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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 07:00
Le compteur électrique "intelligent" nous est parfois présenté comme une petite révolution nous permettant des progrès remarquables dans le domaine de notre maîtrise de l'énergie. Ainsi, les Echos n'hésitent pas à relayer le point de vue suivant :
En couplant les compteurs intelligents à des tarifs de l'énergie incitatifs, les pays de l'UE pourraient éviter, d'ici 2020, 100 millions de tonnes d'émission de CO2 ainsi que 200 TWh (terawattheures) de consommation d'électricité (40% de la consommation annuelle de la France), estime Capgemini.
Effacer 200 TWh du PEE (Paysage Energétique Européen) revient à éteindre une quinzaine de tranches nucléaires ou une cinquantaine de centrales au gaz, excusez du peu : ce ne sont plus des compteurs intelligents, mais des armes de destruction massive ! Si l'argument était exact, tous ceux qui investissent en ce moment dans de nouveaux moyens de production électrique auraient de sacrés soucis à se faire...

Bon, Capgemini est bien évidemment partie prenante dans ces projets, bourrés d'informatique et de télécommunications, d'où cet enthousiasme qui se veut communicatif. Ce n'est pas la première fois que nous nous gaussons gentiment de leur communication faussement informative. Une fois n'est pas coutume, nous avons réussi à nous procurer ce rapport que vous pourrez télécharger ici.

Et puis, il faut dire qu'il est politiquement plus correct d'insister sur les millions de tonnes de CO2 atmosphériques éventuellement évitées que sur les milliers d'emplois sûrement supprimés, car le premier enjeu des compteurs intelligents pour les opérateurs énergétiques est bien de s'affranchir des activités coûteuses de relevé manuel. Le compteur intelligent est pour l'agent non qualifié d'EDF ce que fut le métier à tisser mécanique de Jacquard pour les canuts. On comprend mieux qu'EDF avance sur un tel projet à pas... mesurés  !

Mais ces compteurs ont-ils d'autres fonctionnalités pour qu'ils méritent l'adjectif "intelligent" ? Au-delà du buzz technophile, je vous recommande de lire l'article de wikipédia, assez bien rédigé pour une fois et qui détaille le contenu exact des expériences menées dans le monde, sans pour autant verser dans le biais du positivisme.
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 08:36
Tandis que le prix du litre de gazole à la pompe est en train de passer sous un euro partout en France, une petite mise à jour des coûts réels de l'énergie en France s'impose :


Nous voici donc revenus aux prix que nous connaissions en 2000. A nous les derniers 4x4 et l'électricité des centrales au fioul !
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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 07:00
Un petit communiqué que nous a transmis l'entreprise qui a choisi son nom d'après le village d'Arevalo, en Espagne :


Après le VPO™, voici donc un nouvel acronyme protégé. Cela va devenir de plus en plus compliqué d'écrire sans ™ vu qu'il n'y a que 17 576 triplets de lettres disponibles dans l'alphabet occidental. Les Chinois, toujours plus prévoyants, ont bien plus de marge avec leurs milliers d'idéogrammes.

Nous avons donc corrigé notre glossaire pour ne pas fâcher Atomic Anne. Mais nous supposons qu'elle ne nous tiendra pas rigueur des EPR sans ™ qui traînent ici ou dans de vieux articles. Après tout, elle n'a pas demandé à Challenges de rendre à Nestlé ce qui appartient à Nestlé dans cet entretien de juillet dernier :
Notre modèle, c'est... Nespresso : nous vendons les cafetières, et le café qui va avec. Et le café, c'est très rentable. Ainsi en Chine, nous avons vendu deux îlots nucléaires, plus 35% de la production d'Uramin, dont nous sommes propriétaires.
Ben alors, aToMic Anne, il est où le ™ de Nespresso™ ?

Remarquons que l''image est bien choisie : à l'heure où les industriels tentent de rendre leurs produits de plus en plus facilement recyclables, les capsules Nespresso™ sont en passe de devenir un caillou dans la chaussure du géant de l'alimentaire : alors que la mouture usagée de café est un déchet organique banal qu'on peut jeter dans l'évier, la capsule en aluminium est un déchet difficile à recycler, les industriels de l'aluminium rechignant à introduire dans leurs fours électriques un mélange inextricable de métal à refondre et d'arabica éventé. De même, le retraitement du combustible usé - qui a au moins le mérite d'être fait dans certains pays comme la France - est un vrai casse-tête chimique.

