Le magazine pour djeun's
Science et Vie Découvertes propose, pour son numéro de décembre, un exercice de prospective idyllique : "comment vivra-t-on quand il n'y en aura plus une goutte ?". Au menu, les tartes à la crème habituelles : biocarburants, photovoltaïque à tout va, voiture électrique, avion solaire
Pourtant, dans l'hypothèse optimiste - assez improbable - où les réserves de bombes H, d'anthrax et autres gaz neurotoxiques n'auront toujours pas été entamées de façon notable, on peut considérer qu'en 2068 nos descendants vivront aussi heureux que nous.
Quoique différemment.
De la même façon que nous emmenons aujourd'hui les enfants voir le Concorde au musée, ils emmèneront les leurs voir l'A380 mais ceux-ci préfèreront admirer les cabrioles assourdissantes des chasseurs-bombardiers, alimentés au bio-kérosène, au Salon du Bourget.
Les rivages les plus prestigieux se seront protégés du risque de la montée des eaux par d'imposantes digues. Des régions plus déshéritées, comme le delta du Gange ou la Floride, verront leurs côtes abandonnées au fur et à mesure du passage des ouragans, mais de nouvelles et florissantes villes seront reconstruites plus à l'intérieur des terres.
Tous les hivers, la banquise renaît, lentement mais sûrement, après avoir totalement disparu l'été. Les plateformes pétrolières russes abandonnées suite à l'épuisement des gisements arctiques servent de germes pour la prise en glace.
Une révision drastique des politiques agricoles européennes et américaines associée à des changements profonds dans l'alimentation des pays riches aura permis d'éviter le spectre de la fin dans le monde. Ainsi, le "poulet du dimanche" du bon roi Henri IV sera revenu à la mode, mais pour illustrer cette fois-ci le fait qu'il ne sera autorisé de consommer des aliments carnés qu'une fois par semaine au maximum.
Dubaï, écrasée par la canicule, privée de ses ressources énergétiques épuisées, est redevenu un désert où se dressent encore, vaines, les structures décharnées des gratte-ciel qui faisaient autrefois sa fierté. Las Vegas a été par contre transplantée avec succès dans l'Oregon, au milieu des forêts de pins, sous le nom de Las Nova Verde Vegas.
Le train est redevenu le transport mondial numéro un. Aux Etats-Unis, il est concurrencé par des train-bus de plusieurs dizaines de wagons, fonctionnant au
charbon gazéifié, qui circulent à 200 km/heure sur les hihgways désormais interdites aux véhicules particuliers, cantonnés aux banlieues. Dans le monde entier, les centre-villes sont interdits aux véhicules à moteur thermique, suite au retentissant procès de 2052 où les constructeurs automobiles de véhicules Diesel et certaines municipalités furent condamnés à verser de monstrueux dommages et intérêts à des collectifs de citadins atteints de cancers.

Les banlieues à l'américaine, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, sont pour la plupart devenues des villes fantômes, les descendants de leurs habitants étant revenus habiter en ville ou au contraire à la campagne, l'activité agricole et sylvicole s'étant développée fortement avec l'utilisation massive des ressources naturelles pour l'alimentation et l'industrie ; une voiture moderne (4 places, 400 kg, motorisation électrique, vitesse maxi 50 km/h) est en effet principalement constituée de bois et de matériaux plastiques issus de la chimie verte.
Fabriquée en Chine et en Inde sous les marques légendaires de Buick ou de Cadillac, rachetées soixante ans plus tôt par les industriels asiatiques, ces véhicules coûtent de l'ordre de dix millions de dollars 2068 - soit dix mille de nos dollars actuels.