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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 07:00
En ce moment, crise financière et prix du pétrole ont fait momentanément oublier la question climatique. Le GIEC semble se reposer sur ses lauriers et en Europe, la météo actuelle, parfaitement normale si ce n'est un peu fraîche dans le Nord, ne fournit pas de prétexte pour que les journalistes stagiaires de l'été remettent le sujet à la une.

Pourtant, en cherchant dans l'actualité, quelque chose de bien réel s'est produit :
Le mal mystérieux des jeunes huîtres est élucidé (Les Echos)

L'Ifremer a trouvé l'origine de la vague de mortalité qui frappe les jeunes huîtres sur le littoral français depuis le début de l'été. En cause, un virus et une bactérie déjà connus, mais très virulents.
(...)
A ce stade, les scientifiques ne savent pas si c'est la présence couplée des deux micro-organismes qui explique l'importance de la mortalité, car, à vrai dire chacun, pris individuellement, peut tuer les jeunes huîtres. Ils estiment en revanche que la douceur du dernier hiver a favorisé le développement de ces deux agents pathogènes. La clémence des températures a provoqué la prolifération de phytoplancton, dont les jeunes huîtres se sont gorgées, stimulant au passage la sécrétion prématurée de gamètes (cellules sexuelles), ce qui a réduit leurs défenses immunitaires. La virulence des souches responsables de leur mortalité a fait le reste.
C'est aux fêtes de fin d'année 2009-2010, lorsque ces huîtres manqueront sur les étals des poissonniers et écaillers, que le grand public prendra complètement conscience de la catastrophe qui est survenue cette année dans les parcs ostréicoles français. Catastrophe n'est pas un mot trop fort, car au moins un tiers de la classe d'âge concernée a été perdue, selon l'IFREMER.


Ceux qui seront allés passer des vacances sur le littoral atlantique cet été auront vu d'autres signes d'une transformation de l'écosystème littoral : nous avons personnellement constaté ce mois-ci que, sur les rochers du Cotentin, le varech brun et les algues laminaires ont quasiment disparu. Ils ont été remplacés par des algues vertes, qui profitent également de l'eutrophisation du milieu marin, découlant de l'usage intensif des engrais.

Inutile d'aller à l'autre bout du monde pour constater la transformation profonde des écosystèmes que nous effectuons : partout sur Terre, l'Anthropocène a déjà commencé.
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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 20:00
L'INSEE a publié le plus mauvais indice d'opinion des ménages depuis treize ans.
Apparemment, les Français n'ont pas aimé apprendre le mot subprime.

On peut se consoler (méthode Coué ?) en remarquant que le minimum précédent correspondait à une sortie de crise.
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 16:40
En matière d'énergie ou de climat, on a l'habitude de se projeter assez loin dans le futur, ce qui est une pratique de moins en moins répandue.

Sur les marchés financiers, le trader se focalise sur ce qui va se passer les prochaines heures ou les prochains jours. Un gérant de fonds d'investissement n'ira pas au-delà de quelques trimestres. L'industriel d'une entreprise cotée réfléchira, de temps en temps, à 2 ou 3 ans d'avance lorsqu'il étabira son plan de développement. L'homme politique, à 5 ans maximum, puisqu'aucune échéance électorale ne va aujourd'hui au-delà.

Quand on parle de changement climatique ou de pétrole, on évoque rapidement des dates comme 2020, 2030, 2050 ou même 2100. Mais mesure-t-on toujours comme ces échéances sont encore lointaines, suffisamment pour que les raisonnements en continuation de tendance soient inefficaces ? Tout le monde n'est pas Jules Verne.

Beaucoup voient le pic pétrolier avant 2020, soit d'ici 12 ans. Mais il y a 12 ans, en 1996, qui aurait cru que l'exploitation industrielle des sables bitumineux de l'Alberta allait s'accélérer, comme le montre le graphique ci-contre ? Que le plateau continental sous-marin brésilien regorgeait d'hydrocarbures ?

Rappelons que deux plus tard, en 1998, Colin Campbell et Jacques Lahérrère publiaient dans Scientific American leur article fondateur The End of Cheap Oil, dont le "chapeau" était :
La production mondiale de pétrole conventionnel va commencer à décliner plus tôt que ce que pense la plupart des gens, probablement dans les 10 prochaines années.
Dix ans plus tard, le pétrole est toujours abondant et, même "non conventionnel", reste abordable malgré son prix dix fois plus élevé.

