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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 07:01
Le couplage PO/RC revient fréquemment hanter la blogosphère : en quoi l'épuisement des ressources naturelles - et l'éventuel ralentissement économique mondial qui en découlerait - pourrait-il contrecarrer le réchauffement climatique ?

Sur son blog, meteor nous a signalé l'existence d'un papier qui présente le travail effectué  sur l'incertitude des scénarios du GIEC et de leurs paramètres par une équipe du MIT. Il n'y a pas que nous qui faisons des études à caractère probabiliste...

Cette étude, forcément discutable - mais de façon constructive - puisqu'elle repose sur énormément d'hypothèses récoltées auprès de différents experts, a le mérite de relever le débat sur la question. On sort du débat stérile des piquistes qui considèrent que la quantité du carbone fossile encore sous terre est aujourd'hui connue : le principe de l'étude revient à affecter des fonctions de densité de probabilité à chaque variable utilisée dans la prospective technico-économico-climatique pour calculer l'incertitude globale des modèles faisant appel à ces variables.

Par exemple, pour le pétrole, les auteurs considèrent qu'il y a 5% de chances que les réserves totales de pétrole soient supérieures à 2500 milliards de barils (soit 80 ans de ratio R/P) mais 95% de chance qu'elles soient supérieures à 870 milliards de barils (soit 28 de ratio R/P). Une fonction de densité de probabilité (FDP) transforme ces valeurs discrètes en une fonction continue ; à titre d'illustration, on trouvera ci-contre la FDP utilisée par l'étude pour la population mondiale en 2050.

Quelles sont les principales conclusions de l'étude ?
La plupart des scénarios du GIEC sont en-deçà de la fourchette des émissions probables à 90% en l'absence d'une politique climatique, et sont compatibles avec des scénarios de stabilisation atmosphérique.
Un petit dessin valant mieux qu'un long discours :

Ces résultats ont permis à l'équipe de scientifiques dirigée par M. Webster de donner une vision probabiliste du réchauffement global futur, selon que l'économie mondiale se donne ou non la contrainte de limiter les émissions de carbone fossile. Compte tenu de notre incapacité notoire à réagir à la menace climatique, nous semblerions nous diriger probablement vers un réchauffement à +5,1°C.

Rappelons ce que signifie +5°C selon Mark Lynas qui a compilé les principales études sur la question :
La plupart des zones habitées par l'homme en Europe du Sud, Afrique du Nord, Moyen-Orient et dans les autres zones subtropicales deviennent invivables du fait d'une chaleur et d'une sécheresse excessive. La civilisation doit se déplacer vers les pôles, où les températures restent suffisamment fraîches pour les cultures et où les précipitations - malgré de sévères inondations - persistent. Toute la glace a disparu des pôles ; les glaciers de montagnes ont disparu des Andes, des Alpes et des Montagnes Rocheuses.
Catastrophique ? A la fois trop et pas assez.

Trop catastrophique, dans le sens où cette nouvelle configuration va probablement mettre des dizaines d'années, sinon des siècles, à s'établir. L'homme sait déjà vivre dans des zones invivables comme la péninsule arabique ou le désert nord-américain, du moment qu'il dispose de suffisamment d'énergie pour climatiser l'air et faire venir d'ailleurs eau et nourriture.

Pas assez catastrophique, car ce n'est pas parce que le climat sera adapté à l'agriculture en Sibérie ou en Alaska qu'on pourra effectivement transformer ces territoires en terres cultivables : pour l'instant, le sol de ces steppes est loin d'être suffisamment fertile pour pouvoir accueillir des cultures céréalières, même avec les conditions idéales de température et de précipitations. En plus, la photosynthèse a besoin de lumière : même si le climat se réchauffe, la nuit polaire sera toujours présente pendant plusieurs mois. Difficle de faire deux récoltes de blé par an dans ces conditions - à moins de lampes UV régulièrement disposées dans les champs !

Lynas oublie de parler des conséquences sur le niveau des mers. Pourtant c'est sans doute ce qui nous frappera le plus, à tous les sens du terme, d'ici la fin du siècle.
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