Vendredi 16 mai 2008
Au fur et à mesure de l'actualité et de nos vagabondages sur la Toile, nous avons décidé d'attribuer, quand l'occasion se présentera, des labels Dérisoirement Durable™.

En passant sur cette page des Charbonnages de France, nous avons beaucoup hésité en lisant cette lyrique conclusion :
Le challenge des prochaines années pour l'Europe et pour la France ne sera pas de réduire leur dépendance vis à vis du charbon mais d'accélérer le déploiement de technologies de charbon propre qui mettront en valeur son développement durable.
Le développement durable du charbon, il fallait l'oser, surtout sans éclater de rire.

Mais cette semaine, nous remettrons finalement la palme à Big Blue, qui cherche sans doute à faire parler un peu de lui alors que son grand rival HP occupe les manchettes de journaux avec son rachat d'EDS.

Le magazine de publi-rédactionnel économique BusinessWeek titre en effet sans sourciller :
La réponse d'IBM à la crise alimentaire

La Grille Communautaire Mondiale d'IBM et une équipe [de chercheurs] de l'Université de Washington utilise des PC à l'échelle de la planète pour développer de meilleures variétés de riz.
La Grille Communautaire, c'est juste une mise en commun des capacités de calcul d'ordinateurs pour faire du calcul intensif en le distribuant sur des milliers, sinon des millions de machines. L'une des premières applications médiatiques de ce concept fut d'aider le SETI à décoder les signaux radio en provenance de l'espace pour détecter d'éventuelles sources extra-terrestres intelligentes.

Mais les OVNI, même peuplés de petits hommes verts, ce n'est pas green, c'est has been, ce n'est plus à la mode. En ce moment, ce qui excite les attachés de presse, c'est ce qui sauve la planète !

Alors, le service Corporate Communication d'IBM cherche frénétiquement ce qui ferait que la Maison Bleue puisse être repeinte en vert. Et elle déniche ce projet de génie génétique ! Rassurez-vous, il ne s'agit que d'accélérer un processus d'hybridation artificielle, pas de créer des OGM...

Mais bon, cela reste un peu tiède : simuler des croisements de variété de riz, voilà qui aurait sans doute fait tourner la tête à Mendel, mais qui laissera sans doute de glace l'homme de la rue. L'idée géniale fuse alors : déclarons que c'est la solution aux émeutes de la faim, tout simplement !

Hélas, ce n'est parce qu'on sait faire de la sauvegarde de données informatiques qu'on est capable de prendre en main la sauvegarde de l'humanité. Dérisoirement durable...
par Aerobar Films publié dans : Dérisoirement Durable
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Vendredi 16 mai 2008
On a l'habitude d'identifier les principaux émetteurs de CO2 fossile en se fondant sur leur consommation de charbon, pétrole et gaz naturel. Mais peut-on pour autant exonérer de leurs responsabilités ceux qui extraient ces combustibles fossiles de leur sous-sol ?

Après tout, quand il s'agit de drogues, ce sont surtout les producteurs et les trafiquants qu'on poursuit et qu'on condamne.

Partant de l'incontournable base de données BP, nous avons donc cherché à identifier les Douze Salopeurs, à savoir les douze pays qui extraient le plus de carbone fossile, que ce soit pour leur consommation personnelle ou pour le revendre à d'autres nations consommatrices moins bien dotées en ressources. Le graphe ci-dessous illustre ce sombre Hall of Shame :
Les Douze Salopeurs extraient à eux seuls un tiers du carbone fossile qui est envoyé dans l'atmosphère.

Sans surprise, on trouve, bien en tête, le couple infernal Chine-USA.

Mais, les talonnant, la Russie décroche une belle médaille de bronze. L'Australie obtient également une très belle sixième place, quasiment ex-aequo avec l'Arabie Saoudite. Et le Canada, avec sa belle feuille d'érable renouvelable dans son drapeau, n'a pas vraiment à rougir de sa position.

Pétrole, gaz et charbon étant aujourd'hui à des prix records grâce aux bulles spéculatives en cours sur les matières premières, ce petit tableau d'horreur sans prétention permet de voir où les principales puissances mondiales déversent en ce moment leurs "carbo-dollars" pour alimenter les feux de leurs économies.