2030 : une date qui paraît proche à certains, pourtant elle l'est autant de nous que l'est 1986.
1986 : le pétrole est à nouveau cher, l'URSS est bien vivante, l'Europe de l'Est est contrôlée par des régimes autoritaires et subordonnés au Grand Frère rouge, la Chine inexistante sur le plan économique. Les climatologues ont la vedette, mais parce qu'ils publient beaucoup sur l'hiver nucléaire et non sur le réchauffement climatique. En 1986, l'expression "développement durable" n'a pas encore été forgée.

2050 : une date aussi lointaine que ne l'est 1966. L'Espagne et le Portugal sont des dictatures, la Grèce va en devenir une pendant quelques années, la France fonctionne au charbon, l'industrie du disque lance le 45 tours "deux faces, deux chansons", la première bombe H française explose à Mururoa, et le Boeing 747 est en cours de développement. Cet avion, qui révolutionna le transport aérien en le transformant en un marché de masse, fut au départ conçu dans l'idée d'une possible focalisation rapide sur le marché du fret aérien, dans l'hypothèse alors sérieusement considérée que les avions supersoniques de type Concorde capterait rapidement le trafic passagers... Il est vrai qu'en 1966, un baril de pétrole coûtait $1,80, soit un peu plus de dix dollars actuels !

2100 : quatre-vingt-douze années nous séparent de la fin du siècle. Bien malin qui saura dire ce que sera le monde en 2100 ! A ce jour, on n'a jamais retrouvé trace d'une vision correcte de notre présent qui aurait été formulée par un citoyen du monde en... 1916, date à laquelle l'Europe se déchirait à feu et à sang, la Russie était encore soumise à un tsar et les Etats-Unis n'était qu'une puissance économique moyenne.
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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 17:21
L'actualité des médias grand public commence à ressembler à celle qu'on trouve sur les sites millénaristes.

Ainsi, le très respectable Sunday Times publie aujourd'hui un article dont nous ne traduirons que le titre : le gouvernement [britannique] demande aux magasins de constituer des stocks de nourriture pour pouvoir surmonter une grève des transporteurs.

L'idée n'est pas mauvaise : il s'agit, de façon préventive, de miner la menace d'une éventuelle grève avant même qu'elle ne soit décrétée. C'est plus élégant - so british - que de déclarer :
Désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit.
En français dans le texte, dans le Monde, le technophile globe-trotter Pisani envisage dans son blog l'impensable pour un geek :
Les défaillances du net se multiplient

Le net dont nous sommes de plus en plus nombreux à dépendre de plus en plus souvent pour des choses de plus en plus importantes est de moins en moins fiable.

A São Paulo (Brésil), où je suis encore pour quelques heures, la moitié de la ville (une des plus grandes du monde) et une bonne partie de l’État du même nom ont été sans connexion pendant plus d’une journée . Banques, administrations publiques et commerces se sont retrouvés dans l’impossibilité d’opérer. La ville qui bouge était paralysée.
Cela ne vous rappelle rien ?

Profitez bien de ce blog, rien n'est éternel... Nous allons d'ailleurs faire une petite sauvegarde, à tout hasard.

Allez, ne faites pas trop de stocks de boîtes de conserve quand même, au prix où elles sont ! Car voici une bonne nouvelle, pour finir :

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 20:17
Une parenthèse de vingt ans se referme, avec le retour tonitruant de la Russie sur le devant de la scène mondiale après des années de secret et de mystère.