Plus hi-tech aurait été de comparer les cafetières™ atomiques évolutionnaires™ à ces iPod™ qui font de vous un client quasi-naturel d'iTunes™, mais il faut croire que la firme dont la Pomme™ est le logo n'était pas d'accord.

On espère toutefois que les générateurs de vapeur (GV™) ou les aéroréfrigérants™ ne remplaceront pas George™ Clooney™ pour la prochaine campagne du fabricant suisse de systèmes de percolation de café avec recharges exclusives : il y a des limites à la publicité croisée !

Et heureusement que Nestlé n'a pas poussé le vice jusqu'à déposer l'initiale de son produit-vedette, comme l'a fait notre industriel national du nucléaire. Même avec la photo léchée d'une star du grand écran en low key, cela n'aurait pas été très vendeur en France de parler de N™...


EPR™ est une marque du groupe Areva
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 07:00

Les informaticiens s'intéressent de plus en plus à l'énergie. Capgemini vient ainsi de publier un rapport alarmant intitulé "une revue stratégique des marchés européens de l'énergie".

Nous avons essayé de nous en procurer une copie ; nous avons été balayés d'un revers de main :

Monsieur,

Nous ne fournissons le rapport complet de notre étude qu'à nos seuls clients.
J'en suis désolé.

Encore un qui n'a pas dû apprécier notre avatar. Nous nous sommes donc rabattus sur le résumé pour cadres dirigeants.

De ces quelques pages rédigées de façon assez décousue, nous comprenons que l'étude s'apparente plus à une compilation de données provenant de sources spécialisées (AIE, AIEA, UCTE, etc) qu'à un véritable travail de recherche : ce résumé pour cadres dirigeants constitue donc, en une dizaine de pages, une synthèse acceptable et convenue de la situation européenne.

Seulement acceptable, car le volet britannique est très peu développé, et pour cause : sur les 30 consultants qui ont planché sur ce pavé, un seul était basé Outre-Manche. Dommage, car le Royaume-Uni est sans doute là où le plus de choses vont se passer dans les prochaines années : depuis la déplétion accélérée des champs de la Mer du Nord jusqu'à l'urgent remplacement des centrales nucléaires obsolètes de British Energy, il y a clairement des choses qui vont bouger on the supply side. Sans parler de la situation critique de l'économie britannique...

Malheureusement convenue, car les auteurs du rapport minimisent le rôle des opérateurs financiers dans le fonctionnement des marchés : pour eux, la bulle pétrolière était essentiellement dûe à un problème de tarissement de l'offre face à la demande, et non à un emballement des marchés des produits dérivés, comme cela est reconnue de plus en plus officiellement.

L'impact de la crise est particulièrement mal traitée : ne voyant que le ralentissement du développement des énergies renouvelables d'une part, et que le risque accru, pour certains opérateurs énergétiques, de se faire racheter de façon inamicale et à bas prix d'autre part, les auteurs ont oublié de se demander si la demande énergétique n'était pas en train de baisser durablement et d'en déduire que les investissements industriels gigantesques qu'ils réclament - en relais de l'AIE, de l'UCTE et consorts - n'étaient plus si urgents que cela.

Si vous n'avez pas eu le temps de lire tous les rapports officiels publiés en 2008, vous pouvez donc économiser un temps précieux en vous contentant de lire ce rapport. Mais si vous cherchez quelque chose en plus, mis à part la conventionnelle publicité indirecte pour les services de consultants et d'informaticiens offerts par Capgemini  - améliorez vos processus, réduisez vos coûts, simplifiez vos organisations, achetez nos belles études de benchmarking ! - vous serez déçu.

Bref, si Capgemini voulait là faire oublier l'image du consultant qui prend la montre de son client pour lui donner l'heure, c'est raté...


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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 07:00
Pardon aux auteurs de la comédie musicale Hair d'avoir ainsi parodié le refrain d'un de leurs plus grands succès, en préambule à nos petits calculs du jour.

