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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 07:00
D'après Edward Hopper
On avait déjà prévu la fin du Web 2.0, mais il semblerait qu'un concept historique de l'Internet est en passe de disparaître avant : les forums, en anglais newsgroups. Certains pédants les appellent des fora, sous prétexte que le mot est d'origine latine : il faudrait alors qu'ils parlent également de lavabi et non de lavabos pour aller jusqu'au bout de leur logique.

Mais revenons à nos forums. Premiers lieux collaboratifs du Réseau des Réseaux, ils furent longtemps incontournables : le Web 1.0 se contenta de leur offrir une IHM (Interface Homme-Machine) à base de technologie HTML puis PHP, plus sympathique que celles des logiciels clients de messagerie. Enfin le Web 2.0 vint, apportant le concept du blog : c'est comme un forum, mais avec prédominance du blogueur sur les autres intervenants. Finis les points de vue perdus au milieu d'interventions de trolleurs et de floodeurs : le blogueur met en valeur ses idées comme il le souhaite, gère son audience et autorise d'éventuels commentaires de la plèbe, là-dessous, tout en bas de l'article.

Le développement du Web 2.0 a fait que le contenu des forums s'est progressivement vidé : désertés par les contributeurs "à valeur ajoutée" qui sont partis fonder leur blog, ils se sont transformés en répertoires de liens et d'extraits d'articles de blogs et de presse, parsemés de petits messages de reconnaissance entre membres. Puis les Myspace et autres facebook sont arrivés, capturant les passionnés de l'étalage de vie quotidienne.

Enfin, l'estocade est venue de là où on ne l'attendait pas : du téléphone mobile. A un bout, les possesseurs fortunés et puissants de Blackberry ; à l'autre, les nouvelles générations qui ne quittent plus leur aïe-phone des yeux. Dans les deux cas, la taille de l'écran est rédhibitoire pour naviguer sur les forums traditionnels, dont l'IHM est conçu pour de grands écrans, au format paysage qui plus est. Après la disparition du fond, voilà la contrainte de forme.

C'est donc pourquoi les forums Internet, qui regroupaient il y a dix ans encore l'essentiel des communautés d'internautes, de 7 à 77 ans, ne sont plus aujourd'hui peuplés que de quelques "accros" vieillissants, à la façon du réseau des radio-amateurs, isolé du reste du monde par leur mystérieux code Q.


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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 07:00

Avant que le marketing viral du film éponyme d'Emmerich (Independence Day, Le Jour d'Après) ne nous contamine irréversiblement, nous vous conseillons de faire un point objectif sur la question de la prochaine fin du monde grâce à wikipédia.

Car c'est bien en 2012 que les Cassandres du web 2.0 ont décidé qu'aurait lieu l'Apocalypse, pour une double raison :
d'abord parce que les Mayas l'ont prédit - dommage pour eux de ne pas avoir su anticiper l'arrivée de l'homme blanc - et ensuite à cause d'une exceptionnelle conjonction planétaire va déstabiliser la Terre, soit en inversant ses pôles, soit en la noyant sous un funeste vent solaire. Ne souriez pas, on nous a servi sans rire cette prédiction pseudoscientifique lors d'une discussion qui se voulait sérieuse, et qui réunissait un aérobar aréopage de membres de l'élite scientifique et technique de la nation.

Concernant l'alignement de planètes sur l'écliptique qui provoquerait divers phénomènes plus ou moins catastrophiques, il faut quand même savoir que la NASA elle-même considère qu'il n'y aura "aucun alignement de planètes en 2012 ou à n'importe quel autre moment des prochaines décennies". Le calcul d'éphéméride pour la date fatidique du 21 décembre 2012 - correspondant à la fin du cycle du calendirer Maya - le montre bien (cf. ci-contre et aussi ).

Décembre 2012, c'est aussi la fin du protocole de Kyoto. Peut-être qu'effectivement, il n'y aura rien (de très sérieux) au-delà...

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 09:54
La FAO (Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture) signale qu'il va falloir de nouveau s'intéresser à la terre :
D'ici à 2050, l'agriculture nécessite de gros investissements
Un forum d'experts doit évaluer les besoins

8 octobre 2009, Rome – L'agriculture des pays en développement nécessite des investissements nets de l'ordre de 83 milliards de dollars par an si l’on veut être en mesure de nourrir 9,1 milliards de personnes en 2050, annonce aujourd'hui la FAO.