Depuis quelques années, on commençait à s'habituer au schéma d'un prochain duopole mondial USA-Chine. On cherchait apparemment à enterrer trop vite notre grand voisin de l'Est.
Medvedev accuse les Etats-Unis d'avoir provoqué la crise financière

S'exprimant devant des milliers d'hommes d'affaires, de responsables russes et étrangers réunis au Forum économique de Saint-Pétersbourg, le président s'en est vivement pris à "l'illusion qu'un pays, même le plus puissant au monde, puisse jouer le rôle de gouvernement mondial". "C'est précisément le fait que le rôle des Etats-Unis dans le système économique mondial ne correspond pas à ses capacités réelles qui a été une des principales raisons de la crise actuelle", a-t-il insisté.
Difficile d'être plus aimable. Le diagnostic n'est pas complètement farfelu, cela dit.
La Russie, à l'inverse, "est un acteur mondial qui est conscient de sa responsabilité pour le sort du monde", a-t-il martelé. "Nous voulons participer à la formation des règles du jeu, pas en raison d'ambitions impériales, mais parce que nous sommes conscients de notre responsabilité et que nous possédons des ressources", en particulier énergétiques, a-t-il poursuivi.
Etre "conscient de sa responsabilité pour le sort du monde" - tout en faisant du club très sélect des Douze Salopeurs - et vouloir "participer à la formation des règles du jeu" signifie-t-il que la Russie souhaite imposer la taxe carbone à la planète ? Au vu de sa politique industrielle, le doute est exclu.

Cela ressemble plutôt à un nouveau chantage... Car la Russie, c'est peut-être seulement 7% des réserves prouvées de pétrole, mais c'est 17% de celles de charbon et 21% de celles de gaz naturel, sans parler de l'uranium.

Quelle grande puissance, à part peut-être le Brésil, peut se passer de la Russie aujourd'hui ?

EDIT : la conférence s'est poursuivie aujourd'hui. La Russie est consciente que la maladie anglo-hollandaise menace :
L'abondance de matières premières se répercute négativement sur le développement socio-économique du pays. Nous allons lancer un programme pour faire en sorte que cela devienne une locomotive pour la croissance économique et non un frein.

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 12:49
La montée des eaux provoquée par le changement climatique est un sujet sur lequel nous manquons encore de certitudes.

Le rapport 2007 du GIEC, de par son processus consensuel, a fixé la limite basse : 20 à 60 cm. Circulez, il n'y a quasiment rien à voir.

Nous avons précédemment évoqué une étude récente un peu moins optimiste, dont les conclusions laisseraient entendre que le rivage du Pas-de-Calais avancerait de dix kilomètres vers l'intérieur des terres.

L'un des derniers papiers de Jim Hansen se veut résolument provocateur. Plutôt que de maintenir l'hypothèse d'une évolution linéaire et donc très progressive de la fonte des calottes glaciaires, il prend volontairement l'option inverse d'une évolution exponentielle. Il arrive ainsi à une hausse du niveau des océans de 5 mètres d'ici 2100.

L'option est audacieuse, presque irréaliste. Pourtant, c'est effectivement la croissance exponentielle qui semble approcher le mieux aujourd'hui l'évolution des mers et des calottes : de nouveaux records de fonte sont attendus pour 2008, avec une probabilité conséquente que le pôle Nord soit libre de glace cet été, comme l'explique cet article du blog climat-evolution.



Une telle hausse modifierait complètement le paysage de nos régions côtières.

Pour ceux qui connaissent la riante région du Val de Saire, à l'Est du Cotentin, les ports pittoresques de Barfleur et Saint-Vaast-la-Hougue disparaîtront de la carte et une île se formera à quelques encâblures du rivage. Elle restera accessible à pied sec à marée basse, remplaçant ainsi l'île de Tatihou dont seul le sommet de la tour Vauban dépassera des flots.

Plus au Sud, les plages du Débarquement seront également rayées de la carte. Il ne restera, comme souvenirs de cette page d'histoire, que la Pointe du Hoc et le village de Sainte-Mère-Eglise.

Carentan sera probablement sauvée des eaux, car la topographie fait qu'il suffit de rehausser les digues actuelles pour éviter que la cité normande ne subisse le sort de la Nouvelle-Orléans.

Plus à l'Est, Deauville et Trouville pourront être également sauvegardées, mais à la condition de remplacer les fameuses planches par un mur de béton. Le front de mer de Cabourg pourrait devenir une marina, la mer léchant la promenade côtière sans toutefois passer par-dessus - à l'expresse condition que des digues soient construites autour de la ville pour éviter tout contournement.

Par contre, le port du Havre sera complètement englouti, de même que Cherbourg ou Brest. D'une façon plus générale, les ports sont des installations industrielles conçues pour un niveau de la mer précis. Les protéger par des digues est un non-sens, réhausser les quais et les entrepôts coûtera sans doute plus cher que d'en reconstruire de nouveaux, ailleurs...

