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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 17:48
Au Café du Commerce, le maire de Champignac discutait avec le patron.

"Chaque fois que je viens déjeuner chez vous, je prends une salade verte. Quoi de plus banal et standard qu'une salade ? s'étonnait le Maire. Et pourtant, d'un jour sur l'autre, le prix à la carte varie énormément : 1 € la semaine dernière, 0,50 € hier et 0,80 € aujourd'hui !
- C'est parce que je l'achète au marché de la place du village, tous les matins, expliquait le patron. Et vous savez que, là-bas, les prix varient d'un jour sur l'autre en fonction de l'offre et de la demande...
- Pourquoi ne passez-vous pas des accords d'approvisionnement avec les maraîchers ? Si vous leur promettez de leur acheter leur production d'avance, ils devraient accepter un prix plus stable, et sans doute plus bas.
- J'ai essayé, mais il y a des moments où aucun maraîcher n'accepte de vendre d'avance pour la date que je recherche. Par exemple quand ils pensent que les prix vont monter et qu'ils gagneront plus à vendre au dernier moment. De plus, certains maraîchers ne vendent sur notre marché qu'un surplus de production : l'essentiel de leur production est déjà vendu d'avance par un tel mécanisme à des restaurants de la ville. Leur surplus est variable en quantité et ils ne peuvent donc pas s'engager à l'avance sur des quantités : le marché spot du village, où ils vont juste quand ils ont quelque chose à vendre, est juste ce qui leur faut."

Le maire, qui aspirait à payer sa salade à prix stabilisé, alla alors s'attabler avec M. Boulier, le banquier du village et lui exposa la situation.

"Il y a une solution, proposa M. Boulier. Nous allons créer un marché de futures sur la salade.
- ???
- J'ai pleins d'amis banquiers à la capitale qui cherchent des placements rénumérateurs à court terme. Nous pourrions les utiliser pour couvrir les variations de cours de la salade. Voici comment nous allons procéder : tous les jours, à la capitale, au Café de la Rue du Mur, nous émettrons et échangerons des mini-crédits indexés sur le prix de la salade dans le futur. Par exemple, mon confrère, M. Bouton, va s'engager à me payer le 13 mars prochain (c'est mon anniversaire) le prix d'une salade sur le marché de Champignac ce jour-là, en échange d'une somme que je lui verse tout de suite, disons 0,20 €. Pour concrétiser cet achat, il me remettra un jeton vert avec marqué dessus "1 salade de Champignac livrée le 13 mars".
- vous êtes magicien ou quoi ? On ne transforme pas un jeton en salade, fut-il vert !
- non, mais je suis banquier, et je connais un autre financier, M. Laimane, qui serait intéressé par détenir une créance à courte échéance. Je vais donc vite aller lui proposer mon jeton, qu'il va m'échanger contre un jeton "1 salade de Champignac livrée le 8 août" qu'il a acheté 0,60 €... et que je vais essayer de revendre à un tiers au moins à ce prix-là.
- mais ce M. Laimane y perd !
- sur cette transaction, oui, mais notre objectif à nous financiers est de gagner en moyenne sur l'ensemble des transactions que nous effectuons. Et le moment où l'argent entre et sort est tout aussi important, sinon plus. Il s'agit de ne pas faire faillite !
- un banquier, faire faillite ? Allons, M. Boulier, vous et vos confrères avez l'air si sérieux... Mais en quoi votre petit jeu de Monopoly peut-il intéresser le patron du Café du Commerce ?
- Tout simplement parce qu'il peut se joindre au jeu lui aussi, et acheter à l'avance, au prix qui l'intéresse, des jetons pour chaque jour futur où il voudra se couvrir. A l'échéance, il touchera de la part de l'un d'entre nous, un montant correspondant au prix du jour de la salade sur le marché de Champignac : il s'en servira pour en acheter une vraie salade, ce qui fait qu'au total, elle ne lui aura coûté que le prix auquel il aura acheté le jeton, au moment où le cours dudit jeton était à un niveau qu'il avait estimé acceptable. Il a ainsi couvert son risque sur le prix de la salade.
- C'est génial ! M. Boulier, allez vite à la capitale et dites à vos confrères de commencer séance tenante !"

