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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 16:54
POP ! Peak Oil Panic dans la presse économique !

Les Echos de vendredi dernier nous gratifie d'une manchette en une (L'envolée des prix du pétrole rattrape Air France-KLM) introduisant un article au ton inquiétant :
La flambée actuelle des cours de l'or noir témoigne d'une prise de conscience brutale : l'approvisionnement en brut risque d'être beaucoup plus problématique que prévu et le "pic pétrolier" apparaît comme une menace bien réelle.
En pages intérieures, avec un autre titre-choc (la crainte d'une pénurie durable et généralisée commence à hanter les marchés pétroliers), le quotidien économique évoque à nouveau l'impensable :
la théorie si contestée du "pic pétrolier" - le fameux "peak oil"
et se fait le relais de la dernière trouvaille du Wall Street Journal  :
l'AIE se préparait à abaisser sensiblement ses prévisions de production mondiale. Engagée dans une vaste étude sur les 400 plus grands gisements pétroliers de la planète [...], l'Agence en aurait déjà tiré une conclusion alarmiste : l'approvisionnement en brut sera, à l'avenir, beaucoup plus problématique qu'on ne le pensait.
Un tel scoop est inhabituel : l'AIE, émanation de l'OCDE, est une maison sérieuse qui n'a pas l'habitude de laisser traîner ses brouillons partout. On peut donc en déduire que cette fuite est parfaitement organisée.

On peut alors s'étonner qu'au moment où le baril s'enflamme à des vitesses qui nous surprennent, l'AIE n'hésite pas à jeter encore plus de combustible dans le foyer de la spéculation alors que son rôle, jusqu'à présent, était plutôt de jouer le rôle d'extincteur, en étouffant toute velléité d'inflation des prix sous la masse de lourds WEOs (World Energy Outlook = Panorama Energétique Mondial ; prononcer oui-ho) bourrés de chiffres à l'optimisme inébranlable.

Il y a près de trois ans, nous ne pensions pas, lors de la production de la vidéo Oilway to Hell, que le panneau ci-contre aurait un jour une réalité. Au contraire, l'objectif était de souligner la position à ce moment négatrice de l'Agence quant au plafonnement prochain de la production pétrolière.

La publication en novembre dudit rapport tomberait-elle un peu trop tard ? Trop longtemps après la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Pékin peut-être ? Voilà qui donne encore un peu plus de nourriture à notre thèse d'une guerre économique en cours entre la Chine et l'OCDE, notamment sur le plan des matières premières via la manipulation des marchés mondiaux.

L'Agence avait déjà commencé à envoyer quelques boulets vers la Chine lors de la publication de son WEO 2007, où elle énumérait les quantités monstrueuses de CO2 que la Chine allait émettre dans le futur - mais sans vraiment s'apesantir sur les quantités déjà émises. Il valait mieux, car selon un récent document de James Hansen, un très renommé climatologue, les Etats-Unis ont émis à eux seuls plus du quart du dioxyde de carbone liée à l'activité humaine... tandis que la Chine en a produit moins du dixième. Cette injonction à la mode du "fais ce que je dis, pas ce que je fais" avait probablement pour objectif de forcer la Chine à donner un coup de frein à son développement.

Nous attendons en tout cas avec impatience ce fameux WEO 2008 pour en analyser la qualité de l'argumentation. La méthodologie employée - consolider les prévisions de production des principaux gisements mondiaux - n'a rien de contestable en soi, mais on est très curieux de savoir où l'AIE est allé chercher les données d'entrée et comment elle les a vérifiées : il n'y a que des économistes à l'Agence, pas de géologues.

Une approche "conservative", qui consiste à ne retenir que les valeurs les plus basses en cas de désaccord entre plusieurs sources, ne peut que déboucher sur la conclusion d'un pic pétrolier imminent, puisque c'est exactement ainsi que procèdent... les peakniks.

L'autre explication, plus simple, est que la bulle pétrolière est à son maximum, et que même ceux qui tentaient de garder la tête froide finissent par s'échauffer à leur tour. Et puis, ça fait vendre des WEO 2008 et des exemplaires du WSJ et des Echos...
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Article également publié sur AgoraVox et Yahoo!
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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 15:21
Selon sa dénomination officielle (Association for the Study of Peak Oil and Gas), l'ASPO devrait déjà s'appeler l'ASPOG.

