Economie, innovation, énergie, transports, climat... Un peu de sérendipité technophile dans un monde de brutes.
Nous quittons complètement la thématique de ce blog pour soumettre à nos derniers lecteurs une inférence amusante qui nous a traversé l'esprit à l'un de nos derniers réveils.
Il y a des questions assez fondamentales comme celle-là qui, à première vue, ne sont toujours pas vraiment résolues par les femmes et les hommes de science.
Il y a plusieurs théories, mais aucune ne paraît supérieure aux autres : l'homme de la rue se souvient surtout de celle de Freud car elle présente nos rêves comme de fabuleux films pornographiques cryptés symboliquement par notre conscience. Dans ses ouvrages, notre cher Sigmund donne des illustrations qui semblent édifiantes, mais en pratique beaucoup de nos rêves semblent trop terre-à-terre pour être l'incarnation de nos désirs les plus inassouvis.
Repartons des fondamentaux.
Un premier point intéressant : nous rêvons en fin de nuit ou, plus généralement, en fin de cyle de sommeil : bref, nous rêvons quand nous sommes reposés. Le rêve ne paraît donc pas être un outil de purge intellectuelle, sinon il aurait plutôt tendance à se produire en début de cycle.
Deuxième constat : quand nous rêvons, nous sommes dans un état de conscience intermédiaire où nous sommes capables d'interagir avec notre environnement et de prendre des décisions, mais comme si nous étions engourdis. On a presque parfois le sentiment d'être un simple observateur, même si tôt ou tard le contexte du rêve nous oblige à réagir. Nos réactions sont lentes, souvent très primaires : un vrai zombie.
Cet état s'explique notamment par le fait que notre cortex préfrontal, cette partie du cerveau qui est le sège des fonctions cognitives supérieures, est toujours en sommeil. Il vaut mieux, car sa consommation énergétique est démentielle : si nous mettons 15-20 ans à atteindre notre taille adulte, c'est à cause de ce cortex préfrontal qui détourne jusqu'à 20% de l'énergie totale du corps pour fonctionner.
Mais une fois les faits posés, comment expliquer qu'il y ait quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi cette immersion de notre côté zombie dans des lieux et des situations oniriques allant du grotesque à l'effrayant en passant par le banal du quotidien ?
C'est là où appeler Darwin plutôt que Freud à notre secours peut nous aider : quel avantage évolutif l'Homme - et d'autres mammifères d'ailleurs qui rêvent également - tire-t-il du rêve ?
Notre percée conceptuelle est la suivante : le rêve est un outil de simulation qui sert à améliorer par apprentissage l'efficacité de notre "mode zombie", autrement dit la somme de nos réflexes conditionnés, en le confrontant à des scénarios construits un peu au hasard à partir de nos souvenirs récents et lointains à la fois, de nos désirs, voire d'éléments imaginés pour l'occasion.
L'intérêt évolutif de ce dispositif est évident : plutôt que de vérifier la pertinence de nos condtionnements in real life, avec tous les dangers que cela peut comporter, le rêve permet de tester et d'affiner la façon dont chacun d'entre nous réagit face à l'imprévu en toute sécurité, bien au chaud sous la couette, baigné dans un monde virtuel toujours renouvelé. Pour l'homme préhistorique, affiner ainsi ses techniques échappatoires face aux grands prédateurs était plus qu'un avantage, c'était une condition de survie.
Pour l'homme moderne, il s'agit moins de survie que d'adaptation au système social : qui n'a jamais fait ce cauchemar où on se retrouve plus ou moins dévêtu(e) au milieu d'ne noble assemblée ? Cette situation extrême permet d'une part de se convaincre qu'il faut toujours se regarder dans une glace avant de franchir la porte le matin, mais aussi de savoir déployer des trésors de furtivité pour éviter l'exposition maximale.
Cela explique également pourquoi nous aimons tant cinéma, télévision et jeux vidéo : ils recréent les conditions même du rêve. Le cerveau éteint aussitôt le cortex préfrontal - sauf si vous êtes un critique de film ou un parent qui découvre, horrifié, la dernière version de GTA qui a été offerte à votre petite dernière - et laisse filer la simulation.
Quand Sigmund rêvait d'une alléchante Walkyrie en petite tenue, il croyait que cela signifait qu'il avait énormément envie de faire crac-crac avec elle : pas besoin de rêve pour cela ! Le but du songe était en fait de tester la capacité de ses réflexes conditionnés à rester civilisé et ne pas lui sauter dessus. S'il l'a fait dans son rêve malgré toute sa bonne éducation autrichienne, il a dû se sentir tout honteux en se réveillant - surtout si les draps s'en sont souvenus, comme dit la chanson -ce qui a renforcé le réflexe conditionné "tiens-toi tranquille Sigmund". Un deuxième rève du même acabit a permis ensuite de vérifier la force de l'apprentissage.
La prochaine fois que vous émergerez d'un rêve, posez-vous la question : en quoi ce rêve a-t-il permis d'améliorer mes rélfexes conditonnés ?
Illustration tirée du Trio de l'Etrange (Roger Leloup 1972, Dupuis)