Et, du même coup, on obtient la liste des plus grands adversaires potentiels d'une taxe carbone mondiale.
par Aerobar Films publié dans : Gros temps sur la planète
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Mercredi 14 mai 2008
Avec la commémoration lourdingue de Mai 68, ce slogan nous semble tout trouvé pour ce que nous concocte le bon vieil Océan Atlantique Nord...

La dernière carte de la NOAA montrant les anomalies de température de surface de la mer nous montre en effet un océan bien chaud au large de nos côtes !


Le rouge profond qui caractérise la Mer du Nord correspond à une température de surface de 5°C supérieure à la normale : on va bientôt voir les plongeurs d'Acapulco sauter depuis les plateformes pétrolières de Shell ou de BP...

... Et ce d'autant plus que le Golfe du Mexique n'est pas extraordinairement chaud pour le moment. Il va falloir attendre un peu avant de déclencher l'alerte à l'ouragan de catégorie 5.

Pour en revenir à l'Europe (et même à l'Afrique du Nord), les vents d'Ouest dominants ne nous apporteront pas vraiment la fraîcheur vu comme ils vont se radoucir au contact de l'Océan.

Et la banquise polaire risque de battre un nouveau record de fonte... Voilà une pierre de plus dans le jardin en trompe-l'oeil de ceux qui nous annoncent à grand fracas et apparemment à tort un prochain refroidissement global.
par Aerobar Films publié dans : Chaud devant
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Mardi 13 mai 2008

Selon un prétendu proverbe chinois, mille jurons n'ont jamais déchiré une seule chemise.

A l'heure où nombreux se penchent à nouveau quotidiennement sur la situation de la banquise polaire arctique, ce petit graphique simplissime montre que mille colloques ne semblent pas non plus capables d'interrompre la transformation du climat de notre planète.

Plutôt que de nous maintenir encore dix ou vingt ans dans l'illusion que nous sommes en train de mettre en place, de façon universelle, un modèle de développement réellement durable de l'humanité, il serait plus raisonnable de reconnaître notre échec complet.

A l'échelle des nations, ceux qui tentent de décrocher le maillot vert sont souvent les plus schizophrènes. Les Pays-Bas se veulent le royaume de la petite reine mais ont vendu du méthane par millions de m3 à l'Europe entière. Le Danemark est très fier de ses éoliennes, mais beaucoup moins de ses plateformes offshore. La Norvège produit pratiquement toute son électricité grâce à la force hydraulique, mais noie la planète sous ses exportations de pétrole.

La position actuelle des Etats-Unis, qui n'ont toujours pas ratifié le protocole de Kyoto, a au moins la mérite de la franchise.

Peut-être faisons-nous preuve d'ambition démesurée à vouloir transformer en profondeur nos civilisations en quelques décennies par le simple truchement de taxes, de marchés de crédits d'émission et de modifications marginales de nos comportements.

Sans pour autant arrêter ce qui va dans le bon sens sans rien coûter, laissons tomber les autres efforts de prévention, souvent coûteux et au résultat aléatoire (capture et stockage du CO2, véhicules très faible consommation, etc) et consacrons les quelques années de tranquillité qui nous reste à concevoir exclusivement les soins curatifs que nous devrons apporter à la planète quand elle sera plus chaude... de six degrés.

Il n'est plus temps d'espérer la solution technologique miracle qui ne viendra pas : rappelons que l'énergie atomique n'a pas été découverte parce qu'on a cherché une alternative aux combustibles fossiles. Le temps est venu d'investir exclusivement dans les infrastructures qui nous permettront de survivre à un climat inédit.

Bref, construisons des digues plutôt que des voitures électriques.
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Article également publié sur AgoraVox
par Aerobar Films publié dans : Dérisoirement Durable
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Mardi 13 mai 2008
Nous avons récemment exposé la nouvelle thèse d'ASPO-Irlande, qui soutient que le pic pétrolier a été passé l'année dernière. Elle repose en grande partie sur une modélisation en plateau des gisements off-shore, et non pas en courbe en cloche, plus adaptée aux gisements terrestres. De ce fait, les réserves sous-marines arrivent plus lentement sur le marché et ne parviennent pas à compenser le déclin des champs existants.

