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Economie, innovation, énergie, transports, climat... Un peu de sérendipité technophile dans un monde de brutes.

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La bulle et le brut

Un extrait du blog de Dominique Seux, journaliste aux Echos :
Le brut et la bulle

Les experts de la grande banque Lehman Brothers voient le baril à 110 dollars à la fin de l’année. Faut-il les croire ?
... Vous pourriez compléter la question : faut-il les croire davantage que leurs grands concurrents de Morgan Stanley qui avaient juré que le baril serait à 150 dollars mi-juillet ? De toute façon, 125 dollars aujourd’hui, ou même 110 en décembre, ce serait encore haut, le baril était à 73 dollars il y a exactement un an. Le litre de super 95 à un euro, ce n’est pas pour demain ! Ce qu’on peut conclure, provisoirement, de cet épisode, c’est quand même plusieurs choses. Un : on voit que la spéculation n’est pas vraiment en cause, ce sont les données physiques qui comptent.
En toile de fond de cet avis, un rapport états-unien récemment publié minimise effectivement le rôle de la spéculation.

Il a été établi par une commission ad hoc, présidée par la CFTC (Commodities Futures Trading Commission) - dont nous nous étions déjà moqués de son interprétation très originale de la notion de spéculateur - qui n'est autre qu'un régulateur, analogue à l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) en France. Comme le travail de la CFTC consiste à vérifier qu'il n'y a pas manipulation de marché, il était prévisible qu'elle n'allait pas écrire qu'elle avait failli à sa mission. Il y a des limites à l'auto-flagellation dans ce bas monde.

Tout dépend de plus de ce qu'on appelle spéculation. Ce que dit le rapport, c'est qu'il n'y a pas eu manipulation des cours  - comme nous l'avions un moment envisagé comme scénario explicatif un rien conspirationniste à la flambée du brut - et que les cours des futures ont reflété le prix d'équilibre entre l'offre et la demande.

Reflété, mais pas forcément fidèlement ! Les marchés à terme nous donnent furieusement l'impression d'amplifier et de distordre à court terme les tendances, ainsi que d'influencer le cours du pétrole physique. Par contre, dès qu'on se place à seulement deux ou trois mois dans l'avenir, les futures apparaissent clairement comme de piètres instruments de prévision des prix réels.

Pour preuve, le graphique ci-dessous, qui rapproche le prix réel passé du baril de celui des contrats futures sur les 3 prochaines années : la très légère backwardation actuellement constatée n'a rien à voir avec les variations attendues du cours du baril pour les prochains trimestres !
On peut aussi se demander pourquoi ce rapport soi-disant d'experts ne souligne pas qu'une bonne partie de la hausse du baril est simplement liée à la dévaluation lente du dollar. Oublier ce facteur nous fait douter du sérieux des "économistes" qui ont prêté leur plume à ce document qui, sous des atours d'objectivité et d'indépendance, sert, comme il est d'usage dans le monde de l'énergie, à défendre une position discutable et non à éclairer sereinement la situation.
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