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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 17:31
Une fois n'est pas coutume, nous sommes retournés à nos chères statistiques de l'AIE.

Nous voulions en effet approfondir la façon dont nous consommons le pétrole à travers le monde, et les données de l'Agence ont l'avantage de permettre de cerner précisément la consommation domestique - "domestique" est à prendre au sens de "à l'intérieur du pays concerné" - en produits pétroliers. En effet, si on se contente d'analyser les consommations nationales de pétrole brut, on arrive rapidement à raconter n'importe quoi, comme le font les pseudo-économistes qui ont mis au point la "théorie" de l'ELM.
Ce premier panorama nous montre plusieurs choses intéressantes.

D'abord, que nous Français consommons seulement deux fois moins de "pétrole-mobilité" que l'Américain moyen, et ce principalement parce que nous nous déplaçons moins. Ce n'est pas qu'une question de voracité de nos véhicules respectifs : nous utilisons deux fois moins de carburéacteur par tête de pipe alors que les avions sont presque les mêmes de part et d'autre de l'Atlantique. On notera que nos cousins Canadiens ne sont pas tellement moins consommateurs d'or noir que leurs voisins méridionaux : s'ils se déplacent un peu moins, ils ont néanmoins tendance à privilégier le fioul domestique pour leurs besoins industriels et de chauffage.

Ensuite, nos voisins d'Europe du Nord, notamment la Suède et le Danemark, malgré leur image plus verte que la nôtre et leurs belles promesses, consomment en fait à peu près autant de pétrole que nous.

On s'aperçoit aussi qu'un Français consomme plus de pétrole qu'un Russe dans les usages stationnaires (principalement chauffage et production électrique). Ce n'est pas parce qu'il fait glacial dans les datcha et isba, bien au contraire, mais parce que ces dernières sont chauffées avec des combustibles plus adaptés (gaz, bois, charbon). Plus adaptés car c'est complètement stupide que de gaspiller un carburant liquide comme le fioul domestique pour se contenter de produire de la chaleur. Nos cousins Canadiens devraient également voir s'ils ne peuvent pas réduire leurs besoins pétroliers en usage stationnaire.

Enfin, on constate que le Chinois est loin de s'empiffrer de pétrole comme on a parfois tendance à le penser quand on regarde les montants en valeur absolue. Par contre, on remarque que le pétrole sert là-bas minoritairement (44% pour être précis) à des usages de mobilité auquel il est pourtant prédestiné.

Pourquoi ? Probablement parce que, pour alimenter en énergie (chaleur et électricité) les usines et les gratte-ciel qui poussent là-bas comme des champignons, on a recours à force chaudières au fioul, centrales électriques et groupes électrogènes, plutôt que d'attendre des solutions énergétiques plus adéquates à des besoins stationnaires.

Le cas le plus surprenant reste sans nul doute Cuba, souvent mythifié en société exemplaire de l'après-pétrole, et qui en consomme en fait deux fois plus par habitant que la Chine, essentiellement pour... produire de l'électricité, ce qui est peut-être le plus mauvais usage qu'on puisse faire du pétrole.
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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 21:25
Nous n'avons pas fini d'épuiser le fameux BP Statistical Review of World Energy.

Cette fois-ci, nous nous sommes intéressés à la production gazière par grande région. Nous étions restés à l'idée un pic nord-américain passé depuis 2001, et à un plateau qui allait s'orienter à la baisse en Europe. Les chiffres de BP nous ont permis d'actualiser cette vision :
On constate que les Cassandres piquistes ont eu tort concernant l'Amérique du Nord, notamment du fait d'un sursaut significatif de la production états-unienne.

Par contre, la situation européenne devient carrément préoccupante : nous avons clairement quitté le plateau et entamons la descente aux enfers, alors même que la Russie, notre fournisseur de méthane numéro un, semble avoir franchi son pic.

Certes, 2007 a commencé par un hiver clément : comme les capacités de stockage européennes sont faibles, cela s'est probablement traduit par un appel de production réduit par rapport à 2006. Mais si c'était la seule explication, les baisses de production seraient relativement homogènes entre les grands pays producteurs de l'UE-27.