Un mois plus tard, le Maire alla déjeuner au Café du Commerce.

"TROIS EURO la salade ! Mais vous vous moquez du monde !
- Je suis désolé, je ne fais que répercuter le cours...
- Vous ne vous êtes pas couvert ?
- Si, bien sûr, mais le Café de la Rue du Mur n'est pas mon petit café du Commerce : cent financiers l'occupent désormais en permanence. Ils sont tous abonnés à Salade Magazine, dont les journalistes n'arrêtent pas de vanter les mérites du produit, de souligner la croissance de la demande et parfois d'évoquer une possible tension sur l'offre de pissenlit au Bretzelburg - qui est pourtant à des milliers de kilomètres de Champignac. Résultat : ils n'arrêtent pas de s'échanger des jetons, à des cours de plus en plus hauts.
- Mais le marché de Champignac, à la fin, doit rétablir la vérité des prix et des fondamentaux de l'offre et de la demande !
- Les maraîchers ne sont pas idiots. Ils sont eux aussi allés au Café de la Rue du Mur, initialement pour se couvrir contre le risque de baisse. Ils m'y ont vu, ont compris que j'étais couvert et en ont déduit qu'ils pouvaient monter les prix du marché physique sans craindre de perdre ma clientèle... M. Boulier avait pensé à beaucoup de choses, mais pas à ça. Le marché des salades s'est donc progressivement aligné sur le marché des jetons, et non l'inverse.
- J'aurais dû me méfier ! Il est vrai que, quand on roule avec une assurance tous risques et sans franchise, on se rit des factures de réparation présentée par le garagiste...
- Ce ne sont plus l'offre et la demande champignaciennes qui régissent le prix de la salade, mais les paris effrénés que font en permanence M. Boulier et ses amis, enfermés dans le Café de la Rue du Mur. Et en plus, il n'y a même pas de salade à la carte, là-bas !
- Vous n'avez qu'à arrêter d'acheter des salades sur le marché de Champignac. Le prix s'effondrera et la bande à Boulier reviendra sur Terre.
- C'est une idée, mais je vous ferais remarquer que même à 3 €, vous continuez à m'acheter de la salade. Alors, moi je continue aussi à en acheter... "

Le maire se tut. Comment Champignac pouvait-il ramener le prix de la salade au niveau d'avant l'arrivée du capitalisme financier ? Il n'avait pas envie de se fâcher avec M. Boulier, qui prêtait beaucoup d'argent à sa commune.

"Les salades ne poussent pas jusqu'au ciel", le rassura M. Boulier à qui il avait fait part de ses préoccupations.

"Un jour, un grain de sable de trop fera s'effondrer le tas de sable. Il s'agira alors, pour nous les financiers, de retirer nos billes en perdant le minimum, et le prix de la salade reviendra à une valeur plus proche du marché physique. Regardez donc ce qui s'est passé sur le marché européen de CO2 en 2007 : le prix est passé de 20 € à 0,02 € en un an, soit une division par mille - et cela sans que nous y laissions notre culotte."

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 21:05
"It's the Peak Oil, stupid!"

Ce clin d'oeil au slogan électoral de Bill Clinton va nous servir d'introduction à un discret article paru aujourd'hui dans Les Echos :
Manipulations des cours des matières premières : la CFTC interpellée

L'agence gouvernementale américaine chargée de surveiller les marchés des dérivés de matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), fait l'objet de multiples demandes des milieux politiques et industriels pour établir si les Bourses dont elle a la tutelle sont à la merci de la spéculation. Le sénateur démocrate Jeff Bingaman, président du comité sénatorial à l'énergie et aux ressources naturelles, a ainsi adressé mardi une lettre au président de la CFTC, Walter Lukken, déplorant le caractère incomplet des données prises en compte par l'organisme de régulation pour déterminer si le marché du pétrole est livré à la spéculation.
Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du Capitalisme Financier ?

Bien entendu, nous en sommes encore à des supputations, pour ne pas dire des soupçons. Il va falloir démontrer la chose.

