Vendredi 6 juin 2008
Impossible ? Malheureusement non.


D'abord, il faut se rappeler qu'il y a le même rapport entre $1000 et le prix actuel du baril (près de $140 à l'heure où nous écrivons ces lignes), qu'entre ledit prix actuel et le prix du baril il y a très exactement... six ans.

Certains vont nous opposer qu'une nouvelle multiplication par 7 du prix du baril ferait que le pétrole représenterait 50% du PIB mondial, ce qui est impossible. Donc le baril à $1000 est impossible.

Ce raisonnement trop simple a bien entendu une faille. Laquelle ? Tout simplement, il suppose que le PIB mondial exprimé en dollars varie lentement, au rythme d'une croissance mondiale représentative de la santé de l'économie réelle.

Or un vieux démon, qu'on croyait terrassé, est en train de montrer à nouveau ses cornes : l'inflation.

La chute du dollar face à l'euro révèle seulement une partie de cet escogriffe économique, car les économies mondiales sont désormais tellement imbriquée que la zone dollar parvient à "exporter" de l'inflation dans les autres zones monétaires : "le dollar est notre monnaie... et votre problème" disait Volcker, le prédécesseur de Greenspan à la Fed. En pratique, les monnaies du monde entier perdent de leur valeur.

Une dépêche croustillante de l'AFP illustre à notre avis la petite intoxication que tente actuellement de nombreux acteurs financiers. Lundi 9 juin, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a estimé qu'il ne faisait "absolument aucun doute" que le "manque d'offre pétrolière" jouait un rôle dans la flambée des cours du brut.

On est ravi de savoir que la BCE dispose à son tour d'une vision complète et fiable de la situation de l'offre et de la demande en pétrole physique. Mais là où il faut rire, c'est bien à la fin de la dépêche :
M. Trichet était interrogé sur le rôle du dollar dans la flambée pétrolière mais ne s'est pas prononcé sur ce point.
La conséquence première d'une hypothèse d'un retour marqué et furtif de l'inflation est que le PIB mondial croît depuis plusieurs années de façon parfaitement artificielle, principalement sous l'effet des poussées inflationnistes mais aussi des bulles spéculatives sur les actifs (immobilier).

Pour chasser plus facilement le démon de notre vue, on a truqué l'instrument de mesure public, par exemple en en excluant, aux Etats-Unis, deux postes dont la stabilité des prix est fortement contestable :  l'alimentation et l'énergie. En Europe, beaucoup soupçonnent que le passage à l'euro a été une occasion exceptionnelle pour faire passer une bouffée d'inflation de façon quasi-invisible sur les biens de grande consommation. Que le pouvoir d'achat soit revenu au premier plan de l'agenda des politiques alors que l'inflation officielle n'est que de 3,5% - il était trois fois plus fort au début des années 1980 -  témoigne que la mesure ne correspond pas à la réalité. On peut toutefois imaginer que les banques centrales disposent d'instruments de mesure mieux calibrés mais dont la communication publique des valeurs mesurées est interdite.

Par ailleurs, une forte période d'inflation est la seule issue pour que les pays occidentaux puissent substantiellement réduire leur dette dans un délai court.

Et quand on est à la tête d'une somme rondelette, comme les fonds d'investissement anglo-saxons, comment se prémunir de l'effet appauvrissant de ce démon économique ? En investissant dans quelque chose de concret, de fondamental : les matières premières, et surtout le pétrole.

Voilà pourquoi nous pourrions un jour voir le baril passer la barre des 1000 dollars, comme nous le suggérions dans notre dernière vidéo. Peut-être faudra-t-il dix ans, peut-être quinze, peut-être cinq. Peut-être jamais. Mais improbable n'est pas impossible.
par Aerobar Films publié dans : Les billets aussi sont verts
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Jeudi 29 mai 2008
"It's the Peak Oil, stupid!"

