A l'heure où on ne sait plus faire de films de SF sans images de synthèse,
lunettes 3D et budgets somptuaires, nous avons découvert une petite pépite de cinéma déjà vieille d'un demi-siècle, mais qui ne le fait pas :
la Jetée (1962), de Chris Marker.
Chris Marker, comme son nom ne l'indique pas, est français. La jetée dont il est question, c'est celle de l'aéroport d'Orly, fermée aujourd'hui, d'où les Parisiens des Trente Glorieuses allaient admirer les avions le dimanche.
L'ouvrage se veut clairement expérimental : une demi-heure seulement, et tout en images fixes : c'est en fait un diaporama commenté. Les images sont volontairement quelconques : ce sont des instantanés noir et blanc souvent mal cadrés, parfois légèrement flous.
Mais ces limitations techniques, qui ont dû rendre le film encore moins cher à produire que les films subjectifs du XXI
ème siècle type
Blair-Witch Project ou
Paranormal Activity, apportent du sens au scénario : cette succession d'images forment un mélange d'impressions, de souvenirs et de reportages donne du relief à une histoire beaucoup plus difficile à développer avec les moyens hollywoodiens : sous la surface d'une Terre ravagée par la Troisième Guerre Mondiale, un prisonnier est l'objet d'expériences scientifiques visant à le faire voyager dans le temps. Il finit par réussir à partir dans le passé d'avant, et y rencontre une femme... Vous aurez peut-être reconnu là le synposis de
l'Armée des Douze Singes (Gilliam, 1995), qui en est effectivement son
remake à grand budget.
Cette copie a d'autres vertus que l'original, notamment sur le plan distractif. Mais la qualité artistique de
la Jetée rend ce court-métrage intemporel : le futur post-apocalyptique qu'il décrit - en faisant partie pourtant des premiers de ce genre - nous paraît encore dans le futur, cinquante ans après, tandis que le passé nostalgique des avions sur la jetée fait également partie de notre histoire lointaine.