Cette association de géologues à la retraite s'échine depuis plusieurs années à prévoir la date du maximum de production pétrolière (peak oil).

Si on en croit la célèbre courbe actualisée qui décore sa dernière newsletter, il va falloir plutôt la rebaptiser ASRUP : Association for the Study of the Real Undulated Plateau.

La raison de ce plafonnement provient d'une amélioration notable du modèle utilisé par ASPO-Irlande pour établir cette courbe. Comme il est expliqué sur le site :
Cette révision est fondée sur une mise à jour de la situation en eau profonde, modifiant ainsi la version précédente qui datait de 2005. Le modèle distingue les 4 grands pays produisant en eau profonde (Angola, Brésil, Nigéria et Etats-Unis) et agrège les autres ensemble. La version précédente tenait compte d'une production totale ultime de 68 Gb, qui a été portée à 85 Gb. Le modèle précédent était fondé sur les courbes de déplétion de Hubbert, mais cette approche a été abandonnée en reconnaissant que le taux de production en eau profonde est probablement contraint par la capacité des installations de production de surface, ce qui aboutit plutôt à un plateau qu'à un pic. Le pétrole en eau profonde est très coûteux à produire, et l'investissement est le facteur limitant.
Il était plus que temps de mettre à la poubelle ces très élégantes courbes en cloche qui ont certes permis à Marion King Hubbert de prévoir le maximum de production pétrolière états-unien, à l'époque où l'infrastructure de production ne coûtait rien ou presque, mais qui sont totalement inadaptées à la prospective dans un monde moderne et fini où tout devient rare : les ressources, les équipements, le savoir-faire... et les investisseurs.

Cette révision du modèle a pour effet remarquable d'envoyer le pic dans le passé, en 2007 : comme le dit un peu plus loin le rédacteur de l'article, "la Seconde Moitié de l'Age du Pétrole a commencé".

Il est donc officiellement établi que le pic est passé pour la communauté piquiste : pour elle, la newsletter de l'ASPO-Irlande tient presque de l'évangile. Pour la communauté - plus large et n'incluant pas complètement la précédente - de l'énergie, la chose n'est pas si sûre comme le souligne l'IFP.

On notera également que, avec une prévision de date de pic qui passe d'un mois sur l'autre de 2010 à 2007, notre point de vue sur l'erreur du pic s'en trouve encore plus conforté.

EDIT : au moment où cet article a été posté, le prix du baril a battu un nouveau record en dollars et tutoie désormais les 78 €, bien au-delà de sa valeur moyenne du mois dernier.

"La
bulle pétrolière n'est pas près d'éclater", estime Phil Flynn, analyste chez Alaron Trading.

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Cet article a également été publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 22:57
Dans son dernier courrier, le climatologue médiatique James Hansen sonne le tocsin :
Notre conclusion est que, si l'humanité souhaite préserver une planète similaire à celle sur laquelle la civilisation s'est développée et pour laquelle la vie sur Terre est adaptée, [la concentration atmosphérique en] CO2 doit être ramenée de son niveau actuel de 385 ppm jusqu'à 350 ppm. Nous avons trouvé que le pic de CO2 pourra être contenu à ~425 ppm, même avec des estimations (largement) généreuses pour les réserves de pétrole et de gaz, si on cesse d'utiliser le charbon d'ici 2030 (sauf si le CO2 est capté et stocké) et que les combustibles fossiles non conventionnels ne sont pas significativement exploités. Le pic de CO2 peut être maintenu proche de 400 ppm si les réserves effectives sont plutôt proches de celles estimées par les "piquistes" (les gens qui croient que nous sommes déjà au pic de production mondiale, ayant extrait environ la moitié des ressources pétrolières facile d'extraction).
Ce maximum plus faible de 400 ppm peut être garanti (en supposant qu'on cesse les émissions dûes au charbon d'ici 2030) si une limitation concrète des réserves est mise en oeuvre au moyen d'actions empêchant l'extraction de combustibles fossiles des terres appartenant à l'Etat, des régions off-shore sous contrôle du gouvernement [états-unien], des régions à l'environnement immaculé et des environnements extrêmes.
Contrairement à ce que prétendent encore les piquistes, le pic pétrolier n'atténue donc pas sensiblement  le réchauffement climatique : quelles que soit les réserves de pétrole et de gaz, c'est bien le charbon qu'il faut mater d'ici une génération.

