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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 21:33

Si vous ne l'avez pas encore vu, courez voir Retour vers le futur, sorti en 1985, avant de lire la suite de ce blog.

Sans dévoiler toute l'intrigue, on voit à un moment de ce film un savant recharger un réacteur nucléaire portable à fusion avec des déchets ménagers ; un tel appareil, banalement dénommé "Mr. Fusion", paraît tellement incongru par rapport à nos projets actuels (ITER, 10 milliards de dollars juste pour tester l'idée de fabriquer de l'électricité avec une bombe H magnétiquement confinée) qu'il ne peut venir que d'un futur lointain.

http://blogs.discovermagazine.com/discoblog/files/2008/04/mr-fusion.jpg

Ca y est, vous l'avez vu ?

Hé bien, Mr Fusion vient des années 2025. Car hier, Lockheed Martin a annoncé être capable de fabriquer un réacteur à fusion nucléaire "grand public" de 100 MW, grand comme une remorque de camion, d'ici 10 ans. Vous pourrez lire un article assez détaillé ici et voir une vidéo de Monsieur Fusion - le Dr MCGuire - , tous les deux en anglais.

Un tel saut quantique est quasiment incroyable, c'est un peu comme si Blériot avait directement inventé et construit un Mirage pour tenter de traverser la Manche. Et plutôt Pasteur que Blériot d'ailleurs pour améliorer l'analogie, car pour le moment Lockheed Martin n'a jamais été renommé pour ses compétences dans le domaine de la fusion nucléaire.Est-ce un de ces phénomènes neurologiques destinés à tester la cohérence de nos apprentissages ?

Maintenant, tout le monde sait que la recherche disruptive existe : toutes proportions gardées, le transistor a également été une révolution dans un monde technologique où on ne jurait que par la lampe à vide. On ne se moquera donc pas trop vite et on espère secrètement que cela pourrait être, peut-être, une réalité dans 10 ans.

Voilà qui pourrait vous convaincre de vendre vos dernières actions Areva... En tout cas, si ce Réacteur à Fusion Compact (RFC, CFR en v. o.) n'est pas une intox, même s'il n'arrive que dans dix ans, demain ne sera plus comme aujourd'hui : si les pétroliers et les constructeurs automobiles peuvent encore s'en tirer - les Renault Zoé seront difficiles à vendre en version semi-remorque - il va y avoir du ramdam chez les fabricants de turbines et de diesel marins, voire chez les avionneurs comme semble l'espérer Lockheed Martin.

Ironie du sort : l'annonce tombe pile le jour où la loi sur la transition énergétique a été votée. Comme aurait pu chanter Bruel, on verra dans dix ans lequel des deux événements aura retenu l'Histoire.

 

EDIT: les vrais journalistes ont commencé leur travail d'investigation et, comme on poiuvait s'en douter, la communauté scientifique est plus que sceptique. Le concept exploré par Lockheed Martin avait été étudié il y a 50 ans, pour être abandonné après de nombreux échecs. Toute cette histoire commence à ressembler à une version atomique du moteur Pantone.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 21:40

chinoiseries-de-Proglio.jpgC'est dans le numéro de cette semaine du Canard Enchaîné, en relais d'un article de la semaine dernière dans le Nouvel Observateur : le PDG d'EDF, très bien vu de l'ancien gouvernement et donc pas du tout du nouveau, aurait commis un crime d'Etat en signant un accord secret avec la compagnie électrique chinoise CGNPC en développant avec eux un concurrent direct de l'Atmea d'Areva sans impliquer Areva le moins du monde (rien d'étonnant) mais surtout en concédant la propriété intellectuelle à CGNPC. Serait-ce une nouvelle savonnette chinoise ?

Il y a quelques décennies, il y eut la méthode dite du parapluie bulgare pour se débarrasser discrètement de ses ennemis. La savonnette chinoise, plus subtile, marche uniquement pour les présidents de sociétés qui déplaisent au pouvoir : on se débrouille pour les mouiller dans une histoire de trafic de technologie électrique avec des Chinois plus ou moins identifiés. Cela a failli réussir il ya 2 ans avec Renault - la fameuse "affaire" était sans doute un coup de billard à trois bandes visant à faire sauter Carlos Ghosn - et l'Etat tente désormais un coup plus direct, avec en plus des preuves en mains semble-t-il.