Cela équivaut à un accroissement d’environ 50 pour cent des investissements dans l’agriculture.

Les chiffres sur les besoins d'investissements en agriculture sont consignés dans un rapport de synthèse préparé pour le Forum d'experts de haut niveau sur le thème “Comment nourrir le monde en 2050“, Forum qui se tiendra au siège de la FAO, à Rome, les 12 et 13 octobre 2009.
 
Quelque 300 économistes et experts internationaux participeront à ce Forum.

Selon le rapport, les investissements doivent être ciblés sur la production agricole et animale ainsi que les services de soutien tels que chaînes du froid, installations de stockage, infrastructures de marchés et transformation primaire.
Le ton n'est pas sans rappeler les derniers rapports de l'AIE...

Le développement des agro-carburants n'est pas mentionné, mais l'évolution du régime alimentaire occidental non plus : rappelons que 40% des céréales produites mondialement servent à nourrir du bétail, et que 10 calories végétales donnent une calorie animale. Autrement dit, si toute la planète devenait végétarienne, on pourrait nourrir 50% de monde sans cultiver un are de céréales supplémentaires.

A suivre...
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 07:00
Après les journalistes en mal de copie et qui en avaient assez d'écrire le mot "crise", c'est au tour des analystes de banques d'investissement de s'emparer de la grippe A.

Ainsi, ceux de Natixis, qui savent mieux prédire l'avenir du monde que le leur, nous ont récemment pondu une belle note intitulée (en anglais) Pandémie : petit guide pour investisseurs.

L'analyse est pitoyable : on essaie de voir dans les signaux économiques passés l'impact du SRAS, sans prendre la peine de "nettoyer" le signal - par exemple, on tenant compte du fait que ce dernier a coïncidé en 2003 avec la rechute de la Crise de l'Internet, de la même façon qu'on nous annonce une rechute pour 2010 après le léger rebond technique actuel :

Ensuite, on extrapole et les conclusions sont... consternantes de trivialité !
La réaction probable des marchés à la pandémie est une fuite vers la qualité :
- montée des prix de l'or
- sous-performance des Bourses dans les pays les plus touchés par le virus
- surperformance mondiale des secteurs pharmaceutiques et des sciences de la vie
- augmentation du spread souverain des pays les plus sévèrement touchés
- ces développements sont temporaires et limités à la durée de la pandémie
Ce qu'oublie surtout de dire la note, c'est qu'il n'est pas impossible que, pendant quelques jours voire quelques semaines, il y ait suffisamment de traders grippés dans leurs lits pour que les marchés financiers cessent d'être artificiellement soutenus par leurs activités spéculatives incessantes. La partie sans fin de World of Tradecraft connaîtrait une pause et le prix des actifs "réels" reviendrait - temporairement, rassurez-vous - au niveau de ce fameux équilibre de l'offre et la demande.

C'est ce qu'on appelle de la microbe-économie.
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 07:00
Quand l'industrie cinématographique britannique décide de renouer avec le film de hard science fiction, cela donne Sunshine (Danny Boyle, 2007). Il est le résultat du savant mélange d'Alien - sa créature malfaisante hantant les coursives de vaisseaux spatiaux, sa cultissime scène du déjeuner de l'équipage - et 2010 Odyssée 2, poussive suite de 2001 Odyssée de l'Espace dans laquelle le scénariste peu visionnaire imaginait que l'Apple IIc - fabuleux micro-ordinateur au microprocesseur cadencé à 1 MHz et à la résolution maximale de 280x160 (cf photo ci-contre) - serait encore utilisé de nos jours.

On est un peu méchants, il y a quand même une idée originale qui sous-tend le screenplay de Sunshine : en 2057, notre Soleil est en train de s'éteindre, et l'humanité se voit obligé d'envoyer une bombe atomique géante faite à partir de toutes ses réserves d'uranium pour le rallumer. Le film raconte la vie à bord du vaisseau spatial transportant ladite charge jusqu'à l'astre solaire.

La fin du film offre peu de possibilité de suites, par contre un prélude pourrait avoir du sens, qu'on pourrait nommer Big Cooling (le Grand Refroidissement).

Nous sommes en 2037. La civilisation post-pétrolière de 2068 est en route, et les mesures anti-réchauffement-climatique se sont succédés avec une intensité croissante : la tonne de carbone vaut plus de 1000 €, porter une bague en diamant est considéré comme une provocation et on a mis au point des vaches génétiquement modifiées qui n'émettent plus que de l'ozone en ruminant.