Et en attendant, si on peut éviter d'aller forer en Alaska ou en Arctique (un environnement extrême et immaculé)...

On pourra juste reprocher à Hansen d'oublier les échelles de temps dans son portrait d'un monde au-delà des 450 ppm :
désintégration des calottes glaciaires, montée rapide du niveau des mers, extermination incalculable d'espèces
Ces conséquences funestes, certes réelles, ne seront probablement constatées qu'à la fin du siècle ou au début du suivant. Nous aurons largement le temps d'ici là de nous atomiser mutuellement.

Il est à noter que le courrier de Hansen fait référence à sa toute dernière publication (encore en cours de relecture si notre mémoire est bonne), où il annonce notamment que la sensibilité climatique serait plutôt de 6°C que de 3°C, sur la base d'analyses paléo-climatiques. Gavin Schmidt, qui n'est pas non plus un rigolo sur ces questions, jette un oeil scientifique critique (et anglophone) à ce doublement soudain. Nous consacrerons prochainement un article à ce point de vue.


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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 11:46
La newsletter ASPO-France du premier trimestre 2008 est parue !

Elle ne plaira pas aux lobbies piquistes comme l'Energy Watch Group: les respectables membres d'ASPO-France - qui touchent leur bille en géologie et en prospection, contrairement à 99% des piquistes - consacrent un éditorial au charbon, y martèlent que :
il est beaucoup trop tôt pour parler de pic de la production charbonnière
 et soulignent aussi que :
les ressources n'ont pas été réellement prospectées car c'était inutile. En revanche, on est sûr qu'elles sont très abondantes.

Chaud devant ! On comprend mieux pourquoi le célèbre climatologue James Hansen a récemment écrit au Premier Ministre australien pour lui demander d'arrêter de construire des centrales électriques au charbon.
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 12:17
The Independent a publié il y a très exactement un mois une interview de Fatih Birol, chef économiste de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE). Une traduction intégrale est disponible ici.

Nous sommes loin des discours lénifiants d'il y a quelques années. M. Birol commence en effet très fort dès le premier paragraphe (le passage en gras a été repris comme titre de l'article) :

Nous sommes sur à la lisière d'un nouvel ordre énergétique. D'ici les prochaines décennies, nos réserves de pétrole vont commencer à s'épuiser et il est impératif que les gouvernements des pays producteurs et consommateurs se préparent à ce moment. Nous ne devons pas nous cramponner au brut jusqu'à la dernière goutte - nous devons abandonner le pétrole avant qu'il ne nous abandonne. Cela implique de trouver bientôt de nouvelles approches.

Belle entrée en matière. On attend avec impatience que les deux mots magiques soient prononcés, et cela vient dans le paragraphe suivant :

Des fusions et des acquisitions permettront aux grandes compagnies pétrolières privées ("Big Oil") de reconstituer leurs réserves pendant quelques temps, et de nouvelles technologies leur permettront d'étendre la durée de vie des champs existants et de puiser dans des gisements d'importance marginale et difficiles d'atteinte. Mais cela ne changera pas le problème sous-jacent. La production pétrolières des compagnies nationales atteint son maximum ("is reaching its peak"). Elles vont devoir trouver de nouvelles façons de conduire leurs activités.

Si les compagnies privées sont au plateau et que les compagnies publiques sont au maximum, cela ne nous laisse pas beaucoup de marge de progrès... Alors, quelles alternatives ?

Des prix élevés du pétrole rendent rentables la production de carburant à partir de sources non conventionnels comme les sables bitumineux. mais cela requiert énormément d'énergie, principalement du gaz naturel, et le procédé émet plein de CO2. Les sables bituminueux sont attrayants, mais, de même que les biocarburants, ils ne remplaceront jamais le pétrole du Moyen-Orient.

Rarement ces deux solutions alternatives n'auront été écartées aussi rapidement d'un revers de la main par une source hautement autorisée ! Les biocarburants, toutes générations confondues, n'ont même pas droit à une phrase complète. Etonnamment, la seule solution évoquée reste hyper-technologique :

Sur le long terme, nous devons introduire de nouveaux moyens de transport, probablement la voiture électrique, l'électricité étant fournie par des centrales nucléaires.

