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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 07:00
En réponse à notre point de vue sur la lente progressivité du changement climatique actuel, un de nos lecteurs nous rappelle que le climat n'a pas toujours varié aussi linéairement et doucement qu'en ce moment. Preuve en est le graphique ci-dessous, tiré du très richement illustré article de wikipédia à ce sujet :


On note que, depuis 15 000 ans - soit à peu près le début de l'Histoire - la température moyenne aux pôles (EPICA correspond à un forage au Groenland, Vostok à un en Antarctique) est restée étonnamment stable, alors qu'elle avait auparavant tendance à se comporter de façon plus chaotique. Durant la dernière glaciation, on remarque que des oscillations assez extraordinaires ont eu lieu : des variations de température de 5 à 7°C se sont produites en seulement quelques dizaines d'années, voire peut-être en quelques années - cela ne se voit pas sur la courbe ci-dessus, mais sur des "agrandissements" (cf. ci-dessous).

On ne sait pas encore exactement ce qui produit ces variations, notamment celles dites de Dansgaard-Oeschger : ces dernières se sont répétées plus de 20 fois avec une période étonnamment régulière (1470 ans, soit moins de 1% d'erreur !). Elle commencent toutes par un brutal réchauffement de cause inconnue, qui provoque la fonte massive des calottes glaciaires et l'irruption d'icebergs en quantité phénoménale, ce qui perturbe fortement les courants océaniques ; un lent refroidissement se produit alors.

Ce phénomène peut-il se reproduire ? Certainement, mais bien malin qui saurait le prédire puisqu'on n'a pas encore complètement élucidé le mécanisme. On arrive à remonter l'arbre des causes jusqu'à un probable déversement massif d'eau douce dans l'Atlantique Nord, mais on ne parvient pas à définir clairement l'origine de ces énormes quantités d'eau : la pointe de chaleur initiale n'a pas d'explication. On suspecte toutefois la rétroaction de l'albedo de la glace, à savoir que moins il y a de glace aux pôles, plus ceux-ci absorbent le rayonnement solaire, et plus la glace fond, et donc moins il y a de glace, etc. Ca ne vous rappelle rien ?

Il est à noter toutefois que le point de départ de ce changement abrupt de climat ne correspond pas aux conditions actuelles : les calottes glaciaires s'étendaient alors jusqu'à la Manche, car la température globale était alors 5 à 6° en-dessous de l'actuelle. Rien ne dit donc que les variations brutales naguère mesurées puissent se reproduire : on voit bien sur ce graphe de la NOAA que la valeur maximum du réchauffement abrupt restait en-deçà des valeurs actuelles :



Si on cherche absolument un scénario de changement climatique catastrophique, au sens du Jour d'Après, qui puisse survenir de nos jours, on ne peut donc qu'envisager le glissement de tout ou partie de la calotte groenlandaise dans la mer. Ce glissement pourrait être provoqué par plusieurs années successives de temps exceptionnellement doux dans un Océan Arctique libre de glaces l'été (effet d'albedo) renforcé par un effet de serre local amplifié par le dégagement massif de gaz carbonés (CO2 et CH4) issu du permafrost - qui contient deux fois plus de carbone qu'on ne le pensait jusqu'à récemment).

Après quelques tsunamis ravageurs ravageant les côtes scandinaves ou terre-neuviennes et l'arrêt de la navigation transatlantique rendue impossible par la présence généralisée d'icebergs, le fameux Gulf Stream s'arrêterait et un lent mais inexorable refroidissement s'engagerait alors, conduisant l'Europe du Nord à un climat proche de celui du Labrador et l'Europe du Sud à celui qui régit aujourd'hui la région de Seattle - la sécheresse en plus.

