Pardon à
Aurélie Filippetti pour avoir détourné le titre de son roman autobiographique,
Les derniers jours de la classe ouvrière, mais l'occasion était trop belle.
Le président d'Airbus, Thomas Enders, prévoit des jours vraiment très sombres à l'avionneur qu'il dirige. Lors de sa conférence de presse de ce jeudi à la Fédération allemande de l'aéronautique (BDLI), il a avoué que :
Très certainement, les années les plus dures sont devant nous. Le plan Power8 a été conçu avec un dollar à 1,30 ou 1,35 euro, mais il est aujourd'hui à 1,60.
Il est amusant d'entendre les dirigeants d'Airbus expliquer que leur n-ième plan d'amélioration n'a pas été conçu pour le bon niveau du dollar. En ingénierie aéronautique, on ne dimensionne pas pour la valeur typique, mais bien pour la valeur maximale ; apparemment, ce genre de raisonnement n'est plus valable en gestion d'entreprise.
Au-delà de cette boutade, il faut bien voir que M. Enders a encore un peu de mal à dire les choses crûment.
Depuis 2000, Airbus s'est démené pour engranger un maximum de commandes, de façon à rester l'avionneur numéro un devant Boeing. Mais, tel un fonds d'investissement gavé de titres indigestes avec plein de morceaux de crédit
subprime dedans, le carnet de commandes de l'avionneur européen est aujourd'hui toxique.
Il en effet rempli de commandes fermes d'avions qu'il va falloir fabriquer en payant des Euro aux fournisseurs et aux salariés, pour obtenir ensuite en échange une enveloppe de dollars qui est loin d'avoir la valeur convenue au moment de la signature du contrat.
Autrement dit, il est probable qu'Airbus perde de l'argent sur une grande partie des avions qu'il doit aujourd'hui livrer.
Qu'un client annule sa commande de temps en temps doit donc en fait plutôt faire pousser de grands soupirs de soulagement à Toulouse.
De deux choses l'une. Soit de nombreuses compagnies aériennes
disparaissent bientôt, réduisant ainsi l'importance du festin empoisonné, et alors Airbus est sauvé... mais n'a plus de clients. Soit Airbus est contraint à un sévère
downsizing, comme par le passé les charbonnages, la sidérurgie ou les chantiers navals, et deviendra un acteur secondaire face à Boeing ou l'industrie aéronautique des
BRICS.
Dans tous les cas, la flotte aérienne mondiale ne sortira pas grandie de cette crise. Une bonne partie des avions destinés au transport des masses vers des lieux ensoleillés risquent de finir dans une version moderne et post-industrielle du cimetière des éléphants. Seule l'aviation de la
jet-set continuera de strier les cieux, laissant les habitués de la classe économique sur le tarmac.