C'est alors qu'une équipe d'astrophysiciens de Grenoble a la retraite - et donc libres de leur déclarations - parvient à valider un nouveau modèle de comportement du soleil, qui non seulement reproduit parfaitement les observations passées, mais qui en plus prévoit une lente mais inexorable décroissance de l'activité solaire. Ce phénomène était constaté depuis une quinzaine d'années par les astronomes, sans véritable explication : on pensait toutefois qu'il ne s'agissait que d'un bas de cycle se prolongeant un peu plus que d'habitude. Le modèle démontre qu'il n'en est rien et que l'activité solaire passe par un maximum - le PH - avant de décroître selon une courbe de Gauss, qui se prolonge en une déplétion de 2 % par an.

Les gaz à effet de serre deviennent du jour au lendemain les Amis Public Numéro Un de l'humanité, car ils permettent de compenser la chute du rayonnement solaire à la condition d'être émis en quantité époustouflante. Le Prix Alekseï Stakhanov sera décerné dorénavant chaque année à une entreprise ayant oeuvrée dans une démarche salutaire de production de CO2. Les mille centrales nucléaires dans le monde sont reconvertis en centrale à charbon en quelques mois, tandis que tous les gisements houillers sont pris d'assaut par les investisseurs puis par les mineurs, glorifiés par toute la société. Le salaire d'un mineur britannique, en comptant ses bonus annuels, peut ainsi atteindre le million d'Euro mensuel (de 2009) pour les plus doués ; en France, les mineurs capables de creuser les plus grands trous reçoivent la Médaille de Kerviel.

L'agriculture bio est lourdement taxée par une contribution environnementale redistribuée sous forme de prime à l'achat d'ammonitrate, un engrais azoté minéral fabriqué à partir du gaz naturel. Le BRF (bois raméal fragmenté), ainsi que tous les engrais naturels, sont désormais interdits.

En matière de logement, des primes sont accordées à l'arrachage de l'isolation des logements. Un prêt à -1% est instituée pour la construction de logements à énergie négative qui dépassent le seuil d'une consommation énergétique de 600 kWh/m² annuel.

Opportunistes, la plupart des gouvernements nomment des Ministres Chargés du Développement Durable de l'Effet de Serre. Les taxes carbone sont remplacées par des subventions, tandis que les véhicules de moins de 3 litres de cylindrée sont progressivement bannis des villes. Les voitures électriques sont interdites dans la plupart des pays les plus en pointe, à moins que le propriétaire ne démontre que l'électricité est d'origine "noire" (100% fossile). Les entreprises retirent progressivement les panneaux solaires de leurs toits pour construire des hautes cheminées d'usine en brique, preuves phalliques de leur engagement dans la lutte contre le Grand Refroidissement.

l'Institut Max-Planck spécialiste du système solaire propose dans une étude très avancée, d'aller capturer sur Jupiter et Saturne de l'hydrogène et du méthane en vue de rééquilibrer le climat de la terre et de sauver l'humanité.

Impossible ? Pas sûr...
C'est alors qu'une équipe d'astrophysique de Grenoble a la retraite et donc libre de leur déclarations parvient à valider un nouveau modèle de comportement du soleil, qui non seulement reproduit parfaitement les observations passées, mais qui en plus prévoit une lente mais inexorable décroissance de l'activité solaire. Ce modèle nommé "Le Pic de Henri" du nom de son découvreur, était constaté depuis une quinzaine d'années par les astronomes, sans véritable explication : on pensait toutefois qu'il ne s'agissait que d'un bas de cycle se prolongeant un peu plus que d'habitude. Le "modèle de Henri" démontre qu'il n'en est rien et que l'activité solaire passe par une courbe de Gausse, qui se termine par une déplétion de 2 % par an. "

"Les gaz à effet de serre deviennent du jour au lendemain les Amis Public Numéro Un de l'humanité, car ils permettent de compenser la chute du rayonnement solaire à la condition d'être émis en quantité époustouflante. Un Prix Alekseï Stakhanov sera décerné dorénavant chaque année à une entreprise ayant oeuvrée dans une démarche salutaire de production de CO². Les mille centrales nucléaires dans le monde sont reconvertis en centrale à charbon en quelques mois, tandis que tous les gisements houillers sont pris d'assaut par les investisseurs puis par les mineurs Glorifiés par toute la société. Le salaire d'un mineur, en comptant ses bonus annuels pouvant atteindre le million d'Euro mensuel (de 2009) pour les plus doués dans les mines Britaniques."

