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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:42
175.jpgTandis qu'une banque d'investissement (JP Morgan Chase) en rachetait une autre (Bear Stearns) pour le dollar symbolique ou presque, une troisième (Goldman Sachs) tentait un pronostic :
Le prix du brut peut culminer à 175 dollars le baril dans les deux prochaines années, particulièrement si la croissance reprend dans les pays du G7 en 2009 et au-delà.
Il y a deux ans, aucun économiste n'aurait osé écrire une chose pareille. Le plus effronté, Artus, avait osé évoquer les 300 dollars - mais en 2015. Mais depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et des fonds d'investissements ont coulé tout court.

Encore une fois, on peut se demander s'il ne s'agit pas là d'un signal cynique pour entretenir la course à la hausse sur le marché des matières premières.

Après tout, Artus justifiait ses 300 dollars par une analyse micro-économique poussée, notamment en essayant de mesurer l'élasticité-prix (nous en reparlerons lors d'un prochain article).

Mais là, Goldman Sachs se contente d'un raisonnement par historique :
Le prix du brut devrait monter à 118 dollars pour dépasser ses niveaux record en prix réels, déflatés de la hausse des prix américains à la consommation
Autrement dit, on a déjà connu dans le passé des niveaux plus hauts que les 110 dollars actuels et on n'en est pas morts, puisqu'on est toujours là. Et Les Echos de poursuivre, à moitié dupe de l'argumentaire :
Il devrait même atteindre 134 dollars pour ramener le pouvoir d'achat d'un consommateur moyen d'un pays du G7 au niveau qui était le sien en 1981. Et le baril américain devrait s'échanger à 150 dollars pour que le pétrole représente le même pourcentage du PIB mondial qu'en 1980. C'est dire qu'il y a de la marge...
Achetez mon pétrole, braves gens ! J'ai besoin de vos liquidités... pour payer mes créanciers.

Bon, bien entendu, cette précise prévision n'est valable que si l'économie US repart en 2009...


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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 23:02
Ghost in the Shell
Le groupe pétrolier anglo-néerlandais Royal Dutch Shell devrait annoncer lundi une surestimation de ses réserves en 2007 d'environ 1,3 milliard de barils de pétrole, soit l'équivalent de près d'un an de production, a écrit dimanche l'hebdomadaire The Observer.
Selon le journal, le directeur général de la société, Jeroen van der Veer, devrait également annoncer une croissance de la production "nulle ou proche de zéro" jusqu'en 2010 et un taux de remplacement des réserves qui devrait descendre à 80% (Les Echos)

Décidément, la compagnie Shell est plus douée pour la prospective que pour la comptabilité.

Mais là encore, l'économie réelle montre ses limites : pendant que Shell voit une faible partie de ses actifs pétroliers s'évaporer, ceux de Bear Stearns semblent avoir disparu ! On parle d'un rachat par JP Morgan Chase, pour un montant qui ne serait qu'une faible fraction de la capitalisation boursière d'il y a un an de ce qui fut la cinquième banque d'affaires états-unienne.

Prochaine banque sur la liste : Lehman Brothers ?
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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 16:00

canada-bitumeux.JPG

Les démocrates états-uniens viennent de jouer un bon tour au lobby pétrolier, à son nez et à sa barbe. Comme le signale Les Echos :
L'ambassadeur du Canada à Washington, Michael Wilson, a écrit au secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, pour tirer la sonnette d'alarme. « Le Canada s'inquiète de la façon dont la section 526 de la loi de décembre 2007 sur l'indépendance énergétique et la sécurité pourrait être interprétée comme incluant les sables bitumineux », explique le ministère des Affaires étrangères. Selon ce texte, Washington ne peut acheter de carburants alternatifs si ceux-ci produisent davantage de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. Le pétrole des sables bitumineux, s'il est considéré comme alternatif, tombe sous le coup de cette loi, car son extraction est trois fois plus polluante.

Ce point dur est assez savoureux quand on se souvient que l'accord de libre échange entre le Canada et les Etats-Unis se nomme NAFTA (phonétiquement : naphte, pétrole brut).

Le côté obscur de cette loi est qu'elle va intensifier l'intérêt du charbon liquéfié (CTL) domestique, tout aussi polluant mais produit à l'intérieur même des frontières de l'Union.