Cela dit, la façon dont cette CFTC (l'équivalent, pour les marchés de matières premières, de la SEC aux Etats-Unis ou de la COB en France pour les marchés actions) surveille le fonctionnement du marché du pétrole amène quelques doutes quant à l'intégrité du dispositif :
dans la classification des intervenants adoptée par la Commodity Futures Trading Commission, les banques d'investissement soient incluses dans la catégorie des participants « commerciaux » et pas dans celle des participants « non commerciaux », qui rassemble les intervenants financiers.
et
la CFTC range les intervenants dont le seul objectif est la couverture sur le marché physique (compagnies pétrolières, compagnies aériennes) parmi les participants « non commerciaux ».
Autrement dit, la CFTC classe comme "acheteurs physiques" les spéculateurs, et inversement. Ainsi, il est facile d'affirmer qu'il n'y a pas spéculation, puisque les "spéculateurs" sont devenus ultra-minoritaires face aux "acheteurs physiques".

Pour votre prochain plein d'essence, passez à la pompe chez Carlyle ou KKR !
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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 12:37
Les matières premières sont la première bulle Internet de l'histoire.

Mais alors, allez-vous nous rétorquer, qu'est-ce qui a éclaté en 2001 ?

Hé bien, c'était une bulle classique concernant les nouvelles technologies et Internet, certes, mais son catalyseur n'était pas Internet : c'était la presse papier spécialisée, les rapports de brokers sur papier glacé, les épais rapports boudinés avec page de garde en plastique transparent des consultants en stratégie et en informatique réunis... bref, des vecteurs d'information classiques.

Radio et télévision ont également contribué, mais rien ne remplace l'écrit : un mensonge parlé éveille la suspicion de l'auditeur, mais un mensonge écrit et illustré par force graphiques et tableaux sérieux endort la méfiance du lecteur.

Les matières premières, et notamment le pétrole, profitent aujourd'hui pleinement de la capacité d'Internet à centupler le pouvoir de la rumeur écrite. Un poète pourrait y voir une sorte de revanche de la Nouvelle Economie, qui transforme la très vieille et très terrienne Economie des matières premières en une bulle virtuelle gigantesque.

Enfants des forums de discussion, les peakniks eux-mêmes se sont fait royalement manipuler : heureux de voir que des articles extérieurs à leur communauté leur donnent raison  - "Hé les gars ! Regardez ! Ils ont imprimé les mots "peak oil" !" - ils ne s'aperçoivent même plus que leurs sites sont décorés de publicités alléchantes pour des sociétés de boursicotage en ligne. Un exemple - récupéré ce matin sur The Oil Drum - est donné ci-contre ; le lien commercial a bien entendu été désactivé. C'est à se demander, des articles des peakniks et de ces publicités, qui fait la promotion de qui.

Lesdites sociétés de boursicotage n'hésitent plus à pratiquer la fameuse pratique de la coquille non intentionnelle. Ainsi, on trouve sur le site de l'une d'entre elles un article qui se veut convaincant :
Pour moi, cela ne fait aucun doute, à long terme le cours du pétrole atteindra les 200 $, puis certainement les 300 $ et même beaucoup plus. Je dis bien à long terme. Et pour vous prouver que ce ne sont pas des paroles en l'air, sachez que les futures à horizon 2016, cotent actuellement 442 $ sur les marchés à terme !
"Et ce fabuleux baril, Monsieur, ce n'est pas à $200, ni même à $300 que vous allez le vendre, mais bien à $400, oui, je dis bien $400 !". Du journaliste au boni-menteur, il n'y a que quelques coquilles et points d'exclamation d'écart.

Un simple coup d'oeil à un site moins farfelu permet de voir que lesdites futures oscillent en fait entre $128 et $130 sur les huit prochaines années à l'heure on nous écrivons ces lignes.

Voilà qui nous permet au passage de relativiser la dernière rumeur du moment : si les futures à long terme valent plus que celles à court terme, ce serait signe que les choses ne peuvent qu'empirer ! En fait, il s'agit d'une situation archi-classique de contango, ce que vous expliquera mieux que nous n'importe quel trader professionnel.

