En matière d'énergie ou de climat, on a l'habitude de se projeter assez loin dans le futur, ce qui est une pratique de moins en moins répandue.

Sur les marchés financiers, le
trader se focalise sur ce qui va se passer les prochaines heures ou les prochains jours. Un gérant de fonds d'investissement n'ira pas au-delà de quelques trimestres. L'industriel d'une entreprise cotée réfléchira, de temps en temps, à 2 ou 3 ans d'avance lorsqu'il étabira son plan de développement. L'homme politique, à 5 ans maximum, puisqu'aucune échéance électorale ne va aujourd'hui au-delà.
Quand on parle de changement climatique ou de pétrole, on évoque rapidement des dates comme 2020, 2030,
2050 ou même 2100. Mais mesure-t-on toujours comme ces échéances sont encore lointaines, suffisamment pour que les raisonnements en continuation de tendance soient inefficaces ? Tout le monde n'est pas Jules Verne.
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Beaucoup voient le
pic pétrolier avant 2020, soit d'ici 12 ans. Mais il y a 12 ans, en 1996, qui aurait cru que l'exploitation industrielle des sables bitumineux de l'Alberta allait s'accélérer, comme le montre le graphique ci-contre ? Que le plateau continental sous-marin brésilien
regorgeait d'hydrocarbures ?
Rappelons que deux plus tard, en 1998,
Colin Campbell et Jacques Lahérrère publiaient dans
Scientific American leur article fondateur
The End of Cheap Oil, dont le "chapeau" était :
La production mondiale de pétrole conventionnel va commencer à décliner plus tôt que ce que pense la plupart des gens, probablement dans les 10 prochaines années.
Dix ans plus tard, le pétrole est toujours abondant et, même "non conventionnel", reste abordable malgré son prix dix fois plus élevé.
2030 : une date qui paraît proche à certains, pourtant elle l'est autant de nous que l'est 1986.
1986 : le pétrole est à nouveau cher, l'URSS est bien vivante, l'Europe de l'Est est contrôlée par des régimes autoritaires et subordonnés au Grand Frère rouge, la Chine inexistante sur le plan économique. Les climatologues ont la vedette, mais parce qu'ils publient beaucoup sur
l'hiver nucléaire et non sur le réchauffement climatique. En 1986, l'expression "développement durable" n'a pas encore été forgée.
2050 : une date aussi lointaine que ne l'est
1966. L'Espagne et le Portugal sont des dictatures, la Grèce va en devenir une pendant quelques années, la France fonctionne au charbon, l'industrie du disque lance le 45 tours "deux faces, deux chansons", la première bombe H française explose à Mururoa, et le
Boeing 747 est en cours de développement. Cet avion, qui révolutionna le transport aérien en le transformant en un marché de masse, fut au départ conçu dans l'idée d'une possible focalisation rapide sur le marché du fret aérien, dans l'hypothèse alors sérieusement considérée que les avions supersoniques de type Concorde capterait rapidement le trafic passagers... Il est vrai qu'en 1966, un baril de pétrole coûtait $1,80, soit un peu plus de dix dollars actuels !
2100 : quatre-vingt-douze années nous séparent de la fin du siècle. Bien malin qui saura dire ce que sera le monde en 2100 ! A ce jour, on n'a jamais retrouvé trace d'une vision correcte de notre présent qui aurait été formulée par un citoyen du monde en... 1916, date à laquelle l'Europe se déchirait à feu et à sang, la Russie était encore soumise à un tsar et les Etats-Unis n'était qu'une puissance économique moyenne.