Dans les autres arguments récemment évoqués pour le développement du CTL, on peut citer celui invoqué par Brian Schweitzer, le gouverneur du Montana : construire une industrie nationale du coal-to-liquid serait un prérequis indispensable au retrait des boys d'Irak. Plus besoin du pétrole irakien si le CTL coule à flots !

Et il enfonce le clou sur son blog électoral :
My hope is Americans can produce 2 billion barrels a year from our enormous coal reserves to a clean-burning fuel for about $1.20 a gallon and for the next fifty years only touch a small fraction of our coal supplies.
On notera le machiavélisme de l'argumentation du gouverneur :  le vrai problème du charbon liquéfié, ce n'est pas qu'il soit propre quand il brûle (clean-burning) mais bien que son procédé de production le soit.

Et ce gouverneur, est-il Républicain ? Hé bien, non, il est Démocrate, comme Obama...
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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 22:30
OB = Oil Bubble

Le journal les Echos a réussi une fois de plus à résumer un long discours en un petit dessin :

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Ce qui provoque aujourd'hui la flambée du pétrole, outre la dégringolade du dollar, c'est tout simplement l'augmentation massive de la présence des fonds d'investissement sur les marchés des matières premières. Le pétrole, comme le cuivre ou le platine, est devenu un placement, d'autant plus sûr que certains rappellent périodiquement sur la place publique qu'il y aura bientôt un maximum de production. "Allez m'sieu-dames, achetez vite mes barils, c'est un peu cher mais il n'y en aura pas toujours pour tout le monde..."

Qu'il y ait des gens qui l'achètent pour simplement le brûler dans un moteur ou une chaudière n'est pas le problème des investisseurs.

Le pétrole connaît sa première bulle, comme le laissait sous-entendre cette vidéo.
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 20:56
undefinedAttention : ce qui suit révèle une partie (seulement) de l'ouvrage commenté.

Certains sites partisans de la théorie du complot prétendent avoir recueilli suffisamment d'éléments de preuve établissant des liens irréfutables entre les attentats du 11 Septembre, le clan Bush et le pic pétrolier.

Pour faire simple : conscient d'une prochaine pénurie de pétrole, le clan Bush aurait dynamité les tours du World Trade Center en maquillant cela avec des crashs d'avion. Cela donnait ainsi au gouvernement US toutes les chances d'obtenir un blanc-seing du Congrès et du Sénat pour aller faire main basse sur les énormes réserves irakiennes - après un passage par l'Afghanistan pour que la ficelle ne soit pas trop grosse, sans doute.

Ils n'ont sans doute jamais lu Walhalla, de Clive Cussler.

Ce roman de pur divertissement - le héros, Dirk Pitt, est une sorte de McGyver marin qui passe son temps à sauver la planète d'affreux méchants dignes du Spectre - met en scène un horrible PDG de compagnie pétrolière qui a mis l'essentiel des hommes politiques de Washington sous sa coupe et qui dirige un cartel secret de compagnies pétrolières américaines.

Ce cartel, conscient du pic pétrolier prochain qu'il situe en 2010, complote d'abominables actions pour contrôler le marché de l'or noir, dont un attentat retentissant visant à détruire... le World Trade Center (mais selon le procédé dit du Boston Flameover, popularisé depuis par Syriana). Il y aussi des avions qui survolent Manhattan à pleine vitesse...

Boston Flameover
Nous ne vous raconterons pas la fin, assez de spoiling comme ça. Mais sachez que la première édition de l'oeuvre date de... 2001.

Nous savons maintenant ce que fait Bush de ses journées à la Maison-Blanche : il lit des romans de gare, et comme il a du mal à aller jusqu'au bout (c'est écrit petit), ses conseillers s'occupent de les porter à l'écran, live.

Cloverfield est-il une métaphore du retour des Démocrates au pouvoir ?

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 22:21
undefinedAprès le Y2K Bug, voici le 2OH Bug ("tou ô 'ètch beugg")

2OH ? Oil One Hundred. En bon français : (le baril de) pétrole (à) 100 (dollars).

Le 2OH Bug, c'est le bogue qui frappe les systèmes qui n'avaient jamais été conçus pour un prix du baril à trois chiffres.

Le site dont a été extrait ce soir le graphique ci-contre (321energy.com) est un bon exemple de victime. Y en aura-t-il d'autres ?