Globalement, ce rédactionnel mériterait d'être fourni comme sujet d'analyse au bac de français. Il y en a en effet pour tous les goûts : si vous pensez que ça va monter, ne lisez que le début de l'article. Si vous pensez qu'il faut vendre, intéressez-vous plutôt aux derniers paragraphes, ceux qui se trouvent après ce sous-titre :

Ne vous laissez pas entraîner par les "beaux parleurs"

Hop ! Changement de ton... et la conclusion finale tombe :
Tôt ou tard la bulle se dégonflera
Il suffit de regarder le graphique du brut pour s'en convaincre. Et que se passe-t-il quand il y a une bulle ? Tôt ou tard, elle finit toujours par se dégonfler.
(...)
J'espère voir revenir le cours du brut vers les 115 $. Ce serait déjà pas mal. Voire jusqu'à 100  $.

Mon conseil :
Première chose à faire : relevez vos stops sur tous vos titres corrélés positivement, de près ou de loin, au cours du pétrole. Vous verrouillez ainsi vos gains latents.

Je déconseille d'entrer aujourd'hui sur le pétrole.
Mais sur ce simili-Second Life que forme la récente fusion des communautés des peakniks et des boursicoteurs, comme dit la chanson, certains restent éblouis :
Les yeux rivés
Sur les étages
Pourvu que rien n'arrête le voyage

Calogero, En apesanteur (2002)
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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 13:48
Il y a un an, on a beaucoup parlé de l'explosion des prix sur le marché de l'uranium, ou plus exactement du yellow cake, une forme oxydée de l'uranium (U3O8) sous laquelle s'échange ce qui deviendra, après un lourd et coûteux traitement, les "crayons" de combustible des centrales nucléaires.

Il est amusant de constater que sont devenues bien silencieuses les Cassandre qui, l'année dernière, annonçaient que cette inflation annonçait une pénurie définitive, remettant en cause les perspectives de développement du nucléaire civil. Toute ressemblance avec d'autres marchés de matières premières existants ou ayant existé est une pure et fortuite coïncidence.

Cette bouffée de chaleur 2007 fut donc une simple bulle passagère, alimentée par un fondamental d'augmentation des prix : en deux ans, le yellow cake a quand même vu son prix doubler.

Cette hausse conséquente ne remet en rien en cause le modèle opérationnel d'un réacteur civil : dans le coût du kWh nucléaire, cette matière première représente une part ridicule, de l'ordre de quelques pour cent. A la rigueur, il peut accroître l'intérêt économique du retraitement des combustibles usés.

Mais sinon, qu'est-ce qui a bien pu déclenché une telle augmentation ?



Certainement pas les besoins civils, car la lourdeur de l'industrie nucléaire fait que ses approvisionnements sont parfaitement prévisibles sur un très grand horizon : à partir du moment où la première pierre d'une centrale est posée, on peut planifier ses besoins futurs en combustible sur près d'un demi-siècle sans grand-risque de se tromper ! Les centrales électriques étant difficiles à cacher, on peut raisonnablement conclure que ce n'est pas une variation inattendue de cette demande qui a provoqué l'emballement du système.

Et l'arrivée très progressive de nouvelles capacités électronucléaires laisse largement à l'industrie minière le temps d'augmenter ses capacités pour suivre la cadence.

Les coupables sont donc à chercher auprès des centres de recherche nucléaires... ou de militaires à la nationalité non identifiée qui auraient décidé de se construire quelques bombinettes supplémentaires. Voilà une raison potentielle qui nous paraît de bien plus sinistre augure qu'une hypothétique pénurie d'électricité.

Enfin, il est fortement probable que les producteurs d'uranium aient décidé de vendre plus cher qu'avant leur minerai. L'inflation des matières premières constatée depuis trois ans leur a en effet démontré que l'économie mondiale est beaucoup plus résistante qu'avant à la hausse des cours, et qu'il leur reste de la marge avant de détruire de la demande.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 20:52
La capture et le stockage du carbone (CCS) sont-ils des procédés économiquement viables à l'échelle industrielle ? Un intéressant article d'Hervé Kempf dans le Monde nous fournit quelques informations nouvelles sur la question.