On prédit régulièrement la fin prochaine de l'énergie nucléaire du fait de la chicheté des réserves prouvées, qui ne permettrait pas d'approvisionner le parc actuel de réacteurs - et leurs remplaçants, à un pour un - plus de 80 ans.

Pourtant, les géologues disent par ailleurs que l'uranium est un métal relativement abondant sur Terre. On raconte dans wikipédia qu'il est "plus abondant que l'argent, autant que le molybdène ou l'arsenic".

Alors, qui croire ? Livrons-nous à quelques calculs simples.

Aujourd'hui, on extrait environ 50 000 tonnes d'uranium par an dans le monde. Cela fait beaucoup de camions, mais reste routefois ridicule, comparé à la production de fer par exemple, qui est de l'ordre du milliard de tonnes - c'est-à-dire 20 000 fois plus. Rien qu'en moyens industriels, l'industrie minière de l'uranium toute entière est donc aujourd'hui un microbe face à celle du minerai de fer.

Un autre calcul simple va nous en convaincre : le marché du minerai d'uranium "pèse" au maximum la quantité extraite multipliée par son prix spot (disons 200 dollars le kilogramme, ce qui est cher payé) soit 10 milliards de dollars par an. A titre de comparaison, le marché du pétrole s'évalue à 1500 milliards en (sous-) valorisant le baril à $50, soit juste 150 fois plus.

Bref, si les réserves paraissent aujourd'hui faibles, c'est parce que l'industrie "uranifère" est encore à l'état embryonnaire. L'uranium étant une ressource qu'on ne considère que depuis 50 ans, les quelques géologues qu'on a embauchés après-guerre pour trouver de quoi alimenter les centrales se sont arrêtés de creuser quand on a cessé de construire des réacteurs : à quoi bon explorer et développer des gisements, s'il n'y a pas de clients ?

Maintenant, imaginez l'impensable : la demande est multipliée par 10 et les prix s'envolent parce qu'il faut aller exploiter des gisements non conventionnels - l'extraction de l'uranium à partir de l'eau de mer coûterait 20 fois plus cher. Dans cette expérience de pensée économique, le marché mondial de l'uranium deviendrait alors équivalent au marché du pétrole. Est-ce finalement si impensable ? On a déjà vu que le client final de l'électricité nucléaire pouvait très bien s'accommoder de tels prix.

Evidemment, l'ère du quasi-artisanat sera passé. Entre les derricks en bois des années 1920, comme celui ci-contre vu dans There Will Be Blood (source New York Times) et les plateformes offshore modernes, il y a autant de différences qu'entre un bulldozer et une excavatrice à godets. On ira chercher l'uranium en rasant des montagnes.

Retenez bien des noms comme Cameco, Areva et les incontournables Rio Tinto et BHP Billiton : dans vingt ou trente ans, l'un de ces groupes miniers bien présents dans l'uranium aura peut-être remplacé ExxonMobil à la place de première capitalisation mondiale.
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 07:00
Discrètement, la NASA se transforme en soutien de la R&D états-unienne en matière de production nucléaire, témoin cette brève trouvée sur Enerzine.

Sous prétexte d'alimenter une future base lunaire, l'agence spatiale soutient un avant-projet de centrale électronucléaire de poche (40 MWth, 12 MWe).

Le propre de la face éclairée de la Lune étant de bénéficier d'une exposition permanente au Soleil, l'approche des panneaux solaires était frappée au coin du bon sens ; d'ailleurs, c'était la solution retenue pour Apollo, alors que la technologie photovoltaique était encore balbutiante.

On voit sur la photo d'artiste ci-contre qu'un réacteur nucléaire ne fait pas l'économie des panneaux : ils servent ici à évacuer la chaleur. Remarquons au passage que l'artiste n'est pas un bon thermodynamicien : orienter les panneaux face au Soleil est une bonne idée quand on fait une centrale solaire, mais pour un radiateur, il faut au contraire l'orienter perpendiculairement aux rayons de l'astre du jour.

Sous couvert de recherche spatiale, la NASA compte bien concurrencer le DoE dans la mise au point des technologies énergétiques de demain ; on avait déjà évoqué la discrète reconversion de l'industrie aérospatiale en industrie de l'énergie. Comme on l'a vu, la question du coût d'extraction de l'uranium n'est pas un problème.