Cette modélisation ne tient pas compte d'un éventuel effondrement de la demande que provoquerait une récession économique mondiale. Cette chute durable de la demande transformerait l'événement tant attendu en véritable plateau ondulé. Certains analystes en viennent à vouloir provoquer cette chute.

Elle ne tient pas non plus compte de la situation effective en Russie, deuxième producteur mondial après l'Arabie Séoudite et grand promoteur du réchauffement climatique.


On dit que les chiffres relatifs à l'activité pétrolière russe, et notamment la valeur réelle des réserves, relèveraient du secret d'Etat et que leur divulgation entraînerait des peines de prison.

Cette information est sans doute à classer dans les légendes urbaines puisque la compagnie pétrolière BP n'hésite pas à publier le montant des réserves prouvées depuis 10 ans. Il est vrai qu'elles ont tendance à croître de façon étonnamment régulière, mais peut-être est-ce dû à une intense activité de prospection menée de façon autonome par le secteur pétrolier russe. Américains et Européens sont certes sollicités pour développer des champs découverts, histoire de partager les risques et d'apporter une part du financement, mais ils sont apparemment exclus des opérations d'exploration.

On a déjà vu par le passé des trucages du montant des réserves, mais ils étaient le fait de membres de l'OPEP, pour qui c'était une méthode simple pour augmenter leur production au sein du cartel sans enfreindre les règles d'attribution de quotas.

La Russie ne faisant pas partie de l'OPEP, on peut considérer que les réserves qu'elle annonce n'ont pas de raison d'être "gonflées".

ASPO-Irlande crédite d'ailleurs la Russie de réserves plus importantes (90 Gb selon sa dernière newsletter) sur la base d'hypothèses qu'on aimerait bien connaître, mais maintient mordicus qu'elle passera son pic aux alentours de 2010. Or ces données datent apparemment de son dernier country assessment qui date de... juillet 2003, et ne tiennent pas compte du potentiel de l'Arctique qui est comptabilisé ailleurs par ASPO-Irlande.

Entre légendes urbaines et données obsolètes, le point de vue qu'on peut bâtir aujourd'hui à propos du pétrole russe sur la base de données publiques nous semble donc particulièrement brumeux. On aimerait bien que Matthew Simmons, le médiatique banquier d'affaires qui avait soi-disant épluché des dizaines notes techniques de l'Aramco depuis son bureau texan pour déduire que l'Arabie Séoudite était proche de son maximum de production, fasse enfin du vrai journalisme d'investigation et aille enquêter le temps qu'il faudra dans les plaines désolées de la Russie éternelle.

Une telle incertitude planant sur le dixième de la production mondiale rend ainsi vain tout travail de modélisation de l'offre à des fins prospectives pour l'internaute ordinaire.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Vendredi 9 mai 2008
Ougol (уголь), c'est le charbon, en russe.

Et pendant que les internautes gardent, fascinés, l'oeil sur les courbes toujours croissantes des cours du pétrole, la Russie poursuit sa lutte personnelle contre le climat.

Nous avons bien écrit "contre le climat" et non "contre le changement climatique". Le climat russe reste assez frais, surtout en hiver, et il n'est aujourd'hui supportable qu'avec un bon chauffage. Qu'il se réchauffe en peu, boljemoï, pourquoi pas ?

Ca tombe bien, la terre russe est gorgée de combustibles fossiles et, pour être bien sûr qu'ils seront brûlés le plus vite possible de façon à emballer proprement le réchauffement climatique, la Russie préfère s'équiper en centrales à charbon bien polluantes - outre les habituels trucs qui puent et mauvais la pour santé , la combustion du charbon émet deux fois plus de gaz à effet de serre que le gaz naturel - et au rendement minable - ce qui signifie qu'il faut brûler encore plus de charbon pour obtenir un kWh électrique.


Comme le souligne un article effrayant paru cette semaine :
Si la Russie veut s'en tenir à son plan de marche, elle devra installer 280 turbines d'ici 2011, soit plus d'une par semaine. A ce jour, seul les entreprises d'infrastructures chinoises se sont montrés capables de travailler à un tel rythme.
Il est temps de cesser de pointer du doigt la seule Chine comme Empire du Charbon et se rappeler que, plus près de nous, un Géant des Fossiles est en train de se réveiller.

