Connaissez-vous le
groupthink ? En bon français, on parle plutôt de
pensée de groupe. Ce n'est pas sans rapport avec la
pensée unique, mais c'est plus général :
Le terme décrit le processus selon lequel les individus d'un groupe ont tendance à rechercher le consensus plutôt qu'à appréhender de manière réaliste la situation.
L'expression est ancienne : elle date de 1952 et a été définie scientifiquement en 1972 par
Irving Janis, chercheur en psychologie expérimentale à l'université Yale - oui oui, celle où eu lieu la fameuse
expérience de Milgram immortalisée par le film
I comme Icare. Si vous ne voyez pas de quoi il s'agit, nous allons être au regret de vous infliger une décharge de 15 Volt !
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La pensée de groupe est dangereuse : l'une de ses conséquences démontrées est l'explosion en vol de la navette spatiale
Challenger, en 1986. Les pratiques de gestion des risques en vigueur à la NASA reposaient alors sur l'obligatoire obtention d'un consensus : ce qui était un risque réel a été étouffé par la pensée de grouoe.
Comment détecter le groupthink ? Il y a les
Sept Symptômes, mis en évidence par Janis - bizarrement, ils sont Huit dans la
version anglaise de wikipedia :
- l’illusion de l’invulnérabilité découlant d'une certaine garantie de pérennité offerte au groupe par une autorité supérieure ;
- la croyance du groupe en sa supériorité morale ;
- la rationalisation des signaux contraires qui permet ainsi de les contenir en les archivant dans une boîte qu'on ferme au plus vite. Ainsi, le risque qui devint réel ce jour funeste du dernier vol de Challenger avait été classé comme "acceptable" quelques heures auparavant par le groupe d'analyse des risques qui en était chargé, bien que ledit risque ait été parfaitement identifié et effectivement considéré comme probable ;
- la transformation de l’opposant en stéréotype, ce qui déforme à l'excès son point de vue et rabaisse son statut à celui d'une entité caricaturale ;
- la pression de la conformité : une forte pression est exercée sur les individus pour qu’ils s’alignent sur la volonté du groupe et pour qu’ils ne soient pas en désaccord avec lui, sinon ils sont écartés des débats, voire sanctionnés ou expulsés ;
- l’autocensure : les membres du groupe préfèrent garder leurs opinions divergentes pour eux, plutôt que de déserter le navire ;
- l’illusion de l’unanimité : les dissensions internes sont cachées au groupe. Ainsi, elles semblent inexistantes ;
- les gardiens de la pensée : certains membres du groupe s’engagent activement à protéger le groupe de toute dissidence ou information contraire
Amusez-vous (?) à passer au crible de ces symptômes quelques organisations dont on parle ou on a parlé ces derniers temps : vous vous apercevrez que le
groupthink semble être devenu une maladie endémique de notre monde moderne.
Image : Watterson,
Calvin & Hobbes