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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 22:03

La très sérieuse revue Nature publie un article montrant qu'une fois de plus, de nombreux prévisionnistes ont eu trop rapidement tendance à prendfre leurs désirs pour des réalités.

Peak-Shale-Gas.jpgLes scientifiques qui ont rédigé l'article ont utilisé une approche assez proche de celle de l'infatigable Jean Lahérrère : ils ont attendu d'avoir suffisamment de recul sur le rendement temporel des gisements en exploitation pour en déduire une loi d'extraction plus proche du réel, puis l'ont extrapolé aux réserves connues. Le résultat est résumé par la surface colorée ci-contre : pic aux alentours de 2020.

Les auteurs se sont amusés à mettre en regard les prévisions publiques les plus connues : on appréciera l'approche linéaire up up to the sky de Goldman Sachs - qui nous avait déjà annoncé le baril à $175 avant 2010, rappelez-vous - et l'optimisme raisonné de l'EIA, qui prévoit un plateau ondulé à partir de 2025.

N'oublions pas que l'énergie, à l'instar des autres industries hyper-capitalistiques, a besoin de prophéties autoréalisatrices. Airbus et Boeing ont besoin de convaincre les compagnies aériennes que le marché va continuer à croître indéfiniment pour qu'elles continuent à acheter des avions ; Apple, Samsung et Microsoft ont besoin de convaincre plusieurs centaines de millions d'humains qu'il faut changer régulièrement de téléphone portable et s'équiper en écrans supplémentaires. Et Big Oil - ou plutôt ici Big Gas - a besoin de convaincre les investisseurs de forer, forer, toujours et encore.

Cet article ne retournera pas le marché à lui tout seul, mais c'est le premier coup de tonnerre dans un ciel encore bleu. Il sera bientôt suivi d'autres, plus ou moins bien argumentés, qui finiront par refaire partir les cours à la hausse.

Il y a 17 ans, paraisait dans Scientific American un article signé Campbell qui annonçait l'arrivée du pic pétrolier mondial dans les 15 prochaines années : vous connaissez la suite...

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commentaires

Env2100 06/12/2014 14:55


I00% de ce qui est publié en direction du grand public dans le domaine de l'énergie est bidonné, faussé, manipulé. N'oublions jamais qu'au lendemain de l'annonce par ladministration américaine de
la fable des Armes de Destruction Massives, 100% des médias américains ont embrayé. Pourtant, il y a un peu de vrai dans l'article de Nature.


Les gaz de schiste sont une fable en eux-mêmes. Tout le monde sait aux Etats-Unis que leurs gisements sont limités, c'est donc le premier qui produit qui gagne, d'où un excès de production locale
aux USA (pays non traditionnellement consommateur de gaznat) qui a fait chuter les cours et arrêté près d'un tiers des exploitations. Présenter des courbes dans ces conditions n'est pas seulement
idiot, c'est de la manipulation.


Les USA ne cessent depuis 1945 de chercher des moyens de pilonner leur voisin russe. Aujourd'hui il n'est pourtant guère une menace, mais les habitudes sont difficiles à changer, et Poutine torse
nu à cheval a une bonne gueule de méchant. Surtout, les USA enragent de voir l'Europe se rapprocher subrepticement de la Russie : un bloc, même hétéroclite et inconstant, de cette taille,
représenterait un vrai souci pour les USA. Les USA cherchent donc par tous moyens à limiter les échanges entre la Russie et la Vieille Europe.


Les gaz de schiste tombaient à pic pour découpler l'Europe du gaz russe : "Produisez chez vous les gars, vous allez gagner votre indépendance énergétique". Si ce truc marche, les USA gagnent sur
deux tableaux :


les Européens cessent d'acheter le pétrole russe, affaiblissant la Russie et réduisant leurs échanges et leurs liens

les Européens produisent leur gaz local grâce à la technologie américaine, devenant plus dépendants ainsi des USA.



Tout cela n'était possible qu'en ayant d'abord convaincu lesdits Européens que 


la technologie marche (c'est le cas)

qu'il y a beaucoup de gaz sous nos pieds (c'est faux)



L'ensemble de l'histoire du gaz de schiste est donc une simple manoeuvre géopolitique américaine. 


Les exploitants savent que les quantités de gaznat conventionnel cette fois-ci restent énormes ; personne ne veut se lancer à proposer un chiffre tellement il est élevé.


Il serait bien stupide, pour un pays comme la France qui importe l'essentiel de son énergie, de se lancer dans cette histoire abracadabrantesque, alors que le gaz conventionnel n'a jamais été
aussi abondant.


Enfin je dois reconnaître que les manoeuvres des Etatsuniens pour réduire l'Europe à l'état de simple vassal décervelé finissent par être pénibles et contre-productives.