Sur d'autres sites comme TOD, le champagne coule déjà à flots et les têtes tournent : le baril à $100, c'est un peu comme le Signe du Ver dans Dune. Tous les membres de cette sympathique communauté surveillent donc maintenant l'horizon désertique d'Arabie, dans l'attente de l'érection brutale d'un ver en forme de courbe de Hubbert, suçant avidement les dernières gouttes de l'épice de Ghawar. Ou, tels de modernes Achab sur leurs pétroliers, ils espèrent le cri prochain de la vigie : "Elle pique ! Elle pique !"
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 12:51
Mr. Potato HeadUn sac de pommes de terre s'est de nouveau vendu hier à plus de 100 € sur le marché aux fruits et légumes d'Arras. Les analystes picards se perdent en conjectures sur les raisons géopolitiques qui ont poussé les cours à ce paroxysme. On évoque les négociations difficiles entre un planteur vénézuélien haut en couleur et un fabricant de chips américain, l'incendie d'une boutique de frites au sud de Liège et, au-dessus de la mêlée, la politique du syndicat des grands producteurs agricoles de l'OPEPT (Organisation des Paysans Exportateurs de Pommes de Terre) dont l'intérêt est bien entendu la maximalisation du revenu de ses membres. Le retour des beaux jours va également pousser les habitants du Nord de l'Europe à consommer moult cornets de frites lors des Carnavals : c'est la fameuse frying season.

L'imminence du Pic de Parmentier est parfois évoqué, mais il ne tracasse en pratique que les transformateurs de pomme de terre, qui seront alors confrontés à une baisse de leur activité - à moins qu'ils ne vendent leurs usines entretemps, ce qu'ils sont justement en train de faire, comme par exemple British Potato (qui cherche à se renommer Beyond Potato) - de même que les "fritures" parsemant nos routes nationales qui n'auront pas su se diversifier dans les panini ou les bretzel. La plupart des consommateurs se retourneront sur d'autres produits, certes moins goûteux mais toujours abondants, en attendant le fameux Pic Féculents qui devrait survenir dans une trentaine d'années (voir graphe ci-dessous).
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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 17:55
undefinedOn a déjà évoqué sur ce blog le manque de stabilité des modèles de prévision de production pétrolière, et notamment celui de Colin (un prénom bien trouvé pour quelqu'un qui s'intéresse au pic) Campbell. Une comparaison simple entre deux "runs" de son modèle (celui de 2003 et celui de 2006) permet de constater que ses prévisions annuelles sur les prochaines années sont loin d'être stabilisées (10% d'écart entre la prévision à A+4 de 2003 et celle à A+1 de 2006), ce qui nous a permis d'établir une première estimation de l'imprécision du modèle (3% par année dans le futur, à la hausse comme à la baisse).

Cette estimation est corroborée par le passé. Si on regarde comment a évolué l'augmentation de la production annuelle de pétrole ces vingt dernières années, on s'aperçoit qu'elle varie quasi-aléatoirement entre -2 et 5%, soit une imprécision d'une année sur l'autre de ±3,5% par rapport à la tendance moyenne.
Variations de productionIl n'y a aucune raison pour que, dans les dix prochaines années, le caractère chaotique de cette progression - reflet de la complexité de notre monde multipolaire et non plus de la grossièreté d'un modèle mathématique -  ne se maintienne pas, que ce soit à la hausse ou à la baisse.

Compte tenu du caractère arrondi des pics prédits par les modèles mathématiques à la Campbell, l'imprécision de 3% par an sur la valeur de production au pic entraîne par une imprécision d'environ 3 ans autour de la date théorique du pic (elle-même difficile à distinguer dans un bruit de 3% par an), ce qui est parfaitement en phase avec la position de Lahérrère, qui estime impossible d'être plus précis que la décennie.

Cette incertitude a quelque chose d'étonnant pour un phénomène qu'on peut parfois sentir proche et donc prévisible par calcul. Il en est pourtant de même de la météo : il est impossible de déterminer, même le premier jour de la deuxième quinzaine de juin, quel sera le jour le plus chaud de ce mois avant qu'il ne soit totalement écoulé. Tout soi-disant météorologue qui prétendrait le faire en vous présentant des extrapolations des températures des derniers jours sous forme de belles courbes en cloche ne serait qu'un cuistre.
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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 19:06
Chaque année, sous l'en-tête "Panorama",  l'Institut Français du Pétrole publie une série de notes de synthèse sur les problématiques énergétiques fossiles.