Et l'environnement est le cadet de ses soucis.

par Aerobar Films publié dans : Gros temps sur la planète
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Jeudi 8 mai 2008

En mars 2005, alors que le baril se monnayait encore moins de $50, Arjun Murti, analyste de la banque d'investissement Goldman Sachs, inventait le concept de super-spike (super-hausse) pour le prix du pétrole. Il annonçait que le prix ne tarderait pas à atteindre les $105.

Il n'avait pas tort, même s'il a fallu trois ans pour que cette prophétie se réalise.

Mais à plus court terme, l'objectif réel fut atteint : conforter le caractère haussier du marché du pétrole. Durant tout le deuxième trimestre 2005, le baril ne cessera de voir son prix franchir des records. Et il faudra que Katrina/Rita frappent catastrophiquement les côtes de Louisiane pour que la bulle pétrolière se dégonfle brutalement, à la fin de l'été 2005. La demande en pétrole brut se contracta en effet brutalement, suite à l'arrêt inopiné et prolongé de plusieurs grandes raffineries dans le Sud des Etats-Unis.

La bulle pétrolière ayant repris du poil de la bête, une version 2.0 de la prophétie, appelée cette fois-ci hyper-spike (hyper-hausse), vient de sortir. Selon le journal Les Echos :
Aux yeux d'Arjun N. Murti et de ses collègues de Goldman Sachs, il est pourtant nécessaire que les prix non seulement atteignent des niveaux élevés, mais grimpent vite et fort, pour que cela calme vraiment la demande. Sinon, les utilisateurs ne réagissent pas vraiment. Or, souligne Goldman Sachs, compte tenu de la faible croissance de l'offre, il faut rationner les consommateurs, pour reconstituer un écart sensible entre la capacité de production et les besoins mondiaux.
La banque d'investissement prévoit - ou devrait-on plutôt dire suggère ? - que le cours monte jusqu'à 150-200 dollars "d'ici 6 mois à 2 ans" . Selon l'Usine Nouvelle, il s'agirait même d'une moyenne annuelle de $200 sur 2009, ce qui signifie que le record journalier pourrait être encore bien supérieur. Puis le cours redescendra gentiment à  $75 en 2011.

Mais si cette bouffée de fièvre ne se produit pas, le prix du baril restera accroché aux niveaux actuels, voire s'appréciera encore lentement.

Autrement dit, la banque d'investissement propose aux spéculateurs de joindre l'utile à l'agréable. D'une part, poursuivre le rythme haussier actuel, voire l'amplifier encore, pour continuer à toucher quelques sympathiques plus-values. D'autre part, en amenant ainsi le baril à des niveaux insupportables pour certaines économies émergentes, provoquer une destruction massive de la demande... en Asie par exemple. Le baril reviendra ainsi à des valeurs plus raisonnables, et les 4x4 pourront continuer à rouler impunément sur les macadams occidentaux - sans parler de l'aviation civile, aujourd'hui proche de l'agonie.

S'agit-il d'un simple et terrible exemple du cynisme glacial caractéristique du capitalisme financier qui régit notre époque, ou bien d'une action de "bombardement psychologique", décidée en plus haut lieu dans le cadre de la Deuxième Guerre Froide ? Car en parallèle, aussi bien le Department of Energy états-unien que le CERA relèvent leurs prévisions de prix  à des valeurs inhabituellement hautes : $108 en moyenne pour le DoE, et une pointe à $150 en vue pour Daniel Yergin, le médiatique président du CERA. Or ces deux sources, proches du gouvernement, avaient plutôt l'habitude de calmer le jeu en annonçant des valeurs parfois si basses qu'elles frisaient le ridicule.

Pour certains, il est sans doute plus que temps de casser l'arrogante croissance chinoise, nourrie par un pétrole peu taxé : rappelons qu'en Chine, le litre d'essence se paie encore moins cher qu'aux USA.
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Cet article a également été publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Mardi 6 mai 2008
Nous en avons énervé au moins un avec notre point de vue sur un pic peut-être pas si proche que ça, malgré les prix records du baril que nous connaissons actuellement.