Sur la plateforme pétrolière de Sleipner, en pleine Mer du Nord, à mi-chemin entre l'Ecosse et le Danemark, le CO2 qui fuse des puits de gaz est réinjecté dans un aquifère salin proche.

Certes, il y a des conditions d'enfouissement plus simples. Mais les volumes traités - quelques millions de m3 par jour, sachant qu'un million de m3 équivaut au volume de la Grande Arche de la Défense - nous placent clairement à l'échelle industrielle et non à celle du laboratoire de chimie.

Cette installation n'existe et ne fonctionne que parce que la Norvège taxe lourdement (plus de 40 € la tonne, soit près de $70) les émissions de CO2. Cela a donc contraint StatoilHydro, l'opérateur de la plateforme, à la mise en oeuvre de ce dispositif innovant. Malgré cette taxe, un tiers du gaz carbonique qui sort de sous la mer, soit 900 000 tonnes par an*, continue pourtant d'être volontairement relâché dans l'atmosphère, pour des raisons apparemment technico-économiques

Malgré un coût plus de deux fois supérieur au cours actuel du CO2 sur PowerNext, on constate donc que sa capture et son stockage sont loin d'être systématiques. Et ce coût provient d'une taxe, plus stable dans le temps qu'un cours qui peut facilement s'effondrer, alors que les Etats ont toujours tendance à augmenter le montant des taxes existantes plutôt qu'à les rabaisser.

Autrement dit, même avec un cours de la tonne de carbone atteignant 50 €, l'équation économique sera sans doute insuffisante pour pousser les industriels à s'équiper. Sans aller toutefois jusqu'à égaler le prix du diamant, le prix du carbone doit changer d'ordre de grandeur pour provoquer la fameuse "révolution verte" de l'industrie énergétique.

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 * 1 tonne de CO2 occupe un volume d'environ 500 m3 à pression et température ordinaires
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 11:52

Le secteur de l'énergie est très clairement capitalistique. Ne pourrait-on pas dans ce cas adapter à cette industrie le célèbre jeu de Monopoly ? Le dessin ci-dessous est la première version d'un tel projet.

Wattopoly-1000x1000.pngCliquez sur l'image pour l'agrandir

Plutôt que de chercher à passer certains messages, comme nous l'avions fait à la fin de la vidéo Subprime Street, nous nous sommes ici contentés de faire des parallèles entre les règles du jeu et la façon dont le secteur de l'énergie nous semble aujourd'hui fonctionner en Europe.

Ainsi, les rues, gares et compagnies de services publics ont été remplacées par différentes filières de production électrique. Le classement est fait en fonction de l'investissement initial nécessaire, comme dans le jeu original, mâtiné des coûts marginaux d'exploitation. C'est ce qui explique la très mauvaise position de la centrale au fioul, facile à construire mais de plus en plus coûteuse à faire fonctionner, si ce n'est pour fournir de l'électricité aux heures de pointe.

Une évolution consisterait à leur donner à chacune le nom d'un des opérateurs européens le plus représentatif de cette filière. Ainsi, EDF serait assez incontournable pour l'avenue des Champs-Elysées ou la rue de la Paix, tandis qu'un acteur récent comme Poweo ne serait pas mal placé au boulevard de la Villette.

Certains vont trouver la part des énergies renouvelables trop faible. Pourtant, elles bénéficient de 8 cases (sans compter l'incinération de déchets) sur les 28 achetables, soit près de 30% du marché.

Le choix d'affecter fermes éoliennes et solaires aux cases initialement occupées par la Compagnie d'Electricité et la Compagnie des Eaux cherche à répliquer le caractère variable de ces investissements : rappelons que le propriétaire de ces cases touchera un loyer égal au montant des dés obtenus par celui ou celle qui s'y arrêtera. Comme il est également impossible d'y construire maisons (simples centrales isolées) ou hôtels (complexes énergético-industriels), il est impossible de transformer ces sites en cathédrales de production électrique massive, ce qui est bien le cas des fermes renouvelables.

