La question des réserves d'uranium est souvent mise sur la table quand il est question de
l'avenir de la filière électronucléaire.
On attend avec impatience la version 2008 du
Red Book de l'AIEA qui établira une mise à jour de l'état mondial desdites réserves, avec le défaut habituel de ce type de document : construit sur du déclaratif, il peut être fiable si tout le monde annonce vraiment son jeu, ou au contraire parfaitement farfelu si certains sont tentés de pécher par modestie ou au contraire par orgueil.
Que des fournisseurs de centrales nucléaires comme Areva investissent lourdement dans le secteur minier, notamment
en Afrique, laisse penser que l'uranium est loin d'être abondant.
Un outsider se prépare à jouer un rôle important : le
MOX.
Les réacteurs modernes dits de génération III+ (Areva EPR, Westinghouse AP1000) sont capables de fonctionner uniquement avec ce Mélange d'OXydes de plutonium et d'uranium appauvri, auparavant considérés comme déchets de procédés d'enrichissement et de retraitement du combustible "conventionnel", l'uranium enrichi.
Déjà, un tiers des réacteurs nucléaires français fonctionnent partiellement avec du MOX. Certains pays et notamment les Etats-Unis, le plus important producteur électronucléaire, n'ont jamais recyclé leur combustible usé. Il suffirait de quelques usines pour inonder le marché du combustible d'un océan de MOX : à partir de 7 charges de combustible usé, on peut fabriquer une charge de MOX prête à l'emploi.
Cela suffirait-il pour changer la donne en matière de réserves fissiles ? Certainement pas. Inclure le MOX comme "combustible non conventionnel" n'augmente que de 10 à 20% le montant des réserves.
L'avantage du MOX est ailleurs et relève de la géostratégie.
Tout
pays électronucléaire peut considérer ses déchets comme une mine de combustible dans laquelle il pourra extraire du MOX moyennant la construction d'une usine de traitement. La plus grande installation de ce type répond au nom poétique de MELOX et fonctionne depuis 1995 sur le site de Marcoule (Gard) ; elle a été construite en cinq ans sans tambour ni trompette et paraît fonctionner correctement. On peut donc en déduire que tout pays industrialisé qui désire avoir une usine de MOX peut rapidement en avoir une.
En disposant d'une telle unité, le pays consommateur d'uranium s'affranchit des aléas géopolitiques de l'uranium : les prix montent ? Un fournisseur important fait mine de vouloir cesser ses exportations ? On active aussitôt l'usine de MOX et les déchets entreposés se transforment en combustible. Avec les stocks stratégiques, cela donne au pays consommateur largement le temps de laisser passer la crise.
Bien sûr, le MOX a beaucoup d'inconvénients techniques, c'est la raison pour laquelle cette filière n'a pas été plébiscitée pour l'instant. Mais les avantages stratégiques qu'elle fournit aux pays dotée d'une tradition - et de déchets - nucléaires outrepassent désormais ces inconvénients.
Il en reste un, mais de taille. En consommant le plutonium résiduel, le MOX compromet le démarrage de la génération IV, qui en a besoin comme combustible d'amorçage. Mais, de même que Cortés détruisit ses navires devant Veracruz pour forcer ses équipes à débarquer, peut-être est-ce là une façon discrète pour l'industrie nucléaire d'empêcher le développement de la surgénération, qu'elle considère comme un doux rêve de
chercheur ?