Or ce n'est pas le cas : les Pays-Bas ont légèrement (1%) augmenté leur production, tandis que Danemark et Royaume-Uni ont vu leur production s'effondrer de 10% chacun par rapport à l'année précédente.

On pourra remercier la Norvège d'avoir fourni en abondance l'Union Européenne pour éviter la pénurie.

Boston Flameover La situation à l'horizon 2010 va devenir critique : la Norvège sera sur son plateau, Royaume-Uni et Danemark continueront de chuter, la Russie confirmera probablement son pic et les nombreux projets de terminaux de liquéfaction qui pourraient nous alimenter en gaz provenant du Moyen-Orient (voire d'Amérique) n'ont aucune chance d'être tous opérationnels d'ici là.

Après le pétrole cher, voici bientôt venue l'heure du gaz coûteux.
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 23:02
Intéressant entrefilet des Echos du jour :
 Selon une étude réalisée par l'agence américaine de régulation des matières premières, seuls 29% des échanges de "light sweet crude" réalisés sur le Nymex le sont à des fins de couverture par les utilisateurs de brut. En 2000, les spéculateurs représentaient seulement 37% des échanges à New-York.
Cette statistique officielle établit donc que 71% des échanges actuels sont à de pures fins de spéculation lucrative - la couverture étant aussi une spéculation, mais visant à réduire le risque financier d'un industriel - soit exactement l'inverse de la situation qui prévalait en 2000. Pour mémoire, cette année-là, le baril valait $28 (ou 26 €).

Notre fable pédagogique du marché de la salade à Champignac aurait-elle un soupçon de réalisme ? Nous serons bientôt fixés.

Il aura fallu plusieurs années pour qu'on reconnaisse publiquement que le Tour de France est une épreuve récompensant les meilleurs spécialistes médicaux du dopage sportif et non les meilleurs cyclistes. Il faudra bien un peu de temps pour qu'on cesse de croire que le prix du baril est d'abord lié au rapport de l'offre et la demande.

Pour nous forcer à aller jusqu'au bout dans notre défense de la thèse d'un baril sous l'emprise de drogues financières, nous décidons de prendre le risque de prédire un baril à $75 à la fin de l'année 2008. Il est à $137,16 à l'heure exacte où nous écrivons cette ligne.


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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 15:06
On a récemment vu que l'amont pétrolier (l'exploration-production) était capable de raconter n'importe quoi, et qu'il était donc difficile de s'appuyer sur leurs annonces officielles pour estimer si nous étions proches ou non du pic pétrolier.

Dans l'aval (le raffinage), on parle moins, mais on agit. Les dernières données issues du BP Statistical Review of World Energy montre que la capacité mondiale de raffinage continue de croître à rythme soutenu.
Le raffinage est une industrie lourde et fortement capitalistique : l'unité de mesure des investissements y est le milliard de dollars. Compte tenu de telles mises de départ, les investisseurs regardent à deux fois avant d'augmenter les capacités : ils ne mettent l'argent sur la table que s'ils sont sûrs que la raffinerie, une fois construite, tournera à plein pendant plusieurs années.

Le fait que l'industrie pétrolière mondiale poursuive sans mollir ses investissements en raffinage nous amène donc à penser qu'elle ne considère pas comme imminent le plafonnement mondial de la production de pétrole brut. Autrement dit, elle parie avec son argent que le pic pétrolier n'est pas pour demain.

Il est vrai que, dans le passé, on a vu des industries capitalistiques poursuivre leurs investissements alors que ces capacités supplémentaires étaient inutiles. La sidérugie française des années 1980 reste sans doute l'exemple le plus emblématique : n'ayant pas vu la fin des Trente Glorieuses, les deux leaders du secteur, Usinor et Sacilor, ont creusé leur tombe en s'épuisant dans une guerre des capacités.

Dans le cas du raffinage, on peut considérer que les acteurs industriels ont tiré les leçons de ce passé : depuis le deuxième choc pétrolier, le secteur a su maintenir une situation proche de la saturation pour sauvegarder les marges bénéficiaires, malgré plusieurs aléas de conjonctures majeurs, dont l'effondrement de l'URSS.