Ce clin d'oeil au slogan électoral de Bill Clinton va nous servir d'introduction à un discret article paru aujourd'hui dans Les Echos :
Manipulations des cours des matières premières : la CFTC interpellée

L'agence gouvernementale américaine chargée de surveiller les marchés des dérivés de matières premières, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), fait l'objet de multiples demandes des milieux politiques et industriels pour établir si les Bourses dont elle a la tutelle sont à la merci de la spéculation. Le sénateur démocrate Jeff Bingaman, président du comité sénatorial à l'énergie et aux ressources naturelles, a ainsi adressé mardi une lettre au président de la CFTC, Walter Lukken, déplorant le caractère incomplet des données prises en compte par l'organisme de régulation pour déterminer si le marché du pétrole est livré à la spéculation.
Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du Capitalisme Financier ?

Bien entendu, nous en sommes encore à des supputations, pour ne pas dire des soupçons. Il va falloir démontrer la chose.

Cela dit, la façon dont cette CFTC (l'équivalent, pour les marchés de matières premières, de la SEC aux Etats-Unis ou de la COB en France pour les marchés actions) surveille le fonctionnement du marché du pétrole amène quelques doutes quant à l'intégrité du dispositif :
dans la classification des intervenants adoptée par la Commodity Futures Trading Commission, les banques d'investissement soient incluses dans la catégorie des participants « commerciaux » et pas dans celle des participants « non commerciaux », qui rassemble les intervenants financiers.
et
la CFTC range les intervenants dont le seul objectif est la couverture sur le marché physique (compagnies pétrolières, compagnies aériennes) parmi les participants « non commerciaux ».
Autrement dit, la CFTC classe comme "acheteurs physiques" les spéculateurs, et inversement. Ainsi, il est facile d'affirmer qu'il n'y a pas spéculation, puisque les "spéculateurs" sont devenus ultra-minoritaires face aux "acheteurs physiques".

Pour votre prochain plein d'essence, passez à la pompe chez Carlyle ou KKR !
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Jeudi 29 mai 2008
Les matières premières sont la première bulle Internet de l'histoire.

Mais alors, allez-vous nous rétorquer, qu'est-ce qui a éclaté en 2001 ?

Hé bien, c'était une bulle classique concernant les nouvelles technologies et Internet, certes, mais son catalyseur n'était pas Internet : c'était la presse papier spécialisée, les rapports de brokers sur papier glacé, les épais rapports boudinés avec page de garde en plastique transparent des consultants en stratégie et en informatique réunis... bref, des vecteurs d'information classiques.

Radio et télévision ont également contribué, mais rien ne remplace l'écrit : un mensonge parlé éveille la suspicion de l'auditeur, mais un mensonge écrit et illustré par force graphiques et tableaux sérieux endort la méfiance du lecteur.

Les matières premières, et notamment le pétrole, profitent aujourd'hui pleinement de la capacité d'Internet à centupler le pouvoir de la rumeur écrite. Un poète pourrait y voir une sorte de revanche de la Nouvelle Economie, qui transforme la très vieille et très terrienne Economie des matières premières en une bulle virtuelle gigantesque.

Enfants des forums de discussion, les peakniks eux-mêmes se sont fait royalement manipuler : heureux de voir que des articles extérieurs à leur communauté leur donnent raison  - "Hé les gars ! Regardez ! Ils ont imprimé les mots "peak oil" !" - ils ne s'aperçoivent même plus que leurs sites sont décorés de publicités alléchantes pour des sociétés de boursicotage en ligne. Un exemple - récupéré ce matin sur The Oil Drum - est donné ci-contre ; le lien commercial a bien entendu été désactivé. C'est à se demander, des articles des peakniks et de ces publicités, qui fait la promotion de qui.