Ce scénario reste à notre avis peu probable, comme le montre une étude récente (EDIT) : autant une banquise flottant sur la mer peut se disloquer brutalement quand la température se réchauffe, autant une calotte glaciaire bien ancrée sur un substrat rocheux comme le Groenland a peu de chances de se décoller d'un bloc et filer dans la mer. Et la vitesse de disparition de la banquise, comme celle de dégazage du permafrost, peut brutalement ralentir comme elle a accéléré ces dernières années, pour des raisons inconnues dans les deux cas.

Mais peu probable ne veut pas dire impossible.

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Published by Aerobar Films - dans Gros temps sur la planète
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commentaires

miniTAX 09/07/2009 16:41

Et j'ajoute que si le Gulf Stream s'arrêtait, la façade Ouest de l'Europe aurait le même climat océanique que celui de la côte Ouest des USA aux mêmes latitudes, à savoir humide avec peu d'amplitude thermique entre été et hiver, et en aucun cas le climat continental de la côte Est américaine, contrairement à ce que le veut la croyance populaire. Là encore, ce n'est pas un scoop (cf par ex. Seager), sauf pour les experts autoproclamés du climat.

Aerobar Films 09/07/2009 21:33


En fait, on n'en sait absolument rien : les prévisions quanti- et qualitative de ces épisodes abrupts, faisant appel à la fois à la météo et au climat, sont hors de portée. On peut juste se
contenter d'imaginer des histoires pour toucher du doigt les conséquences majeures de tels événements - à savoir, pas vraiment la fin du monde, même en forçant volontairement le trait.


miniTAX 09/07/2009 16:36

Le Gulf Stream ne peut PAS s'arrêter! Pour cela, il faudrait que la terre s'arrêtent de tourner et que les vents d'ouest cessent de souffler.
Si les pseudo-experts du climat pouvaient comprendre cette réalité physique de base, ça aurait épargné les gens d'un tas de prophéties vaseuses.

Sébastien 08/07/2009 12:53

On ne voit rien sur ce qui se passe actuellement en regardant des graphiques à cette échelle de temps !?
Je ne comprend pas bien le but de l'article...

Aerobar Films 08/07/2009 15:52


Le but de cet article est surtout de rappeler que, dans un système aussi chaotique, le comportement passé ne permet pas de prédire le futur.


Klums 08/07/2009 10:30

Merci pour cet article et ce commentaire détaillé !

Environnement2100 08/07/2009 10:08

Autrefois, tout était simple et les cellules de Hadley étaient bien en place, avec un lourd anticyclone polaire qui laissait ces régions libres de nuages, assurant ainsi leur fonction de régulation négative de la température terrestre par évacuation de calories dans l'espace pendant la nuit polaire. Aujourd'hui, l'anticyclone polaire nord est bousculé de plus en plus souvent par des dépressions géantes qui font des percées au nord. Quand le pole est obscurci la nuit, sa fonction d'évacuation des calories est gravement perturbée. Ce mécanisme, plus encore que la variation d'albedo, contribue à l'augmentation plus rapide de la température au pole nord : non seulement la température de la planète augmente, mais la "clim" marche mal !
La simple fonte des glaces rapide du Groenland à partir de ce mécanisme est hautement improbable ; en revanche, il n'est pas nécessaire de faire fondre les glaciers du Groenland sur place, il est plus rapide de les faire glisser vers la mer, qui fera le travail par la suite ; les dernières mesures à ce sujet sont alarmantes, mais ne font que souligner notre totale ignorance sur ce sujet - qui connaît la pente moyenne des glaciers du Groenland ? Un bon indicateur sera la présence de flottilles d'icebergs en Atlantique Nord, puis dans l'Arctique ex-glacial.

Aerobar Films 08/07/2009 15:50


Oui, on a fait des recherches rapides sur le Net concernant le soubassement rocheux du Groenland, cela paraît être une terra incognita. A part le fait que l'altitude au centre serait de seulement
300 m, du fait du poids de l'inlandsis, il semblerait qu'on ne sait pas grand-chose.

Maintenant, on peut aussi imaginer que la calotte supérieure de l'inlandsis se détache de sa partie inférieure, du fait de tensions internes et des fameux "moulins".