Les barrages s'imposent comme remplaçants pour les gares : une fois construits, ils rapportent régulièrement. En posséder trois ou quatre, c'est devenir un acteur indispensable du système électrique européen, avec les revenus confortables qui vont avec.

La prison a été remplacé par le Ministère de l'Energie, à qui on peut simplement rendre visite pour un peu de lobbying, mais qui peut aussi décider de vous nationaliser. Heureusement, dans le jeu, on finit toujours par revenir dans le secteur privé...

Le parc gratuit est devenu un passage en Bourse, qui permet de récolter, selon le moment de la partie, un peu, beaucoup ou pas du tout d'argent.

Enfin, on a conservé l'impôt sur le revenu, transformé la taxe de luxe en taxe carbone - l'icône représentant un diamant peut donc même être conservée ! - et converti les surprises, bonnes ou mauvaises, issues de la Caisse de Communauté en directives imprévisibles de la Commission Européenne. Les cases Chance ont été conservées, il sera possible de glisser dans les cartes correspondantes quelques événements liés à l'activisme environnemental... ou au coût et à la disponibilité des matières premières.

EDIT 30/12/2012 : nouvelle version de l'image

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 13:47

En mars 2005, alors que le baril se monnayait encore moins de $50, Arjun Murti, analyste de la banque d'investissement Goldman Sachs, inventait le concept de super-spike (super-hausse) pour le prix du pétrole. Il annonçait que le prix ne tarderait pas à atteindre les $105.

Il n'avait pas tort, même s'il a fallu trois ans pour que cette prophétie se réalise.

Mais à plus court terme, l'objectif réel fut atteint : conforter le caractère haussier du marché du pétrole. Durant tout le deuxième trimestre 2005, le baril ne cessera de voir son prix franchir des records. Et il faudra que Katrina/Rita frappent catastrophiquement les côtes de Louisiane pour que la bulle pétrolière se dégonfle brutalement, à la fin de l'été 2005. La demande en pétrole brut se contracta en effet brutalement, suite à l'arrêt inopiné et prolongé de plusieurs grandes raffineries dans le Sud des Etats-Unis.

La bulle pétrolière ayant repris du poil de la bête, une version 2.0 de la prophétie, appelée cette fois-ci hyper-spike (hyper-hausse), vient de sortir. Selon le journal Les Echos :
Aux yeux d'Arjun N. Murti et de ses collègues de Goldman Sachs, il est pourtant nécessaire que les prix non seulement atteignent des niveaux élevés, mais grimpent vite et fort, pour que cela calme vraiment la demande. Sinon, les utilisateurs ne réagissent pas vraiment. Or, souligne Goldman Sachs, compte tenu de la faible croissance de l'offre, il faut rationner les consommateurs, pour reconstituer un écart sensible entre la capacité de production et les besoins mondiaux.
La banque d'investissement prévoit - ou devrait-on plutôt dire suggère ? - que le cours monte jusqu'à 150-200 dollars "d'ici 6 mois à 2 ans" . Selon l'Usine Nouvelle, il s'agirait même d'une moyenne annuelle de $200 sur 2009, ce qui signifie que le record journalier pourrait être encore bien supérieur. Puis le cours redescendra gentiment à  $75 en 2011.

Mais si cette bouffée de fièvre ne se produit pas, le prix du baril restera accroché aux niveaux actuels, voire s'appréciera encore lentement.

Autrement dit, la banque d'investissement propose aux spéculateurs de joindre l'utile à l'agréable. D'une part, poursuivre le rythme haussier actuel, voire l'amplifier encore, pour continuer à toucher quelques sympathiques plus-values. D'autre part, en amenant ainsi le baril à des niveaux insupportables pour certaines économies émergentes, provoquer une destruction massive de la demande... en Asie par exemple. Le baril reviendra ainsi à des valeurs plus raisonnables, et les 4x4 pourront continuer à rouler impunément sur les macadams occidentaux - sans parler de l'aviation civile, aujourd'hui proche de l'agonie.