Lesdites sociétés de boursicotage n'hésitent plus à pratiquer la fameuse pratique de la coquille non intentionnelle. Ainsi, on trouve sur le site de l'une d'entre elles un article qui se veut convaincant :
Pour moi, cela ne fait aucun doute, à long terme le cours du pétrole atteindra les 200 $, puis certainement les 300 $ et même beaucoup plus. Je dis bien à long terme. Et pour vous prouver que ce ne sont pas des paroles en l'air, sachez que les futures à horizon 2016, cotent actuellement 442 $ sur les marchés à terme !
"Et ce fabuleux baril, Monsieur, ce n'est pas à $200, ni même à $300 que vous allez le vendre, mais bien à $400, oui, je dis bien $400 !". Du journaliste au boni-menteur, il n'y a que quelques coquilles et points d'exclamation d'écart.

Un simple coup d'oeil à un site moins farfelu permet de voir que lesdites futures oscillent en fait entre $128 et $130 sur les huit prochaines années à l'heure on nous écrivons ces lignes.

Voilà qui nous permet au passage de relativiser la dernière rumeur du moment : si les futures à long terme valent plus que celles à court terme, ce serait signe que les choses ne peuvent qu'empirer ! En fait, il s'agit d'une situation archi-classique de contango, ce que vous expliquera mieux que nous n'importe quel trader professionnel.

Globalement, ce rédactionnel mériterait d'être fourni comme sujet d'analyse au bac de français. Il y en a en effet pour tous les goûts : si vous pensez que ça va monter, ne lisez que le début de l'article. Si vous pensez qu'il faut vendre, intéressez-vous plutôt aux derniers paragraphes, ceux qui se trouvent après ce sous-titre :

Ne vous laissez pas entraîner par les "beaux parleurs"

Hop ! Changement de ton... et la conclusion finale tombe :
Tôt ou tard la bulle se dégonflera
Il suffit de regarder le graphique du brut pour s'en convaincre. Et que se passe-t-il quand il y a une bulle ? Tôt ou tard, elle finit toujours par se dégonfler.
(...)
J'espère voir revenir le cours du brut vers les 115 $. Ce serait déjà pas mal. Voire jusqu'à 100  $.

Mon conseil :
Première chose à faire : relevez vos stops sur tous vos titres corrélés positivement, de près ou de loin, au cours du pétrole. Vous verrouillez ainsi vos gains latents.

Je déconseille d'entrer aujourd'hui sur le pétrole.
Mais sur ce simili-Second Life que forme la récente fusion des communautés des peakniks et des boursicoteurs, comme dit la chanson, certains restent éblouis :
Les yeux rivés
Sur les étages
Pourvu que rien n'arrête le voyage

Calogero, En apesanteur (2002)
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Samedi 24 mai 2008
Il y a un an, on a beaucoup parlé de l'explosion des prix sur le marché de l'uranium, ou plus exactement du yellow cake, une forme oxydée de l'uranium (U3O8) sous laquelle s'échange ce qui deviendra, après un lourd et coûteux traitement, les "crayons" de combustible des centrales nucléaires.

Il est amusant de constater que sont devenues bien silencieuses les Cassandre qui, l'année dernière, annonçaient que cette inflation annonçait une pénurie définitive, remettant en cause les perspectives de développement du nucléaire civil. Toute ressemblance avec d'autres marchés de matières premières existants ou ayant existé est une pure et fortuite coïncidence.

Cette bouffée de chaleur 2007 fut donc une simple bulle passagère, alimentée par un fondamental d'augmentation des prix : en deux ans, le yellow cake a quand même vu son prix doubler.

Cette hausse conséquente ne remet en rien en cause le modèle opérationnel d'un réacteur civil : dans le coût du kWh nucléaire, cette matière première représente une part ridicule, de l'ordre de quelques pour cent. A la rigueur, il peut accroître l'intérêt économique du retraitement des combustibles usés.

Mais sinon, qu'est-ce qui a bien pu déclenché une telle augmentation ?



Certainement pas les besoins civils, car la lourdeur de l'industrie nucléaire fait que ses approvisionnements sont parfaitement prévisibles sur un très grand horizon : à partir du moment où la première pierre d'une centrale est posée, on peut planifier ses besoins futurs en combustible sur près d'un demi-siècle sans grand-risque de se tromper ! Les centrales électriques étant difficiles à cacher, on peut raisonnablement conclure que ce n'est pas une variation inattendue de cette demande qui a provoqué l'emballement du système.