A la différence du DoE qui est un gros machin étatique et qui n'attire pas les jeunes talents, la NASA dispose d'un savoir-faire inégalé dans la maîtrise d'ouvrage de grands projets industriels, même si deux accidents de navette ont quelque peu entaché son track record. Mais son image auprès des scientifiques reste intacte, notamment grâce aux travaux du Goddard Institute for Space où émarge, entre autres, le célèbre climatologue Jim Hansen.

Il faudra juste trouver un nouveau nom : National Atomic and Space Administration, par exemple.

Comme ça, on n'aura pas besoin de refaire le logo des tasses à café.
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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 07:00

Cette image souvent reprise sur le Web montre une excavatrice à godets en train de changer de site d'extraction. La photo a été prise en Allemagne, où de nombreuses mines de charbon sont exploitées à ciel ouvert.

De telles machines ne nécessite que quelques personnes pour les piloter et, malgré leur gigantisme, leur consommation énergétique est limitée ; l'acier nécessaire à leur fabrication - de l'ordre de 15 000 tonnes - s'obtient en un à deux jours de production d'une usine sidérurgique quelconque.

Bref, ce n'est pas le manque de moyens qui nous empêcheront d'aller extraire le charbon ou l'uranium nécessaires à notre inextinguible soif de matières premières. Crise financière ou pas, nous avons les moyens de racler, avec des ongles mécaniques s'il le faut, tous les gisements plus ou moins riches de la planète. Un jour ou l'autre - sans doute quand nous saurons capturer efficacement le carbone - on verra la génération suivante de ces géants mécaniques dévaster les riantes collines autour de Nevers ou de Saint-Etienne, où le charbon affleure en quantité.

Bien sûr, de telles machines ne sont pas gratuites. Mais si on considère que le prix du combustible représente 5%¨du coût de production électronucléaire et 30% de celui d'une centrale au charbon, et que les coûts de transport et de distribution représente le tiers du prix actuel de l'électricité, on s'aperçoit que, même si les prix de l'uranium et du charbon étaient multipliés par dix, le prix du kWh pour le particulier augmenterait de seulement 30% pour de l'électricité nucléaire, et qu'il triplerait pour de l'électricité "thermique charbon".

Dans ce dernier cas, faire tourner une machine à laver le linge coûterait 0,75 € d'électricité contre 0,25 € seulement aujourd'hui : autant dire que la dépense reste supportable. Rappelons enfin qu'en minutes de SMIC, l'électricité EDF coûte aujourd'hui moitié moins chère qu'il y a 25 ans.

Vous l'avez compris : le monde doux et sans centrales électriques que nous promettent certains optimistes fatalistes, sous prétexte qu'on arrivera jamais à exploiter la planète comme nous l'avons fait jusqu'ici, ne verra jamais le jour.

L'électricité dominera le XXIème siècle.


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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 20:00
L'épuisement des énergies fossiles va-t-elle entraîner une déliquescence généralisée de la civilisation et un retour vers des Ages Sombres que certains de nos amis piquistes prennent tant de plaisir à nous décrire, qui en nous pronostiquant un retour au Moyen-Age, qui en nous prédisant carrément un effondrement général à la Barjavel qui ramènerait le niveau de vie de nos descendants à celui de leurs ancêtres les Gaulois ?

Au-delà du maintien de la cote de la BD Simon du Fleuve, l'oeuvre très seventies d'Auclair - les chèvres dans le Larzac, l'union libre, tout ça - ces prévisions rétrogrades n'ont pourtant pas de fondement réel, pour peu qu'on se penche sur les chiffres.

Nous nous sommes amusés (?) à calculer de combien d'énergie totale disposera chaque habitant de la planète en nous fondant d'une part sur les prévisions démographiques les plus pessimistes de l'ONU (c'est-à-dire 12 milliards d'habitants en 2100, contre 7 aujourd'hui), et d'autre part sur les prévisions énergétiques établies par EDF R&D, en ne prenant pas en compte le "à trouver" qui permet de prolonger ad vitam eternam la croissance mondiale de la consommation par une droite - ce que certains appellent le scénario BAU et d'autres du terraplatisme.