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00
Debunking-Institute-300x300-copie-1.pngL'annonce récente d'un partenariat entre Bill Gates et Toshiba pour la mise au point d'un réacteur révolutionnaire, fonctionnant à l'uranium appauvri, n'a pas fini de défrayer la chronique.

C'est un nouvel exemple de la contamination du secteur énergétique par les méthodes marketing de l'informatique : le type de réacteur que souhaite mettre au point TerraPower, la startup dans laquelle a investi Bilou est... un pur concept théorique.

Officiellement dénommé TWR (Traveling Wave Reactor), il s'agit d'une variante de la filière à sodium liquide des réacteurs de Génération 4 popularisée notamment par Phénix et SuperPhénix. La seule différence avec ces derniers est que personne n'a encore construit un TWR, même en modèle réduit dans un labo. Juste quelques papiers de physiciens ont pour le moment été publiés à ce sujet.

L'objectif de TerraPower, la société qui prétend développer un tel réacteur et qui avoue qu'il faudra encore dépenser "plusieurs milliards de dollars" pour aboutir à quelque chose de concret, est certainement d'être vendu à un gogo qui s'imaginera acheter une technologie d'avenir... et qui le restera.

Plus qu'aux frasques financières de l'ancien patron de Microsoft, c'est aux travaux de Toshiba qu'il faudrait s'intéresser, mais ceux-ci ne sont bien évidemment pas publiés sur le Net.

Pour ceux qui croiraient que Bilou est un homme qui a fait fortune en misant sur l'innovation, il faut rappeler que sa société Microsoft a bâti son succès sur MS/DOS, qui n'était qu'une copie bas de gamme de CP/M,  système d'exploitation qui dominait alors le marché naissant des micro-ordinateurs professionnels. Pour établir une similitude dans le monde nucléaire, c'est comme si Bilou avait racheté aux Chinois la licence de leur réacteur CPR-1000 - une version sinisée de nos vieux REP dont EDF négocie actuellement les prolongations de durée de vie - et arrivait ensuite, par jeux d'influences et coups de chance (il en faut, comme partout), à en faire le standard mondial.

Pour faire fonctionner l'analogie dans l'autre sens, c'est comme si TerraPower annonçait un partenariat avec Samsung pour développer un visio-téléphone mobile avec affichage 3D hologrammique, ou encore prétendait s'associer avec Boeing pour mettre au point un vaisseau spatial habité pour aller visiter les Lunes de Jupiter.

Pendant ce temps, les Russes avancent... On a beaucoup ri de la rusticité des fusées soviétiques, mais ce sont elles qui ont lancées dans l'espace le premier satellite artificiel et le premier homme.
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 07:00
Amusant de voir comme le projet russe ATES MM - en russe АТЭС ММ, abréviation de плавучая атомная теплоэлектростанция малой мощности - reste absent des grands médias, malgré le regain d'intérêt des médias pour le nucléaire civil. Il est vrai que son aspect n'est pas très glamour. Et puis c'est en ex-URSS, là où ni les journalistes n'osent aller prendre des photos ni les ONG anti-nuke brandir des calicots...

ATES-MM.jpg
Pourtant, c'est peut-être bien ce que Christensen qualifie de disruptive innovation - innovation perturbatrice - à même de changer profondément l'écosystème industriel du nucléaire civil. Alors que les Occidentaux se sont précipités dans l'amélioration compliquée de leur produit-phare, le gros réacteur de 1500 MWe, les Russes ont osé sortir un assemblage original de technologies éprouvées qui délivre certes une puissance réduite (70 MWe maximum) mais offre des prestations inédites : possibilités de cogénération et de désalinisation, traitement élégant des questions de récupération des déchets et de déchargement, etc.

Pour en savoir plus, nous n'avons pour l'instant pas d'autres liens à vous proposer que :
  • la page wikipédia anglophone ;
  • le compte-rendu d'une présentation tenue à Paris par un des acteurs du programme, ainsi que son deck de slides en francorusse, dont est tiré l'image ci-dessus (il y en a plein d'autres).
Les différentes sources ne se recoupent pas parfaitement, mais cela permet d'approfondir l'émergence furtive de ce concept pour pays émergents.
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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 07:00
Un petit extrait des derniers ragots de la Lettre A :
Les responsables de la production d'énergie chez EDF ont le nez sur les bulletins de Météo France. Le scénario qui les angoisse pour janvier ou février est celui d'une température inférieure de huit degrés aux normales saisonnières durant une semaine.
Ah ben ça tombe mal, c'est exactement ce que les météorologues nous prédisent pour... les deux prochaines semaines !

blackout-tintin-v2.PNG
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 07:00
http://file.poubelles.be/chat-bretagne.jpg
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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 07:00
On avait déjà détecté que la National Agency for Space Administration (NASA) n'hésitait pas à investir en recherche dans le domaine des réacteurs nucléaires.