Et l'arrivée très progressive de nouvelles capacités électronucléaires laisse largement à l'industrie minière le temps d'augmenter ses capacités pour suivre la cadence.

Les coupables sont donc à chercher auprès des centres de recherche nucléaires... ou de militaires à la nationalité non identifiée qui auraient décidé de se construire quelques bombinettes supplémentaires. Voilà une raison potentielle qui nous paraît de bien plus sinistre augure qu'une hypothétique pénurie d'électricité.

Enfin, il est fortement probable que les producteurs d'uranium aient décidé de vendre plus cher qu'avant leur minerai. L'inflation des matières premières constatée depuis trois ans leur a en effet démontré que l'économie mondiale est beaucoup plus résistante qu'avant à la hausse des cours, et qu'il leur reste de la marge avant de détruire de la demande.

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Lundi 19 mai 2008
La capture et le stockage du carbone (CCS) sont-ils des procédés économiquement viables à l'échelle industrielle ? Un intéressant article d'Hervé Kempf dans le Monde nous fournit quelques informations nouvelles sur la question.

Sur la plateforme pétrolière de Sleipner, en pleine Mer du Nord, à mi-chemin entre l'Ecosse et le Danemark, le CO2 qui fuse des puits de gaz est réinjecté dans un aquifère salin proche.

Certes, il y a des conditions d'enfouissement plus simples. Mais les volumes traités - quelques millions de m3 par jour, sachant qu'un million de m3 équivaut au volume de la Grande Arche de la Défense - nous placent clairement à l'échelle industrielle et non à celle du laboratoire de chimie.

Cette installation n'existe et ne fonctionne que parce que la Norvège taxe lourdement (plus de 40 € la tonne, soit près de $70) les émissions de CO2. Cela a donc contraint StatoilHydro, l'opérateur de la plateforme, à la mise en oeuvre de ce dispositif innovant. Malgré cette taxe, un tiers du gaz carbonique qui sort de sous la mer, soit 900 000 tonnes par an*, continue pourtant d'être volontairement relâché dans l'atmosphère, pour des raisons apparemment technico-économiques

Malgré un coût plus de deux fois supérieur au cours actuel du CO2 sur PowerNext, on constate donc que sa capture et son stockage sont loin d'être systématiques. Et ce coût provient d'une taxe, plus stable dans le temps qu'un cours qui peut facilement s'effondrer, alors que les Etats ont toujours tendance à augmenter le montant des taxes existantes plutôt qu'à les rabaisser.

Autrement dit, même avec un cours de la tonne de carbone atteignant 50 €, l'équation économique sera sans doute insuffisante pour pousser les industriels à s'équiper. Sans aller toutefois jusqu'à égaler le prix du diamant, le prix du carbone doit changer d'ordre de grandeur pour provoquer la fameuse "révolution verte" de l'industrie énergétique.

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 * 1 tonne de CO2 occupe un volume d'environ 500 m3 à pression et température ordinaires
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Lundi 19 mai 2008
Le secteur de l'énergie est très clairement capitalistique. Ne pourrait-on pas dans ce cas adapter à cette industrie le célèbre jeu de Monopoly ? Le dessin ci-dessous est la première version d'un tel projet.


Plutôt que de chercher à passer certains messages, comme nous l'avions fait à la fin de la vidéo Subprime Street, nous nous sommes ici contentés de faire des parallèles entre les règles du jeu et la façon dont le secteur de l'énergie nous semble aujourd'hui fonctionner en Europe.

Ainsi, les rues, gares et compagnies de services publics ont été remplacées par différentes filières de production électrique. Le classement est fait en fonction de l'investissement initial nécessaire, comme dans le jeu original, mâtiné des coûts marginaux d'exploitation. C'est ce qui explique la très mauvaise position de la centrale au fioul, facile à construire mais de plus en plus coûteuse à faire fonctionner, si ce n'est pour fournir de l'électricité aux heures de pointe.