Ces calculs ont déjà été soi-disant faits par les partisans de la "théorie" d'Olduvai, qui nous annoncent la chose suivante :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ec/Olduvai_courbe.gif
Oui oui, vous avez bien vu, dans quelques heures, les premières grandes pannes d'électricité vont commencer et le monde entier sera plongé dans le noir ! Alors, nous n'aurons plus comme issue que de nous étriper mutuellement pour posséder les derniers litres d'essence, les derniers iPod à pleine charge et les derniers sacs de blé qui, c'est bien connu, est une céréale qu'on ne peut fabriquer qu'avec du pétrole et de l'électricité.

Ces schémas circulent en de multiples versions sur la Toile, mais le message général est le même : c'est la fin du monde, partons vite au diable vauvert faire pousser des légumes bio dans notre ferme fortifiée autogérée.

Malheureusement... les calculs sont faux, car la courbe réelle a cette tête-là :

Après avoir connu la Révolution Industrielle, et surtout les Trente Glorieuses, qui nous ont habitués à consommer chaque jour plus d'énergie qu'hier et moins que demain, nous allons donc aborder un long plateau de 50 ans minimum durant lequel la ration d'énergie par habitant va être à peu près constante.

Ce n'est qu'en 2050 que la situation va se dégrader, sauf découvertes de nouvelles énergies, mais à une vitesse finalement assez peu impressionnante : -2% par an en moyenne sur la période 2050-2100, soit une division par un facteur 3 en un demi-siècle.

C'est moins que l'objectif dit du facteur 4, qui suppose d'appliquer ce facteur à nos consommations d'énergie et de matières premières d'ici 2050 : un tel objectif étant officiellement porté par la plupart des nations développées, on peut aisément conclure qu'elles ont vérifié qu'il était raisonnablement atteignable - question de crédibilité - et qu'il ne risquait pas de déstabiliser suffisamment l'équilibre socio-économique - question de survie.

Bref, nous devons consacrer les quarante prochaines années à partager mieux l'énergie disponible à l'échelle de la planète - nous en consommons trop pour satisfaire beaucoup de besoins superflus - et réfléchir à l'étape suivante que nos enfants et petits-enfants devront mettre en oeuvre : que tout le monde consomme moins.

Paris ne s'est pas fait en un jour : un demi-siècle semble parfaitement suffisant pour réduire petit à petit notre récente addiction à la mobilité et au surconfort : pourquoi faire 10 000 km en avion pour bronzer en hiver, pourquoi vouloir absolument que toutes les pièces de nos maisons soient chauffées à 21°, hiver comme été ?

Ce qui est sûr, c'est que, taxe carbone ou pas, l'énergie va devenir de plus en plus chère, et le restera.
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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 18:00
Pour certains experts auto-proclamés de l'énergie, l'acronyme ELM fait référence à une "théorie", l'Export Land Model, dont nous avons déjà souligné les faiblesses. Mais nous ne voulons pas parler de cela cette fois-ci.

La Tribune d'aujourd'hui, moderne Don Quichotte issu du quatrième pouvoir, se permet de brocarder la filière éolienne avec un titre-choc qui barre sa Une :


Nous avons décidé de jouer les Sancho Pança de la blogosphère et d'aider nos collègues de la presse industrielle à mieux comprendre ce qui se passe devant leurs yeux. Notons au passage que le Crible des Echos du jour commente lui aussi à chaud la chute de Theolia, mais de façon bien plus pertinente :
Le spécialiste aixois de la production d'électricité à partir des énergies renouvelables avait également développé en Allemagne la construction de centrales éoliennes, négoce qui lui a apporté l'an dernier quasiment les trois quarts de ses ventes consolidées. Cependant la hausse des tarifs de rachat de l'électricité l'incite désormais à les conserver afin de les exploiter lui-même et d'en tirer une source solide de revenus récurrents. En attendant cet horizon éthéré, cela signifie surtout du chiffre d'affaires en moins et une transition difficile à gérer. Ce changement de cap au milieu du gué a bouleversé toutes les prévisions sur lesquelles s'appuyait le marché, déçu par la division quasiment par trois des perspectives annuelles de résultat d'exploitation. A court terme, l'entreprise se prive des rentrées régulières que lui fournissaient ces ventes de centrales.
Mais revenons aux gros titres de la Tribune, car ce sont ceux-là qui entretiennent le courant anti-éolien récemment réactivé par l'Institut Montaigne.