Si on crédite l'industrie pétrolière capable d'anticiper, mieux que nous-mêmes, la date probable du pic pétrolier, et compte tenu du temps nécessaire pour rentabiliser l'investissement dans une raffinerie (5 à 7 ans minimum), on peut en déduire que le pic pétrolier surviendra moins d'une décennie après que les capacités mondiales de raffinage aient commencé à plafonner.

L'industrie pétrolière parie donc pour l'instant  - avec beaucoup d'argent - sur un pic pétrolier au-delà de 2013.
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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 14:24
Le célèbre tableau de données Statistical Review of World Energy vient d'être publié par BP dans son édition 2008. Nous avons décidé aussi sec de nous infliger une séance de data-crunch.

Au chapitre de la production pétrolière, 2007 est en léger retrait par rapport à 2006, d'un peu moins de 0,2%. Cette variation annuelle est plus forte que celle de 2001 (-0,1%) mais moins que celles de 1991 (-0,3%), de 2002 (-0,5%) ou encore de 1999 (-1,6%, plus forte baisse depuis 1982).

Le graphique suivant montre que, mis à part l'Angola,  l'Irak et le Qatar, les pays de l'OPEP font partie des grands absents de la liste des pays qui ont le plus augmenté leur production pétrolière en 2007 :
On note la relative modestie du développement du Canada et de ses sables bitumineux, malgré leur grande présence médiatique. La taille des réserves ne suffit pas, il faut aussi être capable d'assurer le débit.

Au chapitre des baisses, par contre, l'OPEP cumule les places au tableau d'honneur :

La baisse notable de l'Arabie Saoudite semble confimer qu'elle a passé son maximum absolu de production en 2005, comme l'avait prévu Matthew Simmons.

 La consommation d'hydrocarbures liquides, elle, continue à augmenter d'un peu plus d'un pour cent par an. Cet écart s'explique par des baisses des stocks mondiaux et/ou par le développement d'alternatives type CTL et biocarburants. Le pic pétrolier n'est donc pas encore pour cette année.Parmi la cinquantaine de pays qui ont vu leur consommation s'accroître en valeur absolue, on trouve en tête de liste la Chine, l'Inde, l'Arabie Saoudite et le Brésil, que le prix élevé du pétrole n'a apparemment pas découragés. Rappelons le cas particulier de l'Arabie Saoudite, qui ré-exporte 60% de sa consommation domestique de brut sous forme de produits pétroliers.

A l'inverse, les seuls pays à avoir significativement réduit leur consommation en valeur absolue sont les pays occidentaux non américains : Allemagne, Japon, Royaume-Uni, Italie et France sont ceux qui ont le plus réduit leur consommation.

Nous expliquons le paradoxe de l'élasticité-prix de la demande pétrolière, très faible à l'échelle mondiale et toujours positive en 2007  - la consommation mondiale a augmenté alors que les prix ont augmenté - par cette analyse à l'échelle des pays : là où le pétrole est subventionné (pays émergents), la consommation ne mollit pas, tandis qu'elle accuse de nets signes de faiblesse là où des taxes élevées rendent la dépense pétrolière de moins en moins supportables pour le consommateur final, tout riche qu'il soit.
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Cet article a également été publié sur Oléocène
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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 11:34
Brut : puissances asiatiques et Etats-Unis "inquiets" (Les Echos)

Le secrétaire américain à l'Energie reconnaît que la flambée de l'or noir est un "choc" pour l'économie américaine, déjà en difficultés. Il estime néanmoins qu'il n'y a pas de crise du pétrole et qu'il n'est pas nécessaire de réguler le marché.
Et un peu plus loin :
Les analystes de Morgan Stanley s'attendent à ce que le prix de l'or noir atteigne les 150 dollars d'ici le 4 juillet, fête nationale américaine et pic de la saison des déplacements estivaux en voiture, soit dans moins d'un mois.
La manipulation de marché par les "opérateurs non commerciaux" (spéculateurs) continue.