Une évolution consisterait à leur donner à chacune le nom d'un des opérateurs européens le plus représentatif de cette filière. Ainsi, EDF serait assez incontournable pour l'avenue des Champs-Elysées ou la rue de la Paix, tandis qu'un acteur récent comme Poweo ne serait pas mal placé au boulevard de la Villette.

Certains vont trouver la part des énergies renouvelables trop faible. Pourtant, elles bénéficient de 8 cases (sans compter l'incinération de déchets) sur les 28 achetables, soit près de 30% du marché.

Le choix d'affecter fermes éoliennes et solaires aux cases initialement occupées par la Compagnie d'Electricité et la Compagnie des Eaux cherche à répliquer le caractère variable de ces investissements : rappelons que le propriétaire de ces cases touchera un loyer égal au montant des dés obtenus par celui ou celle qui s'y arrêtera. Comme il est également impossible d'y construire maisons (simples centrales isolées) ou hôtels (complexes énergético-industriels), il est impossible de transformer ces sites en cathédrales de production électrique massive, ce qui est bien le cas des fermes renouvelables.

Les barrages s'imposent comme remplaçants pour les gares : une fois construits, ils rapportent régulièrement. En posséder trois ou quatre, c'est devenir un acteur indispensable du système électrique européen, avec les revenus confortables qui vont avec.

La prison a été remplacé par le Ministère de l'Energie, à qui on peut simplement rendre visite pour un peu de lobbying, mais qui peut aussi décider de vous nationaliser. Heureusement, dans le jeu, on finit toujours par revenir dans le secteur privé...

Le parc gratuit est devenu un passage en Bourse, qui permet de récolter, selon le moment de la partie, un peu, beaucoup ou pas du tout d'argent.

Enfin, on a conservé l'impôt sur le revenu, transformé la taxe de luxe en taxe carbone - l'icône représentant un diamant peut donc même être conservée ! - et converti les surprises, bonnes ou mauvaises, issues de la Caisse de Communauté en directives imprévisibles de la Commission Européenne. Les cases Chance ont été conservées, il sera possible de glisser dans les cartes correspondantes quelques événements liés à l'activisme environnemental... ou au coût et à la disponibilité des matières premières.
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Jeudi 8 mai 2008

En mars 2005, alors que le baril se monnayait encore moins de $50, Arjun Murti, analyste de la banque d'investissement Goldman Sachs, inventait le concept de super-spike (super-hausse) pour le prix du pétrole. Il annonçait que le prix ne tarderait pas à atteindre les $105.

Il n'avait pas tort, même s'il a fallu trois ans pour que cette prophétie se réalise.

Mais à plus court terme, l'objectif réel fut atteint : conforter le caractère haussier du marché du pétrole. Durant tout le deuxième trimestre 2005, le baril ne cessera de voir son prix franchir des records. Et il faudra que Katrina/Rita frappent catastrophiquement les côtes de Louisiane pour que la bulle pétrolière se dégonfle brutalement, à la fin de l'été 2005. La demande en pétrole brut se contracta en effet brutalement, suite à l'arrêt inopiné et prolongé de plusieurs grandes raffineries dans le Sud des Etats-Unis.

La bulle pétrolière ayant repris du poil de la bête, une version 2.0 de la prophétie, appelée cette fois-ci hyper-spike (hyper-hausse), vient de sortir. Selon le journal Les Echos :
Aux yeux d'Arjun N. Murti et de ses collègues de Goldman Sachs, il est pourtant nécessaire que les prix non seulement atteignent des niveaux élevés, mais grimpent vite et fort, pour que cela calme vraiment la demande. Sinon, les utilisateurs ne réagissent pas vraiment. Or, souligne Goldman Sachs, compte tenu de la faible croissance de l'offre, il faut rationner les consommateurs, pour reconstituer un écart sensible entre la capacité de production et les besoins mondiaux.
La banque d'investissement prévoit - ou devrait-on plutôt dire suggère ? - que le cours monte jusqu'à 150-200 dollars "d'ici 6 mois à 2 ans" . Selon l'Usine Nouvelle, il s'agirait même d'une moyenne annuelle de $200 sur 2009, ce qui signifie que le record journalier pourrait être encore bien supérieur. Puis le cours redescendra gentiment à  $75 en 2011.