Pas un mot sur les économies d'énergie : est-ce un oubli, ou bien l'AIE estime-t-elle que leur potentiel est insuffisant pour adresser la raréfaction de l'huile ? De toute façon, le techno-optimisme affiché ci-dessus est vite tempéré par la toute dernière phrase :

La chose vraiment importante est que même si nous ne sommes pas encore en train de manquer de pétrole, nous manquons de temps.

Pour terminer sur une note plus légère, on notera que l'AIE, pourtant formée d'économistes et non de géologues ou de spécialistes de l'industrie pétrolière, reste toujours modeste sur le prix maximal du pétrole, même si elle reconnaît qu'il va continuer à monter :

Qu'est-ce que cela signifie pour le prix du pétrole ? Si les producteurs n'apportent pas plein de pétrole sur les marchés, nous pourrions voir des prix très élevés - peut-être $150 le baril de pétrole d'ici 2030.
Il ne faudrait pas donner de mauvaises idées à l'OPEP...
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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 10:15
On oppose souvent, à la lenteur du réchauffement climatique (RC), la soudaineté du pic pétrolier (PO) qui précipiterait l'économie mondiale dans une récession infinie. Pourquoi donc se soucier de la température en 2100, puisque d'ici là nous serons retournés au Moyen Age ou presque ? Telle est la façon caricaturale dont on peut résumer la position des partisans du "PO>RC".

Il ne fait aucun doute que le passage du pic pétrolier, ou plutôt du pic fossiles, sera probablement l'occasion d'un bumpy ride. Mais de là à considérer que la civilisation mondiale s'enfoncera inexorablement dans les ténèbres, il y a un pas que nous ne franchirons pas.

D'abord, parce que nous ne sommes pas partisans de l'hypothèse sous-jacente qui veut que le niveau de maturité de notre société - qu'il soit technologique, politique ou culturel - soit directement fonction de la quantité d'énergie consommée par l'humanité par unité de temps. Cette "théorie" s'appuie en tout et pour tout sur le fait que, pour l'instant, le progrès et la consommation énergétique ont crû de concert.

On peut à l'inverse considérer que l'énergie que nous consommons nous faire certes progresser vers le haut, mais que nous resterions à peu près au niveau atteint si d'aventure nous cessions brutalement de consommer de l'énergie. Il est parfaitement possible de vivre dans le monde moderne sans dépenser beaucoup d'énergie - à condition de disposer d'une maison bien conçue et de ne pas confondre activité et déplacement. D'un point de vue mathématique, cela revient à dire que la fonction décrivant le niveau de maturité de l'humanité est une primitive de la consommation énergétique.

Comme la disparition programmée de l'énergie fossile ne signifie pas celle de l'énergie disponible - Ravage est un roman philosophique et non un modèle prospectif - l'humanité continera à progresser, lentement mais sûrement. Bien sûr, des accidents malheureux (guerres, épidémies) amèneront périodiquement des périodes de régression, mais la tendance de fond est au progrès.

Et le RC dans tout cela ? Le problème est qu'il menace à terme nos besoins fondamentaux : espaces de vie salubres et nourriture. Si nous "changeons de planète", pour reprendre l'expression popularisée par Hansen, nos esprits seront trop occupés à simplement survivre et n'auront plus ce temps libre indispensable à la réflexion et au progrès. Ce changement de planète ayant eu le mauvais goût de se produire une fois épuisée l'essentiel de l'énergie bon marché (les fossiles), nous n'aurons peut-être plus l'opportunité d'engager de grandioses travaux d'aménagement des territoires (barrages, digues, terrassement, reforestation, etc) pour les réadapter à nos besoins fondamentaux.

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Pour finir par une image, notre destinée consiste à gravir une pente sans fin. Depuis un siècle et demi, nous avons su épargner notre peine en équipant la montée d'escalators. Mais ils vont bientôt tomber en panne, et leur fonctionnement à plein régime rend l'air de plus plus chaud et irrespirable.