Mais saviez-vous que la NASA exploite déjà une centrale nucléaire de 350 MW et se prépare à mettre en service, dans quelques mois, un deuxième réacteur de 750 MW, fourni par une filiale de Siemens ?

Evidemment, il ne s'agit pas de la même NASA ! Celle-là est la Nucleoeléctrica Argentina Sociedad Anónima...

Espérons que cette compagnie sait mieux opérer ses centrales que son propre site Web : sur sa page d'accueil, elle parvient à faire une faute à son propre nom (Nucleoeléctrina, non visible sur l'image ci-contre mais constatable en cliquant sur le lien donné ci-dessus).

Cette NASA-là est loin d'être le client-type du (trop ?) sophistiqué EPR : ielle se contente de modestes réacteurs à eau lourde, du genre de ceux qu'on voit dans Objectif Lune de Tintin ou le Piège Diabolique de Blake & Mortimer : voilà qui ne nous rajeunit pas, mais ne nous rassure pas non plus, quand on connaît le pouvoir plutonigène de ces vieux bouzins.

Le prochain "cygne noir" nucléaire ne surviendra pas à Flamanville ou en Iran, ou dans un autre de ces lieux emblématiques actuels des débats en boucle fermée sur les questions de prolifération et de sûreté nucléaires. C'est un de ses obscurs réacteurs situés dans un pays émergent qui fera, un jour prochain, l'actualité. Qui connaissait Tchernobyl avant avril 1986 ? Bhopal avant décembre 1984 ?
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 07:00
Le compteur d'électricité "intelligent" nous est régulièrement présenté par les médias et les consultants sans cervelle comme une panacée.

Il ne s'agit pourtant, ni plus ni moins, que de mettre en place une infrastructure de comptabilisation temps réel de la consommation, dont le compteur n'est que la partie visible pour le particulier. Révolutionnaire ? Non, puisqu'il s'agit tout simplement d'une infrastructure analogue à celle des réseaux téléphoniques.

Aucune compagnie téléphonique n'oserait expliquer à ses cilents que, grâce à son système de mesure temps réel, ils vont pouvoir réduire leur consommation ! L'enjeu est parfaitement inverse : il est possible de construire des barèmes d'une complexité extrême dont le résumé, volontairement biaisé, donne l'impression aux clients qu'ils vont faire des économies. On a ainsi vu récemment des opérateurs français nous proposer des offres de communication 3G "illimitées"... néanmoins dotées d'un plafond mensuel et une facturation à un prix éhonté au-delà de ce plafond.

C'est bien entendu ce que visent les compagnies énergétiques, au-delà de l'évidente économie de main-d'oeuvre. Une fois ces compteurs installés, nous verrons fleurir sur les affiches des offres "révolutionnaires" avec un kWh d'origine renouvelable garanti pour seulement* 0,01 €, la petite astérisque renvoyant à un texte en touts petits caractères où il sera spécfifié que ledit tarif n'est valide que les vendredi 13 entre 3h42 et 3h47 du matin...

Si l'efficacité énergétique vous tient réellement à coeur, occupez-vous maintenant de réduire votre consommation en analysant directement l'usage que vous faites de l'énergie abondante aujourd'hui à votre disposition... et faites votre possible pour être parmi les derniers à vous faire imposer ces compteurs "intelligents" qui vont surtout servir à mieux plumer les naïfs.
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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 07:00
La récente annonce simultanée des autorités française, britannique et finlandaise faisant état de leurs "préoccupations" concernant la sûreté de l'EPR n'a pas dû répandre la joie au sein du monolithe noir de la Défense.

S'agit-il pour autant du début de la fin de l'industrie nucléaire ? Probablement pas. Cette histoire n'est pas sans nous rappeler ce qui fit la célébrité de l'avocat consumériste Ralph Nader, dont le brûlot Unsafe At Any Speed (Dangereuses à n'importe quelle vitesse) vilipendait les belles voitures américaines des années 1950-60 qui tuaient aisément conducteurs, passagers et piétons de par leur conception qui faisait fi des questions de sécurité.