S'agit-il d'un simple et terrible exemple du cynisme glacial caractéristique du capitalisme financier qui régit notre époque, ou bien d'une action de "bombardement psychologique", décidée en plus haut lieu dans le cadre de la Deuxième Guerre Froide ? Car en parallèle, aussi bien le Department of Energy états-unien que le CERA relèvent leurs prévisions de prix  à des valeurs inhabituellement hautes : $108 en moyenne pour le DoE, et une pointe à $150 en vue pour Daniel Yergin, le médiatique président du CERA. Or ces deux sources, proches du gouvernement, avaient plutôt l'habitude de calmer le jeu en annonçant des valeurs parfois si basses qu'elles frisaient le ridicule.

Pour certains, il est sans doute plus que temps de casser l'arrogante croissance chinoise, nourrie par un pétrole peu taxé : rappelons qu'en Chine, le litre d'essence se paie encore moins cher qu'aux USA.
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Cet article a également été publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 22:52
Nous en avons énervé au moins un avec notre point de vue sur un pic peut-être pas si proche que ça, malgré les prix records du baril que nous connaissons actuellement.

Certains se demandent toutefois pourquoi les prix ne retombent pas alors que, selon l'IFP par exemple, de nouvelles capacités de production arrivent sur le marché et seraient capables de faire mieux que combler le déclin des gisements existants.

La spéculation joue certes un rôle... fondamental en ce moment, mais il faut également savoir qu'en théorie, sur un marché de commodités, le prix de marché se fixe à la valeur la plus élevée demandée par un des vendeurs, même si ce dernier n'approvisionne la communauté des acheteurs que de façon très marginale.

Un exemple simple : dans le charmant village de Champignac-en-Cambrousse, 20 ménagères consomment chaque jour une salade verte fraîchement cueillie. Sur la place de ce village se tient un marché où 3 paysans viendront vendre le fruit de leur récolte ; appelons-les Hop, Hep et Hof.

Hop a 10 salades à vendre, Hep 8 et Hof 2. Hop et Hep ont des fermes productives qui font qu'ils peuvent vendre leurs salades 1 € pièce et rentrer dans leurs frais. Hof, par contre, cultive sa salade en plantation hydroponique off-shore, ce qui fait qu'elle lui revient à 5 € pièce.

Que va-t-il se passer ? Comme Hop et Hep savent que les 20 ménagères achèteront 20 salades (elles sont complètement addict à cet or vert), et donc que Hof arrivera bel et bien à vendre ses deux malheureuses salades à 5 €, ils se posent vite la question "pourquoi lui et pas nous ?"

Une rapide étude de l'élasticité-prix de la demande en salade verte sur les dernières années leur montre qu'il y a très peu de risques que la demande se contracte pour un prix de 5 €.

Plus d'hésitation : cinq minutes après que le garde-champêtre a déclaré le marché ouvert, la salade se vend à 5 € pièce, que ce soit chez Hop, Hep ou Hof. Le maire, libéral pur sucre, se félicite du bon fonctionnement de son marché qui offre le même prix pour tous "grâce à l'effet bénéfique de la concurrence".

Et le soir, Hop et hep se frottent les mains de satisfaction devant leur tas d'euro....

Mais l'histoire n'est pas finie ! Car les ménagères se sont organisées en comité pour faire baisser les prix, et elles demandent instamment à Hop et Hep de produire au moins 2 salades de plus pour que les conditions de marché leur redeviennent favorables. Elles ont compris que si 22 salades - dont 20 dont le prix minimal de vente est à 1 € - sont sur les étals demain, les prix finiront par redescendre.

Et évidemment, Hop et Hep leur répondent publiquement qu'ils vont faire tout ce qu'ils peuvent, qu'il n'y aucun risque de pénurie, mais que leurs champs réunis ne pourront toutefois pas produire plus d'une salade supplémentaire : ils éventent ainsi la théorie du pic-de-salade-était-hier... mais maintiennent les prix à des niveaux élevés.

Le maire décide alors de créer un marché à terme de la salade...
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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 17:07


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25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 21:18
Les records du prix du baril tombent en ce moment à un rythme tel que les journalistes n'arrivent plus à suivre.

Mieux : certains anticipent désormais, comme l'attestent cette dépêche des Echos de ce soir.


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