
Pardon aux auteurs de la comédie musicale
Hair d'avoir ainsi parodié le refrain d'un de leurs plus grands
succès, en préambule à nos petits calculs du jour.
On prédit régulièrement la fin prochaine de l'énergie nucléaire du fait de la chicheté des réserves prouvées, qui ne permettrait pas d'approvisionner le parc actuel de réacteurs - et leurs remplaçants, à un pour un - plus de 80 ans.
Pourtant, les géologues disent par ailleurs que l'uranium est un métal relativement abondant sur Terre. On raconte dans
wikipédia qu'il est
"plus abondant que l'argent, autant que le molybdène ou l'arsenic".
Alors, qui croire ? Livrons-nous à quelques calculs simples.
Aujourd'hui, on extrait environ 50 000 tonnes d'uranium par an dans le monde. Cela fait beaucoup de camions, mais reste routefois ridicule, comparé à la production de fer par exemple, qui est de l'ordre du milliard de tonnes - c'est-à-dire 20 000 fois plus. Rien qu'en moyens industriels, l'industrie minière de l'uranium toute entière est donc aujourd'hui un microbe face à celle du minerai de fer.
Un autre calcul simple va nous en convaincre : le marché du minerai d'uranium "pèse" au maximum la quantité extraite multipliée par son prix spot (disons 200 dollars le kilogramme, ce qui est cher payé) soit 10 milliards de dollars par an. A titre de comparaison, le marché du pétrole s'évalue à 1500 milliards en (sous-) valorisant le baril à $50, soit juste 150 fois plus.

Bref,
si les réserves paraissent aujourd'hui faibles, c'est parce que l'industrie "uranifère" est encore à l'état embryonnaire. L'uranium étant une ressource qu'on ne considère que depuis 50 ans, les quelques géologues qu'on a embauchés après-guerre pour trouver de quoi alimenter les centrales se sont arrêtés de creuser quand on a cessé de construire des réacteurs : à quoi bon explorer et développer des gisements, s'il n'y a pas de clients ?
Maintenant, imaginez l'impensable : la demande est multipliée par 10 et les prix s'envolent parce qu'il faut aller exploiter des gisements non conventionnels - l'extraction de l'uranium à partir de l'eau de mer coûterait 20 fois plus cher. Dans cette expérience de pensée économique, le marché mondial de l'uranium deviendrait alors équivalent au marché du pétrole. Est-ce finalement si impensable ?
On a déjà vu que le client final de l'électricité nucléaire pouvait très bien s'accommoder de tels prix.
Evidemment, l'ère du quasi-artisanat sera passé. Entre les derricks en bois des années 1920, comme celui ci-contre vu dans
There Will Be Blood (source
New York Times) et les plateformes
offshore modernes, il y a autant de différences qu'entre un bulldozer et une
excavatrice à godets. On ira chercher l'uranium en rasant des montagnes.
Retenez bien des noms comme Cameco, Areva et les incontournables Rio Tinto et BHP Billiton : dans vingt ou trente ans, l'un de ces groupes miniers bien présents dans l'uranium aura peut-être remplacé ExxonMobil à la place de première capitalisation mondiale.