de carbone fossile proviennent du pétrole, contre 60% pour le charbon et seulement 15% pour le gaz. Ces estimations s'obtiennent en appliquant les coefficients suivants aux données mondiales de production fournies par BP :
  • pétrole : 0,85 Mt CO2 émis par tep
  • gaz : 0,65 Mt CO2 émis par tep
  • charbon : 1,125 Mt CO2 émis par tep
Le pétrole n'est donc responsable que de 15% des émissions totales de gaz à effet de serre d'origine humaine, soit un septième du problème. Même s'il est brutal, le passage du pic pétrolier ne suffira pas pour réduire les émissions de GES.

Il faut par ailleurs relativiser l'importance du pétrole comme carburant de l'économie mondiale : depuis 2006, c'est le charbon qui est redevenu la première source de gaz carbonqique atmosphérique, comme ce fut le cas de 1850 jusqu'au début des années 1970. Le pic pétrolier pourra éventuellement ralentir l'expansion économique mondiale pendant quelques années, mais il ne l'entraînera pas avec lui dans sa décroissance.


Les scénarios du GIEC sont-ils crédibles ?

Les scénarios d'émission créés par le GIEC pour étudier les différents cas de figure du réchauffement sont souvent critiqués par les piquistes (dont certains éminents comme Jean Laherrère de l'ASPO) : les quantités de carbone que ces scénarios prévoient d'envoyer dans l'atmosphère seraient largement supérieures aux ressources d'hydrocarbures et de charbon exploitables à des conditions technico-économiques raisonnables.

Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que ces scénarios sont... en-deçà de la réalité. Conçus au début des années 1990, ils sous-estiment la quantité de gaz à effet de serre que nous avons réellement envoyée dans l'atmosphère depuis. Il est de ce fait question au GIEC de les revoir à la hausse.

Les réserves fossiles, telles que nous les connaissons aujourd'hui, garantissent que nous pourrons suivre le rythme prévu par les scénarios intensifs - et catastrophiques - jusqu'en 2050 environ, ce qui nous amène à 450 ppm si la progression reste linéaire. Un coup d'oeil au carbonomètre ci-contre permet de comprendre l'impact à terme d'une telle concentration.

Pour poursuivre la tendance, il faudra exploiter des ressources fossiles non conventionnelles - et aujourd'hui non comptabilisées dans les réserves fossiles - comme le charbon présent en quantité massive dans le sous-sol de la Mer du Nord, ou bien comme les hydrates de méthane qui tapissent certains fonds océaniques. Ce ne sont pas les réserves restantes de pétrole qui comptent, mais celles de charbon et de gaz, sous toutes leurs formes.

Nombreux sont ceux qui doutent qu'on aille jamais chercher ces combustibles si difficiles d'accès : mais comment être sûr que d'ici 40 ans, notre soif d'énergie ne nous aura pas poussé à trouver des solutions techniques ? L'Histoire nous montre que nous l'avons fait jusqu'à ce jour : la toute première exploitation canadienne de sables bitumineux a commencé à produire 30 000 barils par jour en 1967, il y a... 41 ans. Aujourd'hui, plus d'un million de barils par jour - quarante fois plus - proviennent de cette province de l'Alberta, et ce n'est qu'un début.

Même si nous laissons tranquilles ces ressources non conventionnelles, et que les émissions de carbone fossile décroissent enfin par épuisement des réserves, deux phénomènes risquent de prendre le relais :
  1. la fonte du pergélisol des régions arctiques : ce sol gelé en permanence contient d'énormes quantités de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO2 ;
  2. l'accroissement de la déforestation, à la fois pour augmenter le nombre de terres arables nécessaires pour nourrir la population mondiale qui continue de croître et pour fournir un combustible de remplacement (bois).
Comme on est aujourd'hui incapables de chiffrer précisément l'effet de tels phénomènes, l'approche par scénarios multiples adoptée par le GIEC est une bonne façon, sinon la meilleure, d'envisager le champ des possibles.

Le lecteur disposant de quelques bases scientifiques pourra s'intéresser à ce papier d'une équipe du MIT (Webster et al, 2008) qui effectue une analyse de l'incertitude (incertainty) relatives aux émissions futures de gaz à effet de serre.

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