PO<RC : une fois tous les escalators arrêtés, on se demandera pourquoi être montés si haut et si vite, si c'est pour poursuivre péniblement l'ascension en suffocant.
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 23:29
Les informaticiens pétrophiles de TOD sont désemparés.

undefined Après avoir longtemps estimé que le pic pétrolier était passé l'année dernière, voici que la production mondiale semble repartir à la hausse.

Tout se passe comme si les robinets attendaient que le baril atteigne les $100 pour s'ouvrir plus.
 
La chaîne d'approvisionnement pétrolière n'a pas cette réactivité. Il faut plutôt y voir les premiers résultats de la relance du secteur engagée voici... 5 ans. On ne construit pas une nouvelle plateforme offshore aussi facilement qu'un iPhone.

Le PO nous étant épargné pour l'instant, voyons où en est le RC, en regardant les dernières mesures de la surface de la banquise arctique par exemple.

Les nouvelles y sont moins bonnes.

Un nouveau record vient d'être battu : la plus faible surface de banquise jamais enregistrée depuis 40 ans pour une fin février, moment où elle est généralement la plus développée. L'anomalie est en ce moment au niveau... du plus bas de l'été 2005 - alors que 2005 était déjà une année franchement en-dessous de la moyenne des deux dernières décennies du XXème siècle.

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Nous ne sommes compétents ni pour établir un diagnostic, ni pour en tirer un pronostic ; comme il est d'usage sur les blogs et autres sites communautaires, nous allons donc faire l'un et l'autre.

Ce qui se passe tout d'abord : la forme de la banquise laisse penser que la dérive Nord-Atlantique, ce courant qui prolonge le mythique Gulf Stream, apporte plus de chaleur qu'habituellement, ce que confirment les cartes de température de surface océanique. Pas beaucoup plus qu'habituellement, simplement plus, mais la glace de mer semble être très mince cette année, au vu des vitesses à laquelle elle se rétracte.

Si la tendance se poursuit cette année (et tout va se jouer d'ici fin mars), la calotte glaciaire sera ridiculement petite cette année et il sera probablement possible pour un quelconque gros bateau d'aller d'Europe en Chine par le Cercle Polaire, chose jusqu'ici réservée aux brise-glaces et aux sous-marins nucléaires : c'est l'ouverture du fameux "Passage du Nord-Est".

Du point de vue de la météo, c'est sans doute grâce à ce plus grand apport de chaleur que nous bénéficions depuis quelques années d'hivers cléments. Même si l'eau de mer n'est pas beaucoup plus chaude qu'habituellement,  la banquise joue moins son rôle d'isolant vis-à-vis de l'atmosphère et permet donc à la dérive Nord-Atlantique de radoucir (et d'humidifier) l'air polaire, ordinairement responsable des vagues de froid.

Cet été, la disparition quasi-complète de la banquise va permettre à l'Océan Arctique de se réchauffer sous les rayons du soleil de minuit. L'océan aura d'autant plus de mal à se refroidir l'hiver suivant : le phénomène va donc s'amplifier de manière irréversible. Après chaque été, les hivers seront moins rudes, aurait pu dire Goscinny.

Le climat de l'Europe paraît donc, en une décennie, s'orienter vers un schéma "à bascule" : soit les hautes pressions "se bloquent" pendant plusieurs semaines sur le continent, apportant une grande douceur (en hiver) et canicule (en été), soit de l'air moyennement froid et humide déferle, apportant des tempêtes (en hiver) et surtout... des étés pourris. C'est comme avant, sauf que c'est beaucoup plus marqué... et en moyenne plus chaud. Vers 2030, nous pourrions voir apparaître les premiers ouragans et Londres s'y préparer comme New York !

Cela n'est sans doute que le commencement. Il sera intéressant de voir comment les grandes régions agricoles européennes, plus habituées à un hiver arrosé humidifiant les sols suivi d'un été bien ensoleillé, vont se reconvertir. La Brie sera-t-elle bientôt couverte de pins des Landes ?
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 16:46
La question du pic pétrolier se traite généralement par la publication d'une profusion de courbes colorées, que certains comparent à un plat de spaghetti cuisiné à la façon de Marimekko.