... une fois qu'on saura plus exactement à quel niveau l'océan cessera de monter.
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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 09:34
Alors que le baril est en permanence flashé par les médias alors qu'il bat des records au-delà des $130, on commence à voir dans la rue et dans les airs le futur proche de la mobilité.

Contrairement à ce que certains craignent ou attendent avec impatience, nous pensons que le retour généralisé au vélo et au char à boeufs n'est pas encore à l'ordre du jour.

Aujourd'hui, les deux pétroleuses que sont l'automobile et l'avion règnent sans conteste sur les besoins de mobilité des personnes allant de 1 à 10 000 km.

La voie ferrée est certes une alternative, mais elle n'a réussi à s'imposer que sur le terrain bien particulier de la métropole d'importance nationale (tramways et métros) et de ses connexions avec les métropoles voisines (TGV) ; partout ailleurs, elle est une solution d'appoint. Encore importante en Europe et dans certains pays d'Asie, elle est devenue inexistante en Amérique du Nord.

Les investissements gigantesques nécessaires pour son re-développement reportent à un futur lointain et hypothétique la domination du rail sur la route et l'air.

Alors, que va-t-il se passer dans le domaine de la mobilité des personnes ? Le schéma ci-dessous est une première base de prospective concernant les moyens de transport dominants.



Nous avons déjà évacué ici la question désuète de l'hydrogène, nous ne reviendrons pas sur cette solution d'avenir qui le restera.

On parle beaucoup de véhicules électriques, mais nous estimons qu'il ne deviendront réellement dominants que lorsque le pétrole - et donc les autres combustibles fossiles - seront devenus hors de prix, car épuisés ou bannis par des taxes écrasantes. Ils commenceront à se développer sur les usages urbains, en concurrençant le segment de la deuxième voiture, celle qui ne sert que pour aller faire les courses et au bureau.

Les véhicules hybrides resteront un marché de niche, de par leur coût élevé. Pour les millions de travailleurs qui doivent parcourir quelques kilomètres, voire quelques dizaines de kilomètres, pour rejoindre leur lieu de travail, un scooter sera une solution immédiatement disponible et moins coûteuse à l'achat comme à l'usage.

La banale berline deviendra donc, petit à petit, un véhicule réservé aux grandes transhumances du week-end et des vacances, comme elle l'était d'ailleurs il n'y a pas si longtemps. Une familiale moderne, chargé de 4 à 5 passagers et leurs bagages, consomme à peine plus d'un litre par passager et par 100 km si elle est conduite "pépère", soit trois fois moins qu'un Airbus dernière génération. Le plein restera coûteux, mais les conducteurs feront des économies ailleurs - en évitant les autoroutes à péage, par exemple.

Les classes les plus aisées et les voyageurs d'affaires emprunteront de plus en plus des petits avions, jets d'affaires ou régionaux, car la classe économique qui, derrière eux, subventionnait une partie des coûts, aura disparu. Lufthansa a déjà annoncé la création d'une nouvelle compagnie d'affaires placée précisément sur ce nouveau segment. Et si on parle beaucoup des difficultés d'Airbus aujourd'hui, chez Dassault ou Cessna, deux constructeurs de ces jets élitistes, on ne cesse de sabler le champagne : le carnet de commandes gonfle, gonfle, gonfle...
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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 18:41
On dit souvent "You are what you eat" - vous êtes ce que vous mangez.

Mais un récent article des Echos confirme que nous sommes plutôt ce que nous regardons, particulièrement à la télévision.

On avait déjà soulevé le fait qu'à trop regarder la société de consommation sur nos petits écrans, nous en oublions le mur qui était derrière.

Et la disparition possible de l'Internet grand public dans les prochaines années ne fera qu'accentuer le report de nos pupilles vers ces étranges lucarnes.

Pour en revenir à l'article du quotidien économique, une étude menée au Brésil démontrerait que les feuilletons pour ménagères de moins de 50 ans, qui "dégoulinent de bons sentiments et de gens fortunés", véhiculent également un message sociétal plus fondamental : le bonheur, c'est peu d'enfants.