L'agriculture bio est lourdement taxée par une contribution environnementale redistribuée sous forme de prime à l'achat d'ammonitrate, un engrais azoté minéral fabriqué à partir du gaz naturel. Le BRF (bois raméal fragmenté), ainsi que tout les engrais naturel sont désormais interdit.

En matière de logement, des primes sont accordées à l'arrachage de l'isolation des logements. Un prêt à -1% est instituée pour la construction de logement à énergie négative qui dépasse le seuil d'une consommation énergétique de 600 kWh/M² annuel.

"Opportunistes, la plupart des gouvernements nomment des Ministres Chargés du Développement Durable de l'Effet de Serre. Les taxes carbone sont remplacées par des subventions, tandis que les véhicules de moins de 3 litres de cylindrée sont progressivement bannis des villes.Les voitures électriques sont interdites dans la plupart des pays les plus en pointe. Les entreprises retirent progressivement les panneaux solaires de leurs toits pour construire des hautes cheminées d'usine en brique, preuves phalliques de leur engagement dans la lutte contre le Grand Refroidissement."

l'Institut Max-Planck spécialiste du système solaire propose dans une étude très avancée, d'aller capturer sur Jupiter et Saturne de l'hydrogène et du méthane en vue de rééquilibrer le climat de la terre et de sauver l'humanité.
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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 07:00
Signe des temps, là où nous travaillons, le détective privé du quartier a changé de business.


Finies les traques de maris infidèles : le divorce pour adultère ne se plaide plus. Philip Marlowe et Nestor Burma ne reçoivent plus, dans leurs bureaux enfumés et à l'éclairage tamisé par des stores vénitiens, de riches clientes blonde platine, mais d'anonymes agents de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie qu'on imagien dans le genre de l'agent Smith immortalisé par Matrix. Tout cela a un petit parfum de Brazil.

Si vous comptiez donc - comme plusieurs dizaines de millions de Français si on en croit les dernières prévisions du Ministère de la Santé - profiter du syndrome médiatique de la grippe chérogénique* pour vous la couler douce, sachez que le bras armé de la Justice Bureaucratique vous regarde.


* Issu du porc (néologisme aérobarien).
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 07:00
"Garçon, s'il vous plaît ! Je voudrais plein d'énergies fossiles avec de la croissance.
- Je m'excuse, monsieur, on n'a plus de croissance...
- Ah ! Ben, ça ne fait rien. Vous allez me donner tout simplement un peu d'énergie solaire, un tout petit peu, avec de la croissance."

D'après Fernand Raynaud
Nous voyons le le futur lointain avec nos yeux du moment, et comme nous sommes incapables d'imaginer comment vivrons les hommes dans l'avenir, pour nous toute évolution du système actuel ressemble forcément à un déclin, car on sait ce qui disparaît mais pas ce qui le remplace ou le complète.

Le patricien romain devait également se dire que la généralisation de l'instruction publique et le développement des droits de l'homme signifiait forcément la fin du modèle économique d'alors, fondé sur l'esclavage. Il ne pouvait donc que broyer du noir face à l'avenir des générations futures, dont la nôtre : "comment mes petits-enfants feront-ils sans esclaves ? Par Jupiter, ils devront TRAVAILLER, quelle horreur ! Quelle déchéance ! C'est la fin de la civilisation !" L'Histoire lui a donné tort.

Hormis quelques illuminés, personne n'a jamais regretté, sa vie durant, de ne pas vivre au temps de la splendeur de Rome plutôt qu'à sa propre époque. Et même si le PIB n'a pas été aussi flamboyant en Europe entre 500 et 1500 après JC, on ne peut pas dire pour autant que l'Europe fut une économie sinistrée.

Le PIB est aujourd'hui important dans l'économie parce qu'on lui a donné cette importance : si tout le monde s'en fichait il y a un siècle, c'est qu'on mesurait la puissance d'une économie autrement, aux tonnes d'acier produites par exemple. Et comme un système monétaire repose en grande partie sur la confiance qu'on accorde à une économie, on en déduit qu'il suffit presque de changer d'indicateur pour changer de système.

Si le PIB est ainsi installé sur le trône, c'est parce que l'OCDE en avait fait son cheval de bataille au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, pour guider les pas de ses membres dans la course à la puissance économique. Si l'ensemble des acteurs économiques influents parviennent à se convaincre que ce n'est plus le PIB qui est important, mais la production agricole ou les réserves d'uranium de chaque pays, on passera à la mesure d'une autre croissance, toute aussi finie bien entendu comme n'importe quelle variable physique.