Mais si cette bouffée de fièvre ne se produit pas, le prix du baril restera accroché aux niveaux actuels, voire s'appréciera encore lentement.

Autrement dit, la banque d'investissement propose aux spéculateurs de joindre l'utile à l'agréable. D'une part, poursuivre le rythme haussier actuel, voire l'amplifier encore, pour continuer à toucher quelques sympathiques plus-values. D'autre part, en amenant ainsi le baril à des niveaux insupportables pour certaines économies émergentes, provoquer une destruction massive de la demande... en Asie par exemple. Le baril reviendra ainsi à des valeurs plus raisonnables, et les 4x4 pourront continuer à rouler impunément sur les macadams occidentaux - sans parler de l'aviation civile, aujourd'hui proche de l'agonie.

S'agit-il d'un simple et terrible exemple du cynisme glacial caractéristique du capitalisme financier qui régit notre époque, ou bien d'une action de "bombardement psychologique", décidée en plus haut lieu dans le cadre de la Deuxième Guerre Froide ? Car en parallèle, aussi bien le Department of Energy états-unien que le CERA relèvent leurs prévisions de prix  à des valeurs inhabituellement hautes : $108 en moyenne pour le DoE, et une pointe à $150 en vue pour Daniel Yergin, le médiatique président du CERA. Or ces deux sources, proches du gouvernement, avaient plutôt l'habitude de calmer le jeu en annonçant des valeurs parfois si basses qu'elles frisaient le ridicule.

Pour certains, il est sans doute plus que temps de casser l'arrogante croissance chinoise, nourrie par un pétrole peu taxé : rappelons qu'en Chine, le litre d'essence se paie encore moins cher qu'aux USA.
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Cet article a également été publié sur AgoraVox et sur Yahoo!
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Dimanche 27 avril 2008


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Vendredi 25 avril 2008
Les records du prix du baril tombent en ce moment à un rythme tel que les journalistes n'arrivent plus à suivre.

Mieux : certains anticipent désormais, comme l'attestent cette dépêche des Echos de ce soir.


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Mercredi 23 avril 2008
Dans les milieux économiques, quand on a trop utilisé l'expression "pays émergents", il reste un joker : BRIC.

BRIC, c'est une abréviation commode pour Brésil, Russie, Inde et Chine. On dit parfois BRICS pour inclure dans la liste l'Afrique du Sud (South Africa).

L'expression est jolie mais elle mêle des pays qui n'ont pas grand-chose à voir : le Brésil est un pays en émergence lente, la Russie est plutôt une ancienne grande puissance en ré-émergence et si Inde et Chine sont déjà plus proches du point de la vue de la géographie, il est néanmoins clair qu'on aurait du mal à confondre Bombay et Shanghai.

La crise financière actuelle, et probablement la récession qui va la suivre aux Etats-Unis, risque de faire éclater encore plus cet ensemble : Inde et Chine ont une économie en grande partie liée à celle des Etats-Unis.

Si la récession est vraiment là, les consommateurs états-uniens risquent de bouder les Chinese goodies étalés dans les rayonnages de Wal-Mart, et de moins fréquenter les call centers de la grande distribution, qui risquent d'être remplacés par des répondeurs automatiques.

Ajoutons à cela le protectionnisme rampant qui commence à hanter les couloirs de Washington et qui pourrait fermer encore plus l'accès au marché US des produits de l'Inde et de la Chine.

Brésil et Russie sont plus sereins : ils exportent leurs ressources naturelles plutôt que des heures de travail à bas coût. Et même quand les ménages occidentaux sont moroses, ils ont toujours besoin de céréales, de viande et d'hydrocarbures.
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