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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 07:00
Yves Cochet - Les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites, pour des raisons géologiques et économiques que vous ne voyez pas. II faudrait mettre en place quelque chose d’entièrement nouveau, une société de sobriété dont je ne peux dessiner, de manière très sommaire, que quatre orientations principales. Premièrement : tendre à l’autosuffisance…
Marc-Philippe Daubresse - En matière d’autosuffisance, vous vous y connaissez !
Comme on peut l'apprécier, les débats à l'Assemblée ne volent pas toujours très hauts.

En l'occurrence, il s'agissait d'une session où l'on débattait du projet de loi issu du trop célèbre Grenelle de l'Environnement . Yves Cochet profitait que la tribune se soit libérée un instant pour y rappeler son credo pour l'avenir de l'humanité en général et de ses électeurs du XIVème arrondissement en particulier :
Premièrement : tendre à l’autosuffisance locale et régionale en matière énergétique et alimentaire, au nord comme au sud.
Deuxièmement : aller vers une décentralisation géographique des pouvoirs – bref, vers une France fédérale dans une Europe fédérale.
Troisièmement : s’efforcer de relocaliser les activités économiques.
Quatrièmement : viser une planification concertée et l’instauration de quotas, notamment en matière énergétique et alimentaire.
Débarrassé de ses atours catastrophistes ("La catastrophe actuelle n’est pas une crise financière, économique, écologique, politique, sociale ou culturelle. Elle est tout cela à la fois et simultanément") trop faciles par les temps qui courent et qui fleurent bon l'intellectualisme parisien légèrement gauchisant ("L’espoir d’une nouvelle phase A du cycle de Kondratiev succédant à la phase B que nous traversons depuis trente ans, est vain. Nous ne sommes pas à l’aube d’une nouvelle croissance matérielle ou industrielle, mais dans la phase terminale du capitalisme"), le point de vue d'Yves Cochet se révèle être un appel au retour d'une société qu'on pourrait techniquement qualifier de moyen-âgeuse, chaque région fonctionnant quasiment en autarcie, vaguement coordonnée par un pouvoir central lointain dont les prérogatives restent mystérieuses.

Cette recette-miracle à la crise actuelle tient assez du remède universel, puisqu'elle était initialement préconisée pour répondre à la menace du pic pétrolier, que nous avons probablement passé il y a deux ans dans l'indifférence générale. Apparemment, elle soigne aussi les maux de subprime et de CDS, même si aucun de ces principes ne traite les questions macro-économiques.

Ce qui est également étonnant, c'est que dans ce projet de société dite "de sobriété", la réduction des besoins ne vient qu'en dernier ! On commence d'abord à se replier sur soi-même, entre voisins, et puis ensuite seulement chacun doit se mettre au régime sec. On se croirait dans l'Ambassadeur des Ombres, cette bédé de Christin et Mézières où ledit peuple des Ombres, après avoir connu la gloire et la puissance, a décidé de revenir à une vie d'ascète, primitive et idéalisée, et cherche à convaincre les Terriens de faire de même.

Publiée en feuilleton dans les Pilote de la grande époque, cette série y a côtoyé le baba-coolissime Simon du Fleuve. Mais les auteurs faisaient leurs la position de Laureline, l'héroïne de l'histoire, qui donne le mot de la fin avant de rapatrier en catastrophe sur Terre les quelques rêveurs convertis  :

Et puis, vos Ombres, je les trouvais bien aimables mais un peu paternalistes, non ?

Mais revenons au Grenelle : nombreux se déclarent déçus par cette souris qu'ils espéraient montagne. Ainsi Jean-Marc Jancovici dans les Echos :
Au lieu d'une réponse fondée sur quelques grandes mesures très structurantes à l'effet d'entraînement puissant, le problème a été pris à l'envers, à coup de taxounettes et de mesures sectorielles mises en place de manière désordonnée. Les concepteurs politiques du processus sont ici en cause. Un petit coup de bonus malus ici, une taxe à l'essieu là, et un petit coup de certificats d'économie en plus : tout cela est un aimable bazar qui ne répond à aucune vision d'ensemble à la hauteur et à l'imminence de l'enjeu.
Certes, mais peut-on vraiment parler de publicité mensongère ? Revenons à ces fameux accords de Grenelle de 1968 qui donnèrent le titre à la présente initiative environnementale, sur quoi ont-il débouché ?
Les accords de Grenelle, conclus le 27 mai 1968 - mais jamais signés - aboutissent essentiellement à une augmentation de 35 % du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) et de 10 % en moyenne des salaires réels. Ils prévoient aussi la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968.

Rejetés par la base, ils ne résolvent pas immédiatement la crise sociale et la grève continue.
Bref, ce fut un échec, tout en ayant de même accordé des "petites" augmentations ici et un "petit" acquis social là. Mais ce ne sont pas les accords de Grenelle qui ont transformé la misère ouvrière de Zola en notre petit paradis de classes moyennes.

Cessons donc de nous lamenter sur la tiédeur du compromis obtenu. C'était écrit ! Maintenant que ce train-là est passé, intéressons-nous aux horaires des suivants.

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Published by Aerobar Films - dans Personnalité du jour
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commentaires

Tax carbon 06/11/2008 21:13

Comme d'habitude, l'analyse de J-M. Jancovici dans Les Echos est d'une lucidité et d'une pertinence rares. J'ai entendu Borloo exprimer à peu près la même chose à demi-mots à la radio. Il expliquait que la crise financière actuelle est liée à la concentration des capitaux sur les entreprises de l'énergie et des matières premières qui aurait favorisé les crédits hypothécaires à risques... J-M Jancovici ne dit pas autre chose. Et il a raison d'affirmer que le bonus malus n'aura pas l'efficacité de la taxe carbone.

Aerobar Films 06/11/2008 21:25


"la crise financière actuelle est liée à la concentration des capitaux sur les entreprises de l'énergie et des matières premières qui aurait favorisé les crédits hypothécaires à
risques..."
Non, s'il ya eu crise des subprime, c'est parce que la finance est allé au-delà des limites qu'on pensait qu'elle saurait elle-même se fixer, à savoir ne pas prêter indéfiniment à des gens
probablement insolvables.

La concentration des capitaux sur les matières premières (via les marchés à terme) est une autre facette de cette folle finance.

Il était un peu fatigué, Borloo, ce jour-là... Ou alors, il avait encore goûté quelques agrocarburants à usage interne ?