Pour situer le pic, on considère alors que la vérité doit se situer entre la courbe la plus optimiste et la plus pessimiste - mais plutôt quand même du côté de la courbe pessimiste car ceux qui l'ont établie sont des preux chevaliers en quête de la vérité, combattant les méchants dragons du lobby pétrolier, de l'OCDE et du néo-libéralisme.

Dans ces chefs-d'oeuvre de modélisation mathématique (la "courbe logistique ajustée aux URR à périmètre constant" n'est-elle pas une percée conceptuelle majeure ?), on oublie systématiquement de procéder à quelques modestes calculs d'erreurs : pourtant, seuls ces derniers permettent de donner un minimum de crédit scientifique à la démarche employée.

Curieusement, les piquistes se débrouillent pour ne pas publier les éléments qui permettraient de faire de tels calculs. L'incontournable Colin Campbell, qui fit beaucoup pour la reconnaissance du pic pétrolier par le grand public, se garde bien de maintenir en ligne l'intégralité des versions successives de son modèle. Un tel jeu de données permettrait pourtant, par analyse statistique, de calculer l'incertitude propre à la méthode utilisée par le modèle.

Nous avons réussi à retrouver une archive des fameuses "newsletters de l'ASPO" et simplement comparé les valeurs prévues pour cette année 2008 telles qu'elles avaient établies en 2005 et telles qu'elles sont maintenant publiées.

L'erreur semble minime : de l'ordre de 3% par an. Une paille ! Mais l'erreur se cumulant année après année, elle atteint 6% sur 2 ans, près de 10% sur 3 ans... et 30% sur une décennie ! Voici alors la fameuse "courbe de l'ASPO" (faiblement) encadrée par sa marge d'erreur :

undefinedOn comprend mieux pourquoi Campbell n'a jamais fait étalage de ses calculs d'incertitude, s'il les a jamais faits. Son modèle est tellement imprécis qu'il n'est même pas capable de démontrer l'existence d'un pic d'ici 2050 ! Il faudrait pour cela qu'il puisse prouver que sa marge d'erreur reste inférieure à 2% jusqu'en 2030 au minimum.

On peut éventuellement contester que l'erreur croisse arithmétiquement avec les années : ce billet n'a pas valeur de démonstration mathématique rigoureuse. Toutefois, l'expérience semble pour le moment vérifier cette hypothèse.

Il ne s'agit pas ici de nier l'existence d'un prochain pic pétrolier, mais bien de souligner la fragilité actuelle de certains arguments : on se gausse souvent des anciennes prédictions de l'AIE ou de l'EIA, par exemple avec leur scénario "fourchette haute" affichant un baril à 30 dollars jusqu'en 2050, mais celles de Papy Campbell ne valent pas tellement mieux : en 2005, il nous annonçait sans rire un pic pointu en... 2007.
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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 13:57
Pourquoi redécouvrons-nous depuis seulement quelques années le fameux rapport Meadows, plus connu sous le nom de "rapport du Club de Rome" et dont le titre malheureux en français est Halte à la croissance ? La réponse est peut-être à trouver dans la psycho-histoire.

Sans chercher à réécrire en moins bien ce qu'a déjà dit Jean-Marc Jancovici de ce document :
(...) sa seule conclusion forte est que la croissance matérielle perpétuelle conduira tôt ou tard à un "effondrement" du monde qui nous entoure, et que, même en étant très optimiste sur les capacités technologiques à venir, l'aptitude à recycler ou à économiser les matières premières que nous consommons, le contrôle de la pollution, ou encore le niveau des ressources naturelles (...), l'effondrement se produit avant 2100.
Cette étude, dont nous avions déjà un peu décortiqué les bases théoriques, avait pour objectif d'alimenter les réflexions de ceux qui commençaient à penser qu'il risquait d'y avoir un vice caché dans l'idéal sociétal alors en vigueur, l'American Way Of Life, à savoir qu'il existait des limites à la croissance (matérialiste) - ce qui était le titre original du rapport (Limits To Growth).

Le document eut le malheur d'être publié en 1972, soit un an avant le choc pétrolier. La crise économique qui s'ensuivit est souvent évoquée comme cause majeure de l'enterrement du rapport : avant de se soucier de ce que sera le XXIème siècle, il fallait déjà terminer le XXème dans de bonnes conditions. Dans ce cas, pourquoi le contre-choc pétrolier de 1986 n'a-t-il pas exhumé ce rapport de la pile des préoccupations de l'humanité ?

