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Qui aurait osé associer les Indiens d'Amérique et le
coal-to-liquids ?
Les romans de
Tony Hillerman nous avaient pourtant aidés à revisiter notre imagier du bon Indien, vivant en intelligence avec la Nature. Les Navajos qu'il dépeint tout au long de ses fresques ethnico-policières ne montent plus à cheval, mais dans d'imposants 4x4 au volant desquels lesquels ils arpentent inlassablement les plaines désertiques de l'Ouest américain.
En clin d'oeil, nous avions déjà proposé un
conte indien expliquant pourquoi l'homme rouge ne tomberait plus dans les travers excessifs et dangereux à terme de l'homme blanc. Dans son roman
Abysses, avec le personnage de Jack Greywolf (littéralement Loupgris), Schätzing semble également régler un compte avec ce poncif de l'Indien respectueux de la Nature, déjà critiqué par Rufin dans son
Parfum d'Adam.
Le 8 août dernier, la Nation Crow a
dévoilé un projet d'usine de liquéfaction du charbon dénommée
Many Stars (Beaucoup d'étoiles). Lorsqu'elle sera en service, en 2016, elle transformera chaque jour 38 000 tonnes de charbon extrait des sous-sols de la réserve indienne - où se trouve le site de la célèbre bataille de Little Big Horn - pour produire 50 000 barils de carburant, soit à peu près la moitié de la production d'une raffinerie moyenne comme celle de Fos-sur-Mer.
Comment les investisseurs se protègent-ils du risque d'une chute du prix du pétrole, qui rendrait le baril de
CTL trop cher à produire ? Probablement en sécurisant les prix aux deux bouts : en amont, en négociant un prix fixe du charbon auprès des Crows, et en aval, en signant des contrats de fourniture pluri-annuels avec les bases militaires avoisinantes, très contentes de remplir ses
tanks de carburant
homemade.
On a déjà souligné combien le procédé de liquéfaction du charbon pouvait être polluant : ce ne sera pas directement le cas de ce projet, qui prévoit de récupérer le CO
2... pour l'injecter dans des puits de pétrole proches de l'épuisement et ainsi accroître le taux de récupération. Le gaz carbonique issu de la combustion de ce pétrole sera-t-il, lui, récupéré ? Rien n'est moins sûr.
En Virginie Occidentale, un autre projet d'usine de CTL a également été
annoncé : plus petite, elle produira à la fois des carburants automobiles et du méthanol, et stockera le CO
2 produit dans un aquifère salin.
La naissance de tels projets industriels, sans aucune subvention publique, montrent que le CTL "propre" - les émissions de gaz à effet de serre lors de la combustion des carburants ainsi obtenus n'étant toujours pas contrôlées - est désormais économiquement viable.