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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 14:15

 

Méthane Hurlant

Si les années 2000 ont sans nul doute été celles du carbone - intronisation en 1998 à Kyoto, puis médiatisation progressive avec un paroxysme en 2007-2008, juste avant que la crise financière n'éclipse les climatologues de la scène et que le tant attendu sommet de Copenhague n'accouche de souris vertes - les années 2010-2020 seront sans nul doute celle du méthane.

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Le pétrole est désormais proche de son pic, c'est une affaire entendue : la question est désormais de trouver la source d'énergie abondante qui va nous permettre d'entretenir la course au développement et au confort dans laquelle toute l'humanité est désormais lancée.

Toute ? Non, certes. Quelques petits villages décroissants au sein de l'Empire Thermo-Industriel tentent de proposer des modes de vie alternatifs. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps et, de la même façon qu'Astérix et ses amis n'ont pas renversé la civilisation romaine, ces initiatives courageuses et souvent sympathiques resteront des épiphénomènes dans les vingt ans qui viennent.

On avait cru, au milieu des années 2000, que le nucléaire profiterait de l'enthousiasme général pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Malheureusement pour cette industrie, le gong de Fukushima a sonné la retraite, et c'est sans doute plutôt une bonne nouvelle à la fois pour l'humanité et l'industrie européenne.

Une bonne nouvelle pour nous tous, car cet accident majeur a mis en exergue que le nucléaire n'était supportable qu'avec des autorités de sûreté puissantes et capables de remettre les pendules à l'heure quand l'industriel tente de biaiser pour sauver sa profitabilité - au grand dam d'Areva, la Finlande a d'ailleurs montré l'exemple. Cela a également rappelé qu'une gouvernance similaire entre exploitant et autorité de sûreté était nécessaire pour éviter ce que le film Le Syndrome Chinois avait déjà anticipé il y a plus de trente ans.

Une bonne nouvelle également pour l'industrie européenne car elle démontre la nécessité de ne pas aller dans la logique du moins-disant : quand on veut de la sûreté nucléaire, plus de doute désormais il faut mettre le prix.

Toutefois, la traversée du désert a commencé et il faudra quinze à vingt ans pour en atteindre le bout : d'abord, parce que Fukushima a marqué durablement les populations et les hommes politiques, tout comme Tchernobyl avait gelé d'un coup une grande partie des projets électronucléaires occidentaux. Ensuite, parce que l'OCDE n'a plus de sous ! Finis, ces temps heureux où on pouvait dépenser sans compter : les prêteurs sont devenus exigeants.

La voie royale est donc libre, non pas pour les énergies renouvelables non hydrauliques qui produisent un kWh intermittent et hors de prix, mais toujours pour les fossiles : charbon et gaz naturel.

Le charbon, si salissant et polluant, a une cote moyenne ; en plus, son pic n'est plus très loin.

Il ne reste plus que le gaz naturel, dont le pic est aujourd'hui assez lointain, surtout si on poursuit l'aventure du gaz "non conventionnel" qui comprend les désormais fameux gaz de schistes et les plus discrets hydrates de méthane tapis au fond des océans.

Le choix allemand de l'arrêt du nucléaire est en fait une Realpolitik de l'énergie : puisque la Russie peut nous fournir beaucoup de gaz à prix raisonnable et que les centrales au gaz ne coûtent pas cher à construire, incitons nos opérateurs à remplacer leurs vieilles bouilloires atomiques par de belles installations Siemens-gemacht que le privé pourra facilement financer. Et dans vingt ans, quand le gaz commencera se faire un peu plus rare, il sera toujours temps de reconsidérer la question nucléaire, on n'est plus à un changement d'avis près...

Et avec le quasi-silence imposé aux émissions d'information climatiques, on a aussi un peu oublié le méthane dissous dans le pergélisol et que le réchauffement arctique est en train de libérer lentement mais sûrement.

CH4 mon amour, pourrait-on bientôt rebaptiser une célèbre émission radio...

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Published by Aerobar Films - dans Chaud devant
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commentaires

wawa 12/11/2011 10:30



le pic charbon est encore plus reculé que le pic gazier (de mémoire).


quand a la fiabilité de la russie comme fournisseur, faut voir. je serai l'Allemagne je miserai pas tout dessus.


sinon bon article



Aerobar Films 14/11/2011 21:55



Les avis divergent sur le pic charbon, d'autant que les réserves de cette ressource ont pour particularité de diminer avec l'augmentation du niveau de vie en surface : contrairement au pétrole ou
au gaz, l'extraction charbonnière est une industrie de main-d'oeuvre dans la plupart des cas.



