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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 15:52
Une grande partie des débats actuels sur le climat et les ressources naturelles font appel à de multiples modèles : des croisements d'algorithmes savants et de bases de données gigantesques qui ont pour but de fournir des éléments de prospective, généralement afin d'amener une prise de conscience des "décideurs".

L'un des plus anciens modèles est celui mis au point par Meadows dans les années 1970. Depuis qu'on s'est aperçus, une génération plus tard, que ce modèle donnait finalement des résultats pas si faux que ça, de nombreux groupes de réflexion se sont emparés de l'approche pour faire avancer leur cause sur les questions d'environnement et de ressources naturelles, notamment énergétiques.

Avant de porter un jugement sur ces différents modèles, tentons d'abord de construire un "méta-modèle", c'est-à-dire de décrire l'architecture générale d'un modèle idéal capable de décrire le futur de l'humanité sur une assez longue période, une sorte de théorème général de la psycho-histoire en quelque sorte.
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Une première version de ce méta-modèle pourrait être celle donnée ci-dessus. C'est bien entendu perfectible, mais cela suffit pour faire une première comparaison des modèles les plus connus.

Prenons pour commencer le modèle Meadows :
undefinedMis à part l'impasse sur la modélisation fine du système économique et commercial mondial (chose que personne n'a jamais su faire par ailleurs), ce modèle est assez complet. Ce qui n'est pas modélisé non plus, c'est justement la conclusion du fameux rapport Meadows, dit "du Club de Rome" : il y a des décisions lourdes à prendre aux niveaux de gouvernance les plus élevés et sans doute une vision sociétale à ré-écrire pour arriver à obtenir d'autres résultats moins déprimants du modèle.

Maintenant, penchons-nous sur les scénarios plus orientés sur les questions d'énergies fossiles et de réchauffement climatique. Nous allons positionner le modèle Mescalito mis au point par la Direction de la Recherche d'EDF, et qui est assez similaire, quoique plus complet, au modèle d'ASPO-France. Nous allons également nous occuper des scénarios du CERA (des consultants américains apparemment payés pour annoncer de bonnes nouvelles) et de ceux des peakniks, qu'on trouve en abondance sur Internet.
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Enfin, pour que la photo de famille soit complète, nous allons également faire apparaître le modèle de l'AIE, qui sert aujourd'hui de référence au sein de l'OCDE, et les fameux "scénarios d'émissions" du GIEC.
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On constate que ces différents modèles, qu'on s'amuse souvent à confronter, ne sont en fait pas du tout comparables du point de vue de leur "moteur" : le GIEC ne cherche pas trop à savoir si ses scénarios de consommation sont géologiquement possibles ou pas (en fait beaucoup le sont), et l'AIE non plus bien qu'elle ait fait un travail remarquable dans la modélisation économique. N'oublions pas qu'elle fut créée en 1973, pour conseiller les membres de l'OCDE sur les politiques énergétiques à adopter face à une OPEP soudainement rebelle.

Du côté des détecteurs de pics, seuls EDF et ASPO-France peuvent décemment être crédités de modèles sérieux pour la question des pics d'énergies fossiles. Mescalito (EDF) notamment semblerait aller plus loin qu'ASPO-France, en modélisant également pour partie la consommation et les politiques gouvernementales (CO2, EnR, transports...).

En particulier, les modèles "peakniks" se contente de modéliser l'offre sans tenir compte des questions industrielles et avec une base de données quasiment inexistante sur la question des ressources : leurs modèles se contentent d'une variable, souvent décrétée constante, appelée les URR (Ultimately Recoverable Resources). Or la détermination même de cette valeur (qui varie au cours du temps) mérite un modèle à elle toute seule.
EDIT : notons un progrès de la part du fameux modèle "Campbell" qui intègre, depuis mai 2008, les spécificités de la production off-shore (production en plateau et non en courbe en cloche) mais reste toujours assez léger sur la modélisation du cycle d'investissement lui-même, qui définit la vitesse et le débit du "robinet" qu'on branche sur les réserves.

On peut toutefois reprocher à tous ces modèles, excepté celui de l'AIE, la non-prise en compte des cycles économiques et des mécanismes d'équilibre offre/demande : or ce sont ces facteurs qui influent le plus la variation des productions d'énergie. Les deux précédents pics pétroliers locaux que nous avons rencontrés ont été avant tout provoqué par des crises économiques : le pétrole lui-même n'avait jamais alors manqué.

Enfin, il est quand même incroyable de se dire qu'en terme de couverture fonctionnelle, personne n'a réussi à égaler le modèle Meadows depuis 40 ans ! Ce n'est pourtant pour des questions de puissance de calcul : le modèle Meadows tournerait sans problème aujourd'hui sur un banal tableur. Avons-nous perdu la capacité à construire la global picture ?





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commentaires

JW 23/12/2010 09:46



Pour information, dans le modèle Mescalito la "gouvernance" demeure très implicite. Elle intervient à travers des hypothèses sur les parts de marché de différentes technologies. En revanche le
modèle intègre la démographie comme un facteur influant sur la consommation. Par ailleurs le modèle évalue les émissions de CO2 associées au secteur de l'énergie



Pepe de Bienvenida 17/11/2008 16:47

En réponse à Imago:
Si on accepte un modèle à croissance exponentielle (croissance "naturelle", de la population p.ex.), on n'est pas surpris. Dans un tel contexte, les nouveaux venus devraient un jour courir à la vitesse de la lumière pour aller chercher des terres disponibles!

Imago 25/01/2008 09:47

Très intéressant, surtout la question finale.
Peut-être avons-nous effectivement perdu la capacité (pour autant que nous l'ayons eue un jour) de construire un modèle global à cause de l'hyper-complexité de notre monde.
Je me demande aussi si un affinage du modèle Meadows ne risque pas de de retourner contre ceux qui le commanditeraient, comme vous l'avez dit, il n'a pas été vraiment contredit, il se serait plutôt vérifié. Ce qui m'a frappé, c'est leur modèle "ressources infinie" qui montre que malgré tout on finirait par un "overshoot". Si ce modèle se confirmait pas un nouveau, encore plus exhaustif, qui oserait l'annoncer ?