L'étude constate une chute marquée de la fertilité, au fur et à mesure que la chaîne de télévision étend son réseau : les telenovelas (feuilletons) viendront-elles un jour à bout des favelas ?

La démographie est une vraie question du XXIème siècle et ce n'est pas un malheureux article de blog qui peut en faire le tour.

Mais cette capacité de l'humanité à être le miroir de ses images et non l'inverse laisserait penser que, plus sûrement que des taxes carbone ou une clean tech economy, c'est un recadrage en profondeur des valeurs propagées par la télévision qui s'impose.

Il faudrait fournir comme modèles aux télétoches, par exemple, de riches princes charmants ne se déplaçant qu'à vélo, ou des princesses enfilant force pulls en plastique recyclé plutôt que d'allumer l'affreux chauffage central sous le contrôle du méchant de service. Starsky et Hutch rattraperaient les vilains en prenant le métro et on verrait Popeye faire son comeback comme promoteur des épinards bio. Et on demanderait à Benny Hill de promouvoir les ampoules à faible consommation.

Lavage de cerveau ? Bien sûr. Mais il est tard pour s'en offusquer, depuis la profession de foi historique du patron de TF1 :
Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.
Puisque la télévision est une intoxication volontaire, pourquoi ne pas en faire profiter davantage les grandes causes publiques, plutôt que les causes privées ?
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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 13:47
Internet est sans doute le média qui colporte le plus de prophéties plus ou moins robustes sur la fin prochaine du monde tel que nous le vivons.

Des milliers d'internautes se retrouvent sur des sites communautaires pour échanger leurs peurs et leurs remèdes face à la fin du pétrole, le réchauffement climatique, les catastrophes industrielles, le soulèvement des banlieues et autres jacqueries.

Pourtant, ce qui risque peut-être de disparaître en premier, c'est justement Internet, ou tout au moins le Web 2.0.

On nous avait déjà prédit la fin des blogs, mais c'était surtout pour souligner le manque d'intérêt de la plupart d'entre eux - ce n'est pas le cas de celui-ci, puisque vous le lisez !

Des scientifiques nous ont également alerté sur la non-durabilité des DC-R et autres DVD-R, qui n'est que de 2 à 5 ans. Pour les sauvegardes de vos photos préférées, préférez le disque dur...

Pour en revenir au Web 2.0, il s'agit ni plus ni moins que de la deuxième bulle de l'Internet. Dans un contexte de récession dure, initiée par la crise des subprime, comme celui vers lequel nous semblons nous diriger - l'ancien boss de la Fed, Alan "Bubbles" Greenspan, n'hésite pas à parler de "la plus grave crise financière depuis la Deuxième Guerre Mondiale" - où la consommation devrait chuter et la pauvreté se développer, on voit mal comment des services gratuits et futiles comme ceux qu'offrent Facebook, YouTube ou AgoraVox pourraient survivre. Lors d'une dépression économique, les budgets publicitaires s'effondrent et les investisseurs se réfugient sur les placements sûrs... et concrets.

Le Réseau lui-même risque fort de régresser. Internet repose sur une infrastructure de serveurs, entretenus et remplacés aujourd'hui grâce à la bonne santé de l'économie mondiale. Qu'elle soit frappée de plein fouet et l'argent viendra à manquer là comme ailleurs : les serveurs tomberont défintivement en panne, et le réseau deviendra de plus en plus lent. Il n'est heureusement pas prêts de s'effondrer, de par ses principes de conception : Internet était à l'origine un réseau militaire supposé capable de fonctionner même après une guerre nucléaire totale ! Ainsi, même si les sites de vidéo en ligne résistent, ils verront leur audience disparaître, les débits du réseau n'étant plus suffisants pour permettre à un million d'internautes de regarder simultanément Britney Spears en stream.

Science-fiction apocalyptique ? Tout est dans la vitesse à laquelle cette régression se produira. Si un citoyen de l'Empire britannique victorien voyait, cent cinquante ans plus tard, ce qu'est devenu le réseau ferroviaire anglais, il en serait plus que choqué. Le "réseau des réseaux", plus fragile, peut tomber en ruine dix à cent fois plus vite, mais il ne disparaîtra pas. On pourra sans aucun doute s'envoyer des e-mails jusqu'à la fins des temps historiques.