Phyvette 06/11/2011 18:00



Justement je me languissais d'une entrecôte, vous prétendez E2100 que je vous en serait redevable, hum...! Admettons, je n'en ai pas souvenance, mais cette leçon de pic gaz vaut bien de s'en
payer une tranche.


 


Votre date sera la mienne et notre hôte philométhanique est bien sûr invité également à ce grand raout gazier.


 


J'attends vos disponibilité.



Environnement2100 06/11/2011 16:56



Pour mon ami Phyvette :


- pic gazier : j'ai sans doute été trop cryptique dans mon explication ci-dessus. Nous sommes arrivés rapidement, au 20e siècle, au bout du pétrole bon marché parce que... il y a(vait) du pétrole
bon marché, que nous l'avons trouvé, et qu'il est facile d'accès. Donc nous l'avons épuisé, au tour maintenant du pétrole cher, type Kashagan ou Santos Basin. En revanche, le gaz pas cher, bien
que nous l'ayons trouvé lui aussi (c'est South Pars), nous nous sommes bien gardés de l'exploiter, pour éviter de perturber l'industrie pétrolière ; nous en avons donc encore beaucoup ; mais en
plus, nous avons aussi du gaz cher en très grandes quantités, que nous ne faisons que commencer à découvrir. D'où l'éloignement du pic gazier. J'insiste sur le fait que Iolotan (Yolotën en
Turkmène) a été découvert en 2006, comme si les gisements pétroliers de la Mer Caspienne avaient été découverts il y a 5 ans au lieu de 150 ans. Toujours pour mémoire, Shtokmanoskoye, découvert
en 1988, n'a toujours pas de plan de développement !


- subsidiarité du pétrole limitée ? alors là pas du tout de chez au contraire mon cher Phyvette. Pétrole et gaznat sont aussi semblables qu'une bouteille d'eau de la Seine et une bouteille d'eau
de source. Les vapocraqueurs modernes savent traiter aussi bien des coupes pétrolières que des coupes gazières, pour des coûts finaux équivalents ; même les bons vieux ICE savent consommer du gaz
de ville. Si j'osais, je dirais que le gaznat est chimiquement plus facile à employer que le pétrole, car sa composition est d'une grande simplicité, au contraire du pétrole. Certes, les
infrastructures ne sont pas les mêmes. Je me permets de signaler à l'aimable assistance (publique) qu'un grand nombre d'outils industriels, conçus pour brûler du fuel dans les années 60, ont
basculé vers le gaznat dans les années 80 dans l'indifférence générale. Certains sont déjà en train de basculer cette fois-ci vers l'oxycombustion, toujours dans l'indifférence générale.


Le pic de gaznat est d'autant plus éloigné que, pour le moment, c'est toujours un produit casse-pieds : il faut des tuyaux très chers, donc des accords à très long terme pour les amortir, payer
des royalties aux pays que l'on traverse... Les accords se font fréquemment de pays à pays, donc la politique s'en mêle systématiquement. USA, Chine et Inde, les trois mega-consommateurs de
demain, ne jurent que par le charbon, beaucoup plus facile à vendre ou acheter ; c'est autour des mines de charbon à ciel ouvert d'Australie et d'ailleurs que se font les guerres les plus
sauvages en ce moment, mais la presse française en ignore quasiment tout - normal, l'industrie française en est largement absente.


Et puis, mon cher Phyvette, vous ne parlez pas un peu haut pour quelqu'un qui me doit une entrecôte ? Ou peut-être deux ?



Phyvette 06/11/2011 15:32



 Que le pic gaz soit lointain reste a démontrer, la particularité d'un
réservoir de gaz c'est de se tarrir 10 fois plus subitement et rapidement qu'un gisement de pétrole 40/50 ans pour le pétrole, contre 4/5 ans pour le gaz, alors dans 20 ans... On n'a bien le
temps d'en fermer des puits de gaz à sec.


 


Et puis la subsidirité du gaz au pétrole reste limité et/ou source de pertes
thernodynamiques. Voir le passage massif au gaz comme une continuation BU est une illusion, la rente miniére du gaz est bien moindre que pour le pétrole, même dificile. Les non retombées
financiéres du gaz sont de nature suffisante pour induire une crise de la société thermo-industrielle.



tyler 06/11/2011 11:55



méthane hurlant et méthane chauffant...le PRG du méthane c'est 25


1 CH4 = 25 CO2