Si le prix élevé du pétrole était vraiment un problème pour les Etats-Unis, il leur suffirait pourtant de demander aux analystes de se taire...

Car ceux qui connaissent réellement la situation en matière d'offre et de demande pétrolière - compagnies pétrolières, grossistes en produits pétroliers, raffineurs - s'expriment curieusement rarement dans les médias à propos des prochains prix du pétrole. Ceux qui font le buzz, ce sont les opérateurs financiers, pour des raisons évidentes.
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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 17:39
Nous avons assez bassiné nos lecteurs avec nos positions pro-bulle en ce qui concerne les matières premières et le pétrole en particulier.

Mais les bubble-skeptics, les sceptiques de la bulle - à ne pas confondre avec les décontractés du gland -  retrouvent ces derniers jours une certaine vigueur, notamment suite à des accusations officielles.

Voyez ces extraits d'un article des Echos datant de lundi dernier. Celui-ci, d'abord :
Michael Lewis, responsable de la recherche matières premières chez Deutsche Bank, rappelle que le long rallye des ressources naturelles a été aussi fort, voire plus robuste encore, chez des produits non cotés à l'instar du molybdène, du cadmium et du ferrochrome que sur les produits cotés comme le pétrole et le cuivre, où « des afflux de capitaux spéculatifs sont possibles ». A son sens, ce simple fait suffit à réfuter l'idée que les spéculateurs ont été la cause première de la hausse des cours des matières premières.
puis celui-là, encore plus péremptoire :
Tsutomu Fujita, chez NikkoCiti, considère que le renchérissement des matières premières est devenu un élément structurel et n'envisage la possibilité de la formation d'une bulle spéculative qu'après la fin de la décennie.
It's BRIC, stupid!

Mais peut-on considérer de telles sources comme suffisamment indépendantes pour porter un jugement faiblement biaisé sur la situation ? Demander son avis à des économistes de banque d'investissement quant à la possibilité de spéculations excessives, c'est comme sonder des chauffeurs de taxi sur le rôle de la voiture dans la pollution urbaine...

Un autre avis autorisé, légèrement plus indépendant :
Il s'agit d'une énorme bulle. Je ne sais pas ce qui va la faire éclater mais, un jour ou l'autre, elle éclatera. Vous ne pouvez pas aller contre l'offre et la demande. Vous ne pouvez pas toujours aller contre les fondamentaux.
Il provient de la bouche de Steve Forbes, directeur de la publication du même nom, et elle date... du 30 août 2005 alors que le baril venait de toucher le niveau des $70. Quelques jours plus tard, le pétrole entamait sa décrue pour retomber aux alentours de $50 en fin d'année.

Il est difficile de croire que le baril est arrivé jusqu'à $70 à cause d'une bulle, puis à quasiment le double à cause de l'offre et la demande. Jusqu'à présent, dans l'histoire des marchés, les choses se passaient dans l'ordre inverse... Alors, concédons-le aux analystes cités plus haut, nous ne sommes pas sur une bulle.

Nous sommes sur une super-bulle.

Et nous laisserons le mot de la fin à Steve Forbes qui, toujours dans sa déclaration d'il y a 3 ans, prédisait :
Je ne pense pas que (le cours du brut) va atteindre les cent dollars mais s'il le fait, le crash sera encore plus spectaculaire...

L'éclatement de la bulle Internet aura alors l'air d'un pique-nique.


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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 09:58
Notre dernier TOD-bashing concernant le Modèle du Pays Exportateur nous a valu un abondant courrier.

La critique principale que nous avons portée à cette approche est que sa simplicité est telle qu'elle n'a aucun pouvoir explicatif, sans même parler d'un quelconque pouvoir inductif qui est le propre de toute théorie scientifique. La beauté dépouillée de certaines théories ne les rend pas pour autant puissantes. Et une théorie générale ne suffit pas pour passer à l'application concrète : on ne peut (heureusement) pas construire une bombe H en connaissant juste la célèbre équation E=mc² .