Tout d'abord, dire que la baisse du pétrole rend le vent moins attractif est un raccourci exagéré. Certes, dans le monde économique moderne, tout est lié à tout d'une façon ou d'une autre, mais la faible part (2%, en décroissance) du pétrole dans la production électrique française suffit à démontrer que le lien est en fait ténu. Certains nous opposeront que le gaz naturel suit le prix du pétrole, mais nous leur rétorquerons que d'abord, il y a un effet retard de six mois qui fait que le prix du gaz n'a justement pas encore atteint son maximum annuel - sans parler des tensions en cours entre UE et Russie - et qu'ensuite, on n'installe pas des centrales électriques au gaz aussi facilement que quelques aérogénérateurs dans le champ du père Mathieu : les éoliennes se passent en effet de connexion au réseau de transport de gaz et peuvent se brancher "simplement" sur le réseau de distribution électrique, plutôt que sur un poste à haute tension du réseau de transport, où les accès sont limités - et convoités. Même si le gaz devenait d'un seul coup abondant et sans risque de pénurie, il faudrait au moins trois à quatre ans avant que la capacité installée en centrales au gaz évolue de façon sensible.

Que la flambée des prix des aérogénérateurs fassent s'effondrer la rentabilité du secteur montre que les investisseurs qui s'en plaignent sont des amateurs, des naïfs ou des incompétents, pour ne pas dire des escrocs : cela fait maintenant plusieurs années qu'on sait que les prix des matières premières s'emballent, il n'était pas très compliqué d'anticiper cette hausse et d'afficher des prévisions de de rentabilité réalistes.

Il faut surtout arrêter de prétendre à la spécificité du business model des énergies renouvelables : il est en fait très similaire au secteur du logement social, d'où l'acronyme en forme de clin d'oeil qui fait le titre du présent article.

En effet, les revenus (loyers) y sont également fixés (modérés) par l'Etat, l'investissement restant de la responsabilité de l'investisseur, qu'on appelle, dans le secteur peu glamour de l'immobilier de masse, non pas un tycoon des clean techs mais tout simplement un promoteur immobilier. Un "opérateur électrique alternatif" est lui aussi quelqu'un qui se fait prêter de l'argent pour construire des biens immobiliers (des éoliennes) dont les revenus, garantis, facilitent la revente du bien après terminaison des travaux, voire avant : le montant de cette revente permet de rembourser le prêt et de dégager une plus-value.

Le logement social connaît de plus les mêmes problèmes de NIMBY - "pas de ça près de chez moi" - que les éoliennes, à la différence que ce sont les quartiers bourgeois de centre ville qui ne veulent pas d'HLM, et non les (bobos ayant des résidences secondaires dans les) jolis villages fleuris de la France éternelle.

Soyons clairs : nous ne nions pas le fait qu'en ce moment, de sérieuses menaces pèsent sur le développement de l'éolien français. Mais elles ne sont pas à aller chercher dans le pétrole, l'acceptation par le voisinage  ou la rentabilité insuffisante de la filière : la cause profonde et première, c'est tout simplement la crise financière, qui rend les banquiers peu prêteurs et très pressés de récupérer les fonds déjà accordés, tandis que de l'autre côté, de nombreux promoteurs ont opté pour des ménaiques de croissance très ambitieuses et qui ne supporte pas le moindre grain de sable. D'ailleurs, pour insister sur l'analogie, le logement social est également en crise... L'éolien est tout simplement victime d'une variante de la grippe immobilière.

C'est pour cette même et simple raison que le solaire, qu'on présente aujourd'hui comme le relais de l'éolien, ne va pas décoller comme on le prétend, même si quelques réalisations isolées verront effectivement le jour.

Le secteur des énergies renouvelables, comme le reste de l'économie, est aujourd'hui touchée par la récession. Il n'en mourra pas, mais va très certainement végéter quelques trimestres, voire quelques années, le temps que notre économie se redresse. Ce n'est parce qu'il éternue aujourd'hui qu'il faut tout de suite penser à l'enterrer !