Tout simplement parce que la vraie cause était toujours active : la Guerre Froide. Comment peut-on se soucier de l'avenir à long terme de l'humanité quand nul n'est capable de garantir qu'une guerre thermonucléaire totale n'ait lieu dans les prochains mois ? Tous ceux qui sont nés avant 1970 se rappellent que Docteur Folamour était alors un film qui servait alors d'exutoire à un mal de vivre général : "plutôt Rouges que morts", scandaient de nombreux Européens, tandis que l'avancement des accords de désarmement (SALT, START I et II) faisaient périodiquement la une des journaux. Un tel malaise existentiel ne pouvait que favoriser les comportements épicuriens que nous commençons maintenant à réprouver.
undefinedCe n'est donc qu'au début des années 1990, une fois le Mur de Berlin complètement détruit, qu'on a pu recommencer à distinguer l'autre mur, celui de la finitude des ressources, toujours lointain mais toutefois un peu plus proche qu'avant, et qu'on a commencé à s'interroger sur l'existence d'autres murailles, comme celles du climat par exemple. Sur ce dernier pan de mur, c'est d'ailleurs en partie grâce aux compétences développées aux derniers temps de la Guerre Froide pour quantifier les terribles conséquences à long terme de l'"hiver nucléaire" qu'on a pu rapidement s'apercevoir que nous risquions désormais un "été fossile" : le premier rapport du GIEC date de 1990.

Malgré cela, nous n'avions pas quitté Charybde pour nous intéresser aussitôt à Scylla : la disparition brutale de l'épée rouge de Damoclès a poussé tout l'Occident, qui voyait son modèle sociétal triompher après près de cinquante ans de combat immobile, à s'enivrer de croissance matérialiste sans plus s'intéresser au reste du Monde et au surlendemain. Préparons tous la Grande Fête de l'An 2000 !

La première année du XXIème siècle, un matin de septembre, sur la Côte Est des Etats-Unis, quatre avions sonnèrent officiellement la fin de l'épisode soûlographique et rappelèrent aux Occidentaux, brutalement dégrisés, qu'un certain nombre de questions fondamentales n'avait toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.
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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 23:46
L'année dernière a été jalonnée par les rapports du GIEC (IPCC en anglais), avec le Prix Nobel de la Paix en point d'orgue.

undefinedTout le monde s'est penché avec intérêt sur les belles courbes et cartes qui décoraient les désormais fameux "résumés à l'intention des décideurs".

Le scénario-catastrophe A1FI ayant été retiré in extremis des courbes, les valeurs annoncées pour le réchauffement global paraissaient supportables : un peu plus de 3°C d'ici un siècle, cela nous laisse le temps de voir venir.

Selon un climatologue qui a participé au round 2007 du GIEC et que nous avons récemment consulté, le propre de ces travaux, c'est d'être obsolète dès qu'ils sont publiés. En effet, ces travaux synthétisent l'état de la recherche climatique... tel qu'elle était 3 ans plus tôt, soit en 2004 ! Cela pour s'assurer de ne travailler que sur une matière lue, relue et corrigée.

Et en 2008, les nouvelles de la recherche climatique "brute de thermomètre" sont préoccupantes : tout se passe effectivement comme le prévoyaient les modèles, mais deux fois trop vite. Cela d'une part parce que notre rythme d'émissions de CO2 reste 3 fois supérieur à celui envisagé par les différents scénarios (excepté le vilain petit canard A1FI), et d'autre part du fait de certaines non-linéarités de comportement des grands facteurs climatiques - comme par exemple la banquise arctique qui fond d'autant plus vite qu'elle a déjà commencé à fondre.

Nous saurons dans les deux prochains mois si le record de novembre 2007 restera isolé ou risque d'être battu en 2008, ce qui risque de remettre en cause le moment où le Pôle Nord sera libre de glace.

Par chez nous, en Europe, nous avons quelques soucis à nous faire en Europe du Sud : c'est moins la chaleur que la sécheresse que nous allons devoir combattre. Le climatique désertique du Sahel pourrait traverser la Méditerranée et venir assécher le bassin alpin. On pourra peut-être traverser le Rhône à pied l'été...
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