Pour 2008, le thème choisi est  "Les nouveaux débouchés du charbon : quels risques pour le changement climatique ?". Vous y trouverez l'état de l'art en terme des usages à la mode du charbon, y compris des sujets encore réservés aux initiés comme le chemical looping.

undefinedEn introduction à ce thème, on trouve quelques fiches récurrentes sans rapport, comme par exemple celle traitant de l'offre et la demande pétrolières.

Cette fiche parle une seule fois de "pic", mais à propos du cours plafond du pétrole et non du maximum de la production pétrolière. Par contre, elle utilise plusieurs fois le terme de "plateau" et conclut en avant-dernière page :
La croissance continue de l'offre semble peu probable et un plafonnement de la production avant 2020 n'est pas à exclure.
Le graphe ci-contre laisse même entendre une entrée sur le plateau d'ici 2012, à condition que la demande continue de croître malgré les prix désormais élevés du pétrole et qu'aucun champ significatif n'entre en production. Ce graphe inclut apparemment les carburants alternatifs (GTL, CTL et agro-carburants) que l'IFP estime contribuer à 12% de la croissance totale de l'offre en carburants liquides sur la période 2007-2012.

L'IFP, prudente, sait qu'il est difficile d'afficher des estimations de production au-delà du délai de réalisation des investissements (5-7 ans aujourd'hui pour un champ offshore) et ne tombe donc pas dans le piège des estimations à horizon 2050 et plus, dont la marge d'erreur devient rapidement aussi grande que la valeur elle-même.

L'interprétation par l'IFP des mécanismes de pricing du baril est discutable sur certains points (notamment la prise en compte insuffisante de la dégringolade du dollar), mais elle est très intéressante sur d'autres, comme la considération d'une cotation du baril représentative non pas du coût moyen mais du coût marginal : le prix spot est celui auquel sont achetés les derniers barils, et ce prix est au moins égal au prix de revient de la ressource de production la plus chère, à savoir l'offshore profond, que l'IFP estime généreusement à $65 le baril. Cela peut paraître excessif, mais n'oublions pas que 65 dollars 2007 équivalent à... 40 dollars 2001. L'explosion des coûts de développement, dont se plaignent amèrement les compagnies pétrolières, s'explique lui aussi par une devise états-unienne en déconfiture.
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 23:45
undefinedEn bonne place (page 3) dans une brochure de Volvo Trucks intitulée Future Fuels for Commercial Vehicles (les carburants du futur des véhicules utilitaires) et datant de... 2004, l'illustration ci-contre a de quoi surprendre.

Alors qu'en France, l'industrie automobile peine encore à reconnaître la possibilité éventuelle d'un hypothétique pic pétrolier (en anglais peak oil ou PO) un jour peut-être, voici que l'un des leaders mondiaux du poids lourd annonce clairement la couleur. La légende du graphe est en effet sans ambiguïté :
La production globale de pétrole va probablement culminer d'ici une décennie et le temps du pétrole brut bon marché et abondant est terminé.

Mais la courbe elle-même est plus surprenante : elle est encore plus pessimiste que la médiatique Campbell Curve dont on a récemment discuté de la marge d'erreur. La quantité de pétrole que nous prévoit Volvo Trucks pour 2040 est celle que Campbell envisage, dans ses rêves les plus fous, pour 2050 seulement. 

Un examen attentif des courbes permet de trouver l'explication : Volvo Trucks s'est bien appuyé sur les données de Campbell, mais n'a pas comptabilisé les condensats (ou NGL, Natural Gas Liquids) qui proviennent des champs gaziers et non pétroliers. 

Cette  vision restrictive est peut-être dû à un graphiste puriste qui n'a retenu comme données d'entrée que celles qui étaient étiquetées "oil", quand bien même on puisse produire tout le gazole qu'on veut desdits condensats.

En tout cas, cette plaquette a une importance historique dans le monde du marketing occidental : il s'agit de la première utilisation du pic pétrolier comme argument de vente.

Pour vendre quoi ? Eh bien, par exemple, des beaux camions qui marchent au DME, un agro-carburant de deuxième génération dont le développement est généreusement sponsorisé par le gouvernement suédois, car fournissant d'intéressants débouchés à l'industrie papetière... suédoise.
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