Il y a des secteurs qui vont bien plus mal et ce, sans véritable espoir sur le long terme...
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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 14:00
Le fenghuang (鳳凰 / 凤凰 pinyin : fènghuáng) ou phénix chinois est un oiseau mythique qui règne sur tous les autres oiseaux. Les mâles sont appelés Feng (鳳) et les femelles Huang (凰). Cette distinction des genres est parfois éclipsée pour ne former qu'une seule entité féminine. En effet cet oiseau est souvent associé au dragon (dont il est parfois considéré comme le père) qui est son pendant masculin (Chine Informations)
Il y a quelque temps, nous avions imaginé un scénario noir pour l'industrie nucléaire. Avec un peu de recul, nous estimons nécessaire de compléter un peu notre point de vue avec la prise en compte de l'Asie.

Inde et Chine vivent aujourd'hui leurs Trente Glorieuses : une telle croissance ininterrompue est impossible sans un minimum de planification à l'échelle de la nation. Il est donc extrêmement probable que les dirigeants de ces deux pays savent qu'ils ne pourront pas éternellement nourrir les feux du développement avec leurs propres ressources naturelles - principalement le charbon - et qu'il leur faudra donc, d'ici une décennie, faire baculer leur secteur énergétique vers une nouvelle source sûre. L'actualité du pétrole et du gaz leur démontre tous les jours que tout est possible en terme de prix et de sécurité d'approvisionnement, il faut donc s'en affranchir.

C'est ce même raisonnement qu'a mené la France gaullienne : alors que ses gisements charbonniers s'épuisait, le gouvernement français comprit dès la crise de Suez (1956) que le pétrole était une ressource géopolitiquement sensible et qu'il fallait que l'industrie française s'en affranchisse à terme. Le choc pétrolier de 1974 ne fit que précipiter les échéances du plan d'électro-nucléarisation de la France, qui était déjà complètement écrit.

Tout planificateur énergétique sait qu'une politique électronucléaire s'appuyant uniquement sur des réacteurs de génération actuelle est condamnée à terme : même avec les meilleures solutions de retraitement, le combustible (l'uranium U235) finit par être difficile à dénicher - il y a plein dans l'eau de mer, mais personne n'a encore mis au point le procédé industriel capable d'en assurer l'extraction - et les déchets de combustion s'accumulent en parallèle. La Génération IV (réacteurs à neutrons rapides) est donc indispensable pour se garantir un millénaire de tranquillité.

En Occident, la Génération IV est au point mort : la recherche bénéficient de moyens de plus en plus modestes, les industriels rechignent devant les monumentaux investissements en R&D que les Etats surendettés ne peuvent plus prendre en charge, et les politiques sont facilement effrayés par les risques technologiques qu'il faudrait faire accepter au public, de plus en plus méfiants vis-à-vis du progrès technique.

Nombreux sont mêmes ceux qui déclarent l'industrie nucléaire définitivement incapable de fabriquer des centrales de la génération actuelle, en donnant pour exemple les retards et dépassements de budget sur les 2 EPR en construction. Ne négligeons pourtant pas la courbe d'apprentissage : il s'agit d'une "tête de série", comme on dit  avec son lot d'aléas. Et les problèmes sont essentiellement dans le génie civil, un domaine où retards et dépassements de budget sont classiques pour ne pas dire incontournables.

En attendant, Superphénix a été arrêté et il faudra sans doute attendre deux à trois décennies pour qu'un nouveau surgénérateur à l'échelle industrielle entre en service en Europe.

La situation en Inde, et surtout en Chine, est radicalement différente : ces pays ont pléthore de chercheurs et d'ingénieurs nucléaires jeunes et ambitieux, de nombreux projets scientifiques et industriels sont en route pour que acquérir l'indispensable expérience du terrain, le financement n'est pas un problème... et  la santé publique et l'environnement non plus, face à l'enjeu du développement économique.

Voilà pourquoi un Super Fenghuang de 1000 MW devrait sans doute diverger d'ici dix ans, quelque part en Chine, et/ou en Inde.

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