La tendance de certains à expliquer une réalité complexe par des modèles trop simples est en fait assez courant en science, suffisamment pour que certains chercheurs pleins d'humour aient tourné en dérision une telle dérive de la démarche scientifique  :
la production laitière d'une ferme était si basse que le fermier envoya une lettre à l'université locale pour solliciter son assistance. Une équipe pluridisciplinaire, dirigée par un spécialiste de la physique théorique, effectua des études approfondies sur le terrain, puis rentra rédiger son rapport. Peu de temps après, le fermier le reçut, l'ouvrit et s'arrêta à la première phrase : « Soit une vache sphérique... »
La dernière newsletter de Colin Campbell (ASPO-Irlande) nous fournit un autre exemple de vache sphérique : son fameux modèle de déplétion, qui vient de repousser à 2008 la survenue du pic pétrolier, après l'avoir annoncé en 2007 dans le numéro d'avant. A moins qu'il ne s'agisse d'un modèle cylindro-gravitaire, plus communément appelé "tirage à pile ou face".

Le troupeau des vaches sphériques ne se limite pas à ses deux exemples : quasiment tous les modèles de déplétion tombent dans cette catégorie, de même que la totalité des "modèles économiques" utilisés par les différentes banques d'investissement ou les agences énergétiques (AIE, EIA), dès lors qu'elles essaient de prévoir le prix du baril à plus de quelques mois.
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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 16:22
Le Modèle du Pétrole Exportateur (Export Land Model ou ELM) est une évidence trompeuse déguisée en pseudo-théorie géopolitico-économique.

 De quoi s'agit-il ? L'article que les communautaristes de TOD ont écrit sur wikipédia tente désespérement de rendre complexe sa simplicité. Pour parler le langage des économistes comme Caius Saugrenus dans Obélix et Compagnie :

"Toi produire menhirs. Beaucoup menhirs !
- Oui, de plus en plus ! Et moi vendre beaucoup menhirs aux Romains ! Eux fous...
- Mais village à toi acheter aussi menhirs !
- De plus en plus !
- Et donc, un jour toi vendre de moins en moins menhirs aux Romains, car village devenir premier client à toi et non plus Romains !
- Euh...
- Et donc Romains avoir de moins en moins de menhirs, avant même que Jour du Dolmen venir (NdT : expression désignant le maximum de production de menhirs)
- Ben oui, c'est logique ! Et alors ?
- Euh..."


 Remplacez les menhirs par le pétrole et vous aurez compris ce qu'est l'ELM. Hé oui, c'est aussi bête que cela ! Et même encore plus.

Car pour faire de belles courbes colorées pour appuyer leurs thèses, nos amis ELMistes font avec les moyens du bord. Ils n'ont comme chiffres à leur disposition sur Internet que, par pays, l'évolution de la production de brut et de la consommation nationale au fil du temps. Mais cette "consommation nationale" n'est pas limitée à celle du pays pour ses besoins propres : par exemple, on y trouve la consommation de ses raffineries, que les produits pétroliers ainsi obtenus soient massivement exportés ou pas.

C'est la raison pour laquelle, si vous regardez par exemple la consommation de l'Arabie Saoudite par habitant, celle-ci dépasse tous les records. Ce n'est pas parce que le roi Abdallah aurait installé une station olympique de ski fonctionnant au fioul dans ses appartements, mais tout simplement à cause de la consommation des raffineries du pays qui vendent ensuite l'essence, le gazole ou le kérozène à leurs clients étrangers.

Cela ne chiffonne pas plus que ça les ELMistes qui préfèrent publier de belles courbes fausses, plutôt que d'avouer leur incapacité à faire une analyse quantitative en toute rigueur.

Cette "théorie" simpliste de l'ELM repose par ailleurs sur un principe bien candide : la production locale satisferait d'abord les besoins nationaux avant d'être exportée. Or tout le monde sait qu'aujourd'hui, le prix du pétrole atteint aujourd'hui un niveau tel que seuls les consommateurs des pays les plus riches peuvent se l'offrir. Les pays émergents sont aujourd'hui obligés de subventionner l'essence et le gazole pour qu'ils soient accessibles à leurs citoyens, et si la situation devient de moins en moins tenable pour les pays importateurs (L'Inde menacée d'une pénurie de carburant, a titré les Echos d'hier), elle crée un important manque à gagner pour les pays exportateurs.

