Non, il ne s'agit pas de rêver à un prochain avion nucléaire, c'est d'industries nucléaire et aéronautique qu'il s'agit.
Un petit communiqué de presse paru le 23 octobre dernier scelle en effet cette probable mutation :
Le français Areva et le groupe américain d'aéronautique et de défense Northrop Grumman ont annoncé jeudi soir avoir conclu un accord pour la création d'une usine aux Etats-Unis où l'industrie de l'énergie nucléaire est en plein développement.
Dans un communiqué, les deux groupes indiquent que la société commune qui naîtra de ce partenariat, Areva Newport News, aura Areva pour actionnaire majoritaire.
Une porte-parole a précisé à Reuters que le groupe nucléaire français détiendra les deux-tiers du capital de la société.
L'usine fabriquera des composants lourds, comme les cuves de réacteurs, les générateurs de vapeur et les pressuriseurs, en vue de la construction de l'EPR (Evolutionary Power Reactor) américain.
Areva et Northrop Grumman estiment que la création de cette usine, qui emploiera 500 salariés, représente un investissement de plus de 280 millions d'euros (360 millions de dollars).
Pour l'instant, il s'agit d'une alliance opportuniste : Areva veut se développer sur le marché états-unien, et la condition
sine qua non pour y parvenir, c'est de respecter le
Buy American Act, une loi protectionniste votée pendant le New Deal mais jamais abrogée depuis. Donc, comme les usines de cuves de réacteur sont moins faciles à trouver là-bas que des usines d'assemblage de 4x4, la seule solution est d'en construire une. Comme elle est hors zone euro, elle pourra également servir pour toutes les autres commandes d'EPR, qui se sutent essentiellement en zone dollar.
L'alliance avec Northrop Grumman est pour nous un fait porteur d'avenir : elle annonce la transmutation des groupes "d'aéronautique et de défense" en groupe "d'énergie et de défense". Car avec un pétrole durablement cher, l'industrie aéronautique civile est condamnée à se contracter, tandis que, justement du fait de la raréfaction des énergies fossiles, il va nous falloir construire des milliers de centrales nucléaires.
"Impossible !" tonnent les
piquistes.
"Où trouver les millions de tonnes d'acier, les milliers d'ingénieurs qualifiés, etc ?". Peut-être tout simplement par un effet de vases communicants, en construisant moins d'A380 ou de porte-conteneurs comme
celui-ci, ci-contre.
On vous conseille au passage de voir l'excellent
There Will Be Blood, dans lequel on voit qu'au début du XX
ème siècle, il suffisait de quelques charpentiers et de planches pour construire les derricks qui firent la puissance de la Standard Oil (aujourd'hui ExxonMobil).
Dans le futur, on ira un peu moins souvent en Thaïlande et nos biens de grande consommation ne viendront pas tous d'Asie, c'est la seule contrepartie.
Une contrepartie bien facile à accepter pour continuer à disposer d'énergie en abondance.