Certains se demandent toutefois pourquoi les prix ne retombent pas alors que, selon l'IFP par exemple, de nouvelles capacités de production arrivent sur le marché et seraient capables de faire mieux que combler le déclin des gisements existants.

La spéculation joue certes un rôle... fondamental en ce moment, mais il faut également savoir qu'en théorie, sur un marché de commodités, le prix de marché se fixe à la valeur la plus élevée demandée par un des vendeurs, même si ce dernier n'approvisionne la communauté des acheteurs que de façon très marginale.

Un exemple simple : dans le charmant village de Champignac-en-Cambrousse, 20 ménagères consomment chaque jour une salade verte fraîchement cueillie. Sur la place de ce village se tient un marché où 3 paysans viendront vendre le fruit de leur récolte ; appelons-les Hop, Hep et Hof.

Hop a 10 salades à vendre, Hep 8 et Hof 2. Hop et Hep ont des fermes productives qui font qu'ils peuvent vendre leurs salades 1 € pièce et rentrer dans leurs frais. Hof, par contre, cultive sa salade en plantation hydroponique off-shore, ce qui fait qu'elle lui revient à 5 € pièce.

Que va-t-il se passer ? Comme Hop et Hep savent que les 20 ménagères achèteront 20 salades (elles sont complètement addict à cet or vert), et donc que Hof arrivera bel et bien à vendre ses deux malheureuses salades à 5 €, ils se posent vite la question "pourquoi lui et pas nous ?"

Une rapide étude de l'élasticité-prix de la demande en salade verte sur les dernières années leur montre qu'il y a très peu de risques que la demande se contracte pour un prix de 5 €.

Plus d'hésitation : cinq minutes après que le garde-champêtre a déclaré le marché ouvert, la salade se vend à 5 € pièce, que ce soit chez Hop, Hep ou Hof. Le maire, libéral pur sucre, se félicite du bon fonctionnement de son marché qui offre le même prix pour tous "grâce à l'effet bénéfique de la concurrence".

Et le soir, Hop et hep se frottent les mains de satisfaction devant leur tas d'euro....

Mais l'histoire n'est pas finie ! Car les ménagères se sont organisées en comité pour faire baisser les prix, et elles demandent instamment à Hop et Hep de produire au moins 2 salades de plus pour que les conditions de marché leur redeviennent favorables. Elles ont compris que si 22 salades - dont 20 dont le prix minimal de vente est à 1 € - sont sur les étals demain, les prix finiront par redescendre.

Et évidemment, Hop et Hep leur répondent publiquement qu'ils vont faire tout ce qu'ils peuvent, qu'il n'y aucun risque de pénurie, mais que leurs champs réunis ne pourront toutefois pas produire plus d'une salade supplémentaire : ils éventent ainsi la théorie du pic-de-salade-était-hier... mais maintiennent les prix à des niveaux élevés.

Le maire décide alors de créer un marché à terme de la salade...
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Lundi 5 mai 2008
On avait déjà mis en perspective les différentes prédictions de certains économistes distingués ici.

Il y a deux semaines, un autre économiste - de la banque canadienne CIBC  cette fois-ci - s'est prêté à son tour à ce nouveau jeu de Madame Sol-Oil : dans sa dernière note de conjoncture, Jeff Rubin nous prévoit un bon petit baril à $225 en 2012 - en dollars 2008 cela va sans dire - en s'appuyant sur quelques considérations sobrement illustrées par des histogrammes sur le supply crunch, l'OPEC, le marché automobile dans la zone BRIC, toussa... Même pas besoin de tirer des plans sur le pic pétrolier !

Ces estimations consolident notre schéma récapitulatif de façon assez homogène :
On attend toujours de Patrick Artus (Natixis) qu'il nous donne une update de son fameux $380 en 2015, qui commence à dater (2005).

Pour sortir de la pensée unique "ça monte parce que ça doit monter", un grand quotidien de cette riante province canadienne qu'est l'Alberta, le Calgary Herald, a eu la bonne idée d'interviewer Frank Atkins, un économiste, un vrai, un dur, un tatoué, qui "fait de la vraie science" économique à l'Université.... de Calgary.