Cet ouvrage fut publié en 1965 : aucun historien d'entreprise n'oserait  considérer aujourd'hui cette année-là comme le jalon marquant le déclin inexorable de l'industrie automobile états-unienne. Face aux critiques parfaitement fondées de ce jeune juriste aux dents longues, les constructeurs de Detroit généralisèrent la ceinture de sécurité, introduirent le crash-test et ses mannequins bigarrés et inventèrent l'airbag, dont nos véhicules sont aujourd'hui bardés.

Que trois autorités de sûreté décident de rédiger un texte en commun est loin d'être anodin : c'est du jamais vu dans l'histoire du nucléaire civil et c'est la preuve que la gouvernance de ce microcosme n'est finalement pas aussi mauvaise que certains opposants irréductibles aimeraient le faire croire.

Il faut maintenant qu'Areva sache répondre avec la même capacité profonde de remise en cause de sa façon de concevoir ses produits qu'ont démontré Ford, Chrysler ou GM il y a cinquante ans.

Verra-t-on enfin un test grandeur nature d'avion de ligne s'écrasant sur un bâtiment réacteur ? Un simulateur de conduite d'EPR aux mains de spécialistes touchant un bonus de trader s'ils arrivent à provoquer un incident de niveau Tchernobyl ? Peut-être pas : on peut espérer que l'atomiste a déjà réalisé les études confidentielles qui permettent de garantir la non-réalisation de tels événements redoutés.

Mais c'est seulement en étant à la fois plus exigeants et plus transparents que les ingénieurs d'Areva sortiront Atomic Ann de cette mauvaise passe. Plus facile à dire qu'à faire : Areva est aujourd'hui un mélange détonant de héros vieillissants du nucléaire des Trente Glorieuses et de jeunes diplômés enthousiastes mais parfaitement novices en génie nucléaire. Est-ce là la dream team qui sera capable de réinventer une filière technologique certes bien née (merci Gran'Ma Westinghouse) mais dont les derniers rejetons (REP palier N4 et maintenant EPR) connaissent des accouchements difficiles ?

EPR et Boeing 787 seraient-ils tous deux les enfants trop tardifs d'entreprises naguère intellectuellement agiles mais qui se sont lentement calcifiées sous l'effet insidieux de bureaucrates ? L'échec opérationnel expliqué par la ménopause, voilà un concept nouveau en sociologie des organisations.

Mon nom est EPR
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 07:00
On avait prédit, il y a un an, qu'une centrale nucléaire surgénératrice (type Super-Phénix) devrait démarrer d'ici dix ans en Chine. Voilà que les faits semblent confirmer cette vision, à l'époque uniquement fondée sur le raisonnement.
SHANGHAI - La Chine va commencer à construire en 2012-13 son premier réacteur nucléaire de grande puissance de quatrième génération fondé sur une technologie chinoise, selon un ingénieur en chef impliqué dans le développement du système.

Le Réacteur Expérimental à Neutrons Rapides aura une puissance de 800 Mégawatts ; il devrait être mis sur le réseau en 2020, selon Xu Mi, ingénieur en chef au Département des Réacteurs Rapides de l’Institut de l’Energie Atomique.

Le projet montre comment la Chine essaie d’être leader dans le développement des technologies nucléaires alors qu’elle prévoit une croissance massive de son parc de réacteurs nucléaires civils. La technologie de quatrième génération représente une amélioration par rapport aux modèles actuellement mis en œuvre, en termes de coût, d'efficacité énergétique et de sûreté.
Il s'agit probablement d'une évolution de la filière sodium sovétique qui fonctionne encore aujourd'hui, dans l'indifférence générale, à Beloyarsk.

La centrale de l'Empire du Milieu sera construite sur la côte, dans le district de Sanmen (三门), région parfaitement inconnue aujourd'hui mais qui pourrait dépasser un jour, en termes de popularité, la minuscule bourgade iséroise de Creys-Malville. On notera au passage le silence assourdissant des ONG anti-nucléaires occidentales face aux déclarations fermes des autorités chinoises :
En mai dernier, le Chef de l’Administration de l'énergie de Chine, Zhang Guobao, a déclaré que la Chine, dans le cadre des plans à long terme, devrait avoir plus de 100 réacteurs dans 20 ans, correspondant au niveau actuel des Etats-Unis.
Peut-être justement parce qu'elles sont fermes comme des portes de prison ?
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