Nous traversons sans doute l'Age d'Or de l'Internet, de la même façon que nos aînés qui vécurent la fantastique aventure des Trente Glorieuses - une expression inventée par un économiste en 1979, soit quelques années après le premier choc pétrolier - ne s'imaginaient pas que cette période historique de croissance et de progrès pouvait avoir une fin.

Le plus savoureux avec la présente prophétie, c'est qu'elle disparaîtra (avec Overblog) de la face du monde le jour même où elle se réalisera...
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Cet article a également été publié sur AgoraVox
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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 18:44
Si la paix mondiale se poursuit encore pendant de nombreuses années - on peut toujours espérer -  il est probable que nous assistions à la fin d'une industrie qui, pourtant, se présente aujourd'hui comme renaissant de ses cendres : l'énergie nucléaire.

atomic-park.jpgCette industrie est née de l'effort de guerre. Les réacteurs à eau pressurisée qui peuplent les campagnes de France et d'autres pays sont dérivés de réacteurs initialement conçus pour équiper des sous-marins. Si la construction des bombes A n'avaient pas nécessité la construction d'une filière industrielle d'enrichissement d'uranium et de production de plutonium, aucun industriel ni même aucun Etat en paix n'aurait consacré les moyens financiers pour créer ex nihilo l'amont de l'électronucléaire, une fois la paix rétablie. Et seules la conception et la fabrication de la bombe A permettent de justifier, aux yeux d'une nation, la création des universités et des centres de recherche à même de former les milliers de physiciens, d'ingénieurs et de techniciens nécessaires à l'élaboration d'une filière électronucléaire.

Aujourd'hui, on nous annonce le nucléaire civil comme en plein redécollage. Réchauffement climatique et épuisement des combustibles fossiles rendraient cette énergie incontournable.

Mais dans les faits, les projets réels sont peu nombreux et traînent en longueur. Les jeunes ingénieurs ne rêvent plus des carrières atomiques de leurs aînés. Les économistes rappellent que, dans tous les scénarios, le nucléaire ne restera que la portion congrue du mix (en français : tartiflette) énergétique. Certains doutent qu'on puisse trouver suffisamment d'uranium fissile sous terre pour simplement satisfaire les besoins actuels d'ici seulement quelques décennies. Le développement de la fameuse Génération Quatre, qui produit plus de combustible qu'elle n'en consomme, progresse tel un glacier : son avancée semble inexorable, mais l'évaporation de ses ressources en menace plus sûrement l'existence. Les démocraties occidentales peinent à imposer de nouveaux réacteurs auprès d'une population de plus en plus méfiante vis-à-vis des prétendues sources de bienfaits technologiques. Les pays émergents, nouvel eldorado atomique, posent des problèmes de prolifération. Et à trois milliards d'euro les 1500 MW installés, l'investissement reste hors de portée de l'opérateur électrique ordinaire - sans parler des coûts de démantèlement qu'il faut provisionner.

Bref, l'industrie électronucléaire est trop lourde. Sans de vaillants (et riches) militaires pour en co-supporter la charge, elle s'essoufle, elle suffoque sous son propre poids. L'atome civil se meurt, non pas sous les coups de ses détracteurs, mais de sa propre obésité, inscrite dans ses gènes.

Voilà sans doute pourquoi la moindre éolienne déclenche la fureur de beaucoup d'ingénieurs nucléaires : refusant le triste destin de la technologie à laquelle ils ont consacré leur vie professionnelle, ils voient, dans ces modernes moulins trop visibles, de commodes boucs émissaires. "Elles sont trop vertes, disent-ils, et bonnes pour les goujats !"

Il est vrai que l'éolien lui-même connaîtra probablement quelques accidents de parcours. On constate déjà aujourd'hui un désamour des investisseurs pour les fermes éoliennes en pleine mer, alors qu'elles était présentées par les experts de la question comme l'avenir du secteur il y a un an encore.

Mais, malgré de telles péripéties, les éoliennes continuent de fleurir sur la surface terrestre, alors que les centrales nucléaires qu'on nous annoncent aujourd'hui resteront peut-être toujours à l'état de dragons de papier.

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Cet article a également été publié sur NaturaVox
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