Atkins décrypte remarquablement bien la note de Rubin, qu'il estime crédible mais cherchant avant tout à "vendre" un scénario à faible probabilité d'occurrence mais dont pourrait bénéficier l'activité de trading de CIBC. Il déclare notamment :
Ce que nous les économistes, nous connaissons et comprenons, ce sont les fondamentaux ; or vous aurez du mal à trouver quelqu'un en ce moment qui vous dira que ce sont les fondamentaux qui nous amènent à 116 $ US le baril.
Hé oui, l'offre et la demande, ces fameux fondamentaux, ne permettent pas d'expliquer ce qui se passe en ce moment sur les marchés, de la même façon que la gravité seule ne suffit pas à expliquer le comportement d'un liquide ou d'un gaz sur de petites échelles d'espace et de temps.

Et Atkins d'ajouter :
Je crois personnellement que le pétrole devrait s'orienter à la baisse, mais bien malin qui pourra deviner quand cela se produira. Probablement lorsque l'économie américaine cessera de glisser, le dollar américain trouvera son niveau plancher et les gens cesseront de prendre leur argent pour acheter du pétrole à terme en tant que valeur refuge.
par Aerobar Films publié dans : Au Pays de l'Or Noir
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Lundi 5 mai 2008
Selon sa dénomination officielle (Association for the Study of Peak Oil and Gas), l'ASPO devrait déjà s'appeler l'ASPOG.

Cette association de géologues à la retraite s'échine depuis plusieurs années à prévoir la date du maximum de production pétrolière (peak oil).

Si on en croit la célèbre courbe actualisée qui décore sa dernière newsletter, il va falloir plutôt la rebaptiser ASRUP : Association for the Study of the Real Undulated Plateau.

La raison de ce plafonnement provient d'une amélioration notable du modèle utilisé par ASPO-Irlande pour établir cette courbe. Comme il est expliqué sur le site :
Cette révision est fondée sur une mise à jour de la situation en eau profonde, modifiant ainsi la version précédente qui datait de 2005. Le modèle distingue les 4 grands pays produisant en eau profonde (Angola, Brésil, Nigéria et Etats-Unis) et agrège les autres ensemble. La version précédente tenait compte d'une production totale ultime de 68 Gb, qui a été portée à 85 Gb. Le modèle précédent était fondé sur les courbes de déplétion de Hubbert, mais cette approche a été abandonnée en reconnaissant que le taux de production en eau profonde est probablement contraint par la capacité des installations de production de surface, ce qui aboutit plutôt à un plateau qu'à un pic. Le pétrole en eau profonde est très coûteux à produire, et l'investissement est le facteur limitant.
Il était plus que temps de mettre à la poubelle ces très élégantes courbes en cloche qui ont certes permis à Marion King Hubbert de prévoir le maximum de production pétrolière états-unien, à l'époque où l'infrastructure de production ne coûtait rien ou presque, mais qui sont totalement inadaptées à la prospective dans un monde moderne et fini où tout devient rare : les ressources, les équipements, le savoir-faire... et les investisseurs.

Cette révision du modèle a pour effet remarquable d'envoyer le pic dans le passé, en 2007 : comme le dit un peu plus loin le rédacteur de l'article, "la Seconde Moitié de l'Age du Pétrole a commencé".

Il est donc officiellement établi que le pic est passé pour la communauté piquiste : pour elle, la newsletter de l'ASPO-Irlande tient presque de l'évangile. Pour la communauté - plus large et n'incluant pas complètement la précédente - de l'énergie, la chose n'est pas si sûre comme le souligne l'IFP.

On notera également que, avec une prévision de date de pic qui passe d'un mois sur l'autre de 2010 à 2007, notre point de vue sur l'erreur du pic s'en trouve encore plus conforté.

EDIT : au moment où cet article a été posté, le prix du baril a battu un nouveau record en dollars et tutoie désormais les 78 €, bien au-delà de sa valeur moyenne du mois dernier.

"La
bulle pétrolière n'est pas près d'éclater", estime Phil Flynn, analyste chez Alaron Trading.

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Cet article a également été publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
par Aerobar Films publié dans : PO/RC
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