Quand changerons-nous d'indicateur ? Le débat est ouvert. Mais il est douteux que les instances monétaires et financières mondiales adoptent un indice aussi humaniste que ce fameux Indice de Développement Humain, qui est sans doute très satisfaisant sur le plan éthique, mais parfaitement inutiles aux banquiers et financiers froids et calculateurs qui cherchent juste à savoir quel risque ils prennent en prêtant de l'argent à tel Etat.


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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 07:00
Le commentaire d'un de nos lecteurs nous a fait nous intéresser à la production d'acier dans le monde.

Un petit tour sur le site de la Fédération Française de l'Acier nous a permis de trouver quelques statistiques qui font froid dans le dos - si elles sont exactes. La légende ayant sauté lors de la mise en page, nous précisons que, sur le graphique ci-dessous, l'axe des ordonnées est graduée en milliers de tonnes :

Le maintien de la production chinoise d'acier à son niveau d'avant la crise laisserait penser que l'Empire du Milieu est loin d'être le simple atelier du monde entièrement tourné vers l'export que les médias aiment à nous présenter : seule l'industrie guangdongaise du gadget électronique correspondrait peut-être à ce poncif.

Si la production d'acier est une bonne mesure de la puissance industrielle d'une nation, on ne peut que conclure qu'aujourd'hui, les pays occidentaux viennent de perdre une importante bataille. En Europe et aux Etats-Unis, l'industrie sidérurgique est en situation financière précaire : une nouvelle vague de restructuration est inévitable. Ne rions pas trop des déboires de GM ou de Chrysler, car ArcelorMittal pourrait bientôt les remplacer dans les manchettes des journaux. Même si nos mastodontes européens survivent, la reconquête des parts de marché perdues leur sera quasi-impossible car cela supposerait pouvoir sortir d'importantes quantités de cash pour assurer la remontée en régime de leurs opérations industrielles. Or ce cash, ils ne l'ont pas : il faut déjà rembourser la dette.

Il y a un siècle, le PIB n'existait pas : on se contentait de compter les tonnes d'acier produites pour estimer sa puissance économique - et militaire, puisqu'à l'époque, la suprématie s'obtenait par le nombre de canons, d'obus, de chars et de navires de guerre qu'on pouvait aligner. A cette aune passée et, espérons-le, désuète, la composition et la hiérarchie du G8 s'en trouverait chamboulées : comment dit-on "Blanche-Chine et les Sept Nains" en chinois ?
Heureusement, allez-vous vous dire, au XXIème siècle, les armes sont devenus des systèmes d'armes et ce ne sont donc plus avec les sidérugistes, mais avec les électroniciens qu'on jauge la puissance du complexe militaro-industriel d'un pays. Ha zut, les usines de puces et de composants sont également toutes là-bas

Il reste toutefois l'hypothèse que les chiffres provenant de Chine soient délibérément truqués : vout lecteur de Tintin chez les Soviets sait qu'il est facile de donner, pendant quelques temps, l'illusion d'une industrie robuste et en plein essor.

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 07:00
Après la question des ressources minérales, le rapport officiel Ressources rares et Environnement aborde celle plus fondamentale des ressources agricoles.

Autant on peut vivre sans acier et sans ciment, autant il est difficile de survivre sans nourriture et sans eau. Tout en rappelant d'ailleurs que "30 % de la population mondiale manquera d’eau en 2025" contre déjà 20% aujourd'hui, les auteurs du rapport souligne bien que
La demande alimentaire n’est pas reportable : le manque de nourriture conduit vite à des famines et à des troubles sociaux graves

La production agricole est variable, soumise à de multiples aléas climatiques, sanitaires, etc.

Le seul jeu de l’offre et de la demande ne suffit pas pour atteindre un point d’équilibre stable permettant de nourrir l’ensemble de la planète
Ce dernier point est particulièrement préoccupant quand on jette un oeil à la carte des échanges céréaliers en 2050 donnée ci-contre : l'Amérique du Sud est le grenier à blé du monde, tandis qu'Inde, Chine et Méditerranée ont perdu toute auto-suffisance. Il y a deux messages inquiétants dans cette carte : le premier est que ces échanges ne peuvent avoir lieu que dans des conditions économiques idéales (paix et prospérité pour tous) ; le second est qu'il n'y a pas de schéma alternatif.

