Jeudi 5 novembre 2009
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La récente annonce simultanée des autorités française, britannique et finlandaise faisant état de leurs
"préoccupations" concernant la sûreté de l'
EPR n'a pas dû répandre la joie au sein du
monolithe noir de la Défense.
S'agit-il pour autant
du début de la fin de l'industrie nucléaire ? Probablement pas. Cette histoire n'est pas sans nous rappeler ce qui fit la célébrité de l'avocat consumériste Ralph Nader, dont le brûlot
Unsafe At Any Speed (Dangereuses à n'importe quelle vitesse) vilipendait les belles voitures américaines des années 1950-60 qui tuaient aisément conducteurs, passagers et piétons
de par leur conception qui faisait fi des questions de sécurité.
Cet ouvrage fut publié en 1965 : aucun historien d'entreprise n'oserait considérer aujourd'hui cette année-là comme le jalon marquant le déclin inexorable de l'industrie automobile
états-unienne. Face aux critiques parfaitement fondées de ce jeune juriste aux dents longues, les constructeurs de Detroit généralisèrent la ceinture de sécurité, introduirent le
crash-test et ses mannequins bigarrés et inventèrent l'
airbag, dont nos véhicules sont aujourd'hui bardés.
Que trois autorités de sûreté décident de rédiger un texte en commun est loin d'être anodin : c'est du jamais vu dans l'histoire du nucléaire civil et c'est la preuve que la gouvernance de ce
microcosme n'est finalement pas aussi mauvaise que certains opposants irréductibles aimeraient le faire croire.
Il faut maintenant qu'Areva sache répondre avec la même capacité profonde de remise en cause de sa façon de concevoir ses produits qu'ont démontré Ford, Chrysler ou GM il y a cinquante ans.
Verra-t-on enfin un test grandeur nature d'avion de ligne s'écrasant sur un bâtiment réacteur ? Un simulateur de conduite d'EPR aux mains de spécialistes touchant un bonus de
trader
s'ils arrivent à provoquer un incident de niveau Tchernobyl ? Peut-être pas : on peut espérer que l'atomiste a déjà réalisé les études confidentielles qui permettent de garantir la
non-réalisation de tels événements redoutés.
Mais c'est seulement en étant à la fois plus exigeants et plus transparents que les ingénieurs d'Areva sortiront Atomic Ann de cette mauvaise passe. Plus facile à dire qu'à faire : Areva est
aujourd'hui un mélange détonant de héros vieillissants du nucléaire des Trente Glorieuses et de jeunes diplômés enthousiastes mais parfaitement novices en génie nucléaire. Est-ce là la
dream
team qui sera capable de réinventer une filière technologique certes bien née (merci Gran'Ma Westinghouse) mais dont les derniers rejetons (
REP palier N4 et maintenant EPR) connaissent des accouchements difficiles ?
EPR et
Boeing 787 seraient-ils tous deux les enfants trop tardifs d'entreprises naguère intellectuellement agiles mais qui se
sont lentement calcifiées sous l'effet insidieux de bureaucrates ? L'échec opérationnel expliqué par la ménopause, voilà un concept nouveau en sociologie des organisations.