L'Histoire montre que, généralement, les pays pauvres détenteurs de richesses naturelles finissent par les vendre aux pays riches plutôt qu'à leur marché intérieur. Cette approche facilite en effet l'enrichissement rapide des dictateurs en place et des responsables locaux des compagnies pétrolières nationales.

Alors, pourquoi donc tant de bruit pour rien ? Sans doute parce que l'ELM permet de "prédire" une baisse encore plus drastique du pétrole que celles fournies par les "théories" classiques du pic pétrolier. Ce qui va bien aux peakniks misanthropes qui attendent de plus en plus impatiemment la pétro- apocalypse...
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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 13:47
Nous avons récemment exposé la nouvelle thèse d'ASPO-Irlande, qui soutient que le pic pétrolier a été passé l'année dernière. Elle repose en grande partie sur une modélisation en plateau des gisements off-shore, et non pas en courbe en cloche, plus adaptée aux gisements terrestres. De ce fait, les réserves sous-marines arrivent plus lentement sur le marché et ne parviennent pas à compenser le déclin des champs existants.

Cette modélisation ne tient pas compte d'un éventuel effondrement de la demande que provoquerait une récession économique mondiale. Cette chute durable de la demande transformerait l'événement tant attendu en véritable plateau ondulé. Certains analystes en viennent à vouloir provoquer cette chute.

Elle ne tient pas non plus compte de la situation effective en Russie, deuxième producteur mondial après l'Arabie Séoudite et grand promoteur du réchauffement climatique.


On dit que les chiffres relatifs à l'activité pétrolière russe, et notamment la valeur réelle des réserves, relèveraient du secret d'Etat et que leur divulgation entraînerait des peines de prison.

Cette information est sans doute à classer dans les légendes urbaines puisque la compagnie pétrolière BP n'hésite pas à publier le montant des réserves prouvées depuis 10 ans. Il est vrai qu'elles ont tendance à croître de façon étonnamment régulière, mais peut-être est-ce dû à une intense activité de prospection menée de façon autonome par le secteur pétrolier russe. Américains et Européens sont certes sollicités pour développer des champs découverts, histoire de partager les risques et d'apporter une part du financement, mais ils sont apparemment exclus des opérations d'exploration.

On a déjà vu par le passé des trucages du montant des réserves, mais ils étaient le fait de membres de l'OPEP, pour qui c'était une méthode simple pour augmenter leur production au sein du cartel sans enfreindre les règles d'attribution de quotas.

La Russie ne faisant pas partie de l'OPEP, on peut considérer que les réserves qu'elle annonce n'ont pas de raison d'être "gonflées".

ASPO-Irlande crédite d'ailleurs la Russie de réserves plus importantes (90 Gb selon sa dernière newsletter) sur la base d'hypothèses qu'on aimerait bien connaître, mais maintient mordicus qu'elle passera son pic aux alentours de 2010. Or ces données datent apparemment de son dernier country assessment qui date de... juillet 2003, et ne tiennent pas compte du potentiel de l'Arctique qui est comptabilisé ailleurs par ASPO-Irlande.

Entre légendes urbaines et données obsolètes, le point de vue qu'on peut bâtir aujourd'hui à propos du pétrole russe sur la base de données publiques nous semble donc particulièrement brumeux. On aimerait bien que Matthew Simmons, le médiatique banquier d'affaires qui avait soi-disant épluché des dizaines notes techniques de l'Aramco depuis son bureau texan pour déduire que l'Arabie Séoudite était proche de son maximum de production, fasse enfin du vrai journalisme d'investigation et aille enquêter le temps qu'il faudra dans les plaines désolées de la Russie éternelle.

Une telle incertitude planant sur le dixième de la production mondiale rend ainsi vain tout travail de modélisation de l'offre à des fins prospectives pour l'internaute ordinaire.
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