Ajoutons en plus que le rapport suppose que l'impact du réchauffement climatique et, plus généralement, de toutes les atteintes anthropiques à l'environnement resteront faibles.

C'est d'ailleurs le reproche majeur qu'on peut faire à ce document : près de la moitié est consacré au thème "énergie et changement climatique" sans vraiment faire preuve d'innovation conceptuelle à ce sujet, tandis que les autres questions environnementales sont plutôt bâclées : 3 pages génériques et creuses sur la biodiversité, sans doute grattées par le consultant en développement durable de passage, et rien sur la pollution des sols, des eaux fluviales, du littoral et des océans en nitrates, en pesticides, métaux lourds, en PCB, etc. La situation est-elle si rose que ça, même en France ?
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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 07:00
Difficile de ne pas entendre parler de cette fameuse loi. Prenons donc la plume pour jeter à notre tour quelques réflexions sur la cyber-place publique.

On pourrait la comprendre comme un acharnement thérapeutique envers une industrie qui ne veut pas accepter sa chute - un peu comme si on continuait à taxer les sodas vendus au café pour maintenir à flots les producteurs d'absinthe, mis au chômage technique depuis son interdiction il y a près d'un siècle.

Comme le font remarquer les éconoclastes dans leur dernier ouvrage Sexe, drogue et économie, la filière musicale ne souffre fondamentalement pas de la concurrence déloyale du téléchargement illégal, mais surtout de la fin de la vague du CD, qui avait réussi à prendre le relais de celle du disque vynil.  Durant cette période de galettes au beurre, les revenus des artistes et de toute la filière économique qui les accompagne explosèrent grâce à la vente d'enregistrements, qui rendit accessoires ceux issus des salles de concert et de bal, auparavant débouchés essentiels du musicien ou du chanteur. Mais, las ! Le pain sec d'Internet a remis en question ce modèle économique.

Si on avait inventé Internet et le baladeur MP3 lors de la Deuxième Guerre Mondiale, les maisons de disque n'auraient tout simplement jamais vu le jour, et Johnny Hallyday serait probablement resté Jean-Philippe Smet. On vit donc en ce moment un simple ajustement - un "changement de paradigme", pour se la jouer précieux - du paysage économico-musical, dû à la roue aveugle de l'évolution des technologies et de la sélection naturelle qu'elle induit sur les acteurs économiques.

Certes, c'est dur pour de nombreux artistes de voir mourir la poule aux oeufs d'or des "produits culturels" - on adore cette expression - vendus avec des marges hallucinantes. Mais c'est le sens de l'histoire : de même que l'âge du pétrole n'aura duré qu'une centaine d'années, l'âge du produit culturel à marge éhontée aura juste duré une cinquantaine d'années : c'est déjà pas mal. Et puis, l'humanité a-t-elle vraiment besoin de nouvelles Britney Spears pour survivre ? Pas vraiment.

Les artistes de demain, biberonnés à l'iPod, se doutent déjà qu'ils ne pourront plus forcément gagner beaucoup d'argent en se contenant de vendre de la musique en boîte, et qu'il leur faudra donc revenir sur les traces de leurs aînés, chantés naguère par les 45 tours de Nicolas Peyrac :
Quand vous chantiez en ce temps-là,
L'argent ne faisait pas la loi.
Les hit parades n'existaient pas,
Du moins, ils n'étaient pas de poids.
Tu mettais des semaines
Et des semaines,
Parfois des années.
Si t'avais pas de tripes,
Ta boutique, eux,
Pouvaient la fermer

Et Trenet avait mis des années,
Brassens commençait à emballer
Et Bécaud astiquait son clavier.
Y aura-t-il une HADOPI pour le pétrole ? Les majors vont-elles bientôt réclamer à leur tour des compensations similaires, face au déclin programmé de leur production, comme par exemple exiger une amende pour les automobilistes infidèles qui empruntent le vélo de leur voisin pour aller chercher le pain ?

Non, la différence entre l'industrie du disque et celle du pétrole, c'est que la seconde sait anticiper et n'a pas attendu que l'événement redouté survienne pour se diversifier. Plus habituée à vivre dans un monde libéral, elle a sans doute compris que la stratégie "aide-toi, le Ciel t'aidera" était plus payante à terme que celle du "sauvez-nous ou on va tous mourir dans d'atroces souffrances" qui ne sert en fait qu'à prolonger une inexorable agonie.
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