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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 08:49
Nous venons de découvrir l'existence du Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement (CIRED), un organisme de recherche apparemment sérieux qui jouit d'une localisation très privilégiée au Jardin Tropical de Paris - pour se projeter en avant dans le futur climatique de la capitale ?

Sur ce site que nous n'avons pas fini d'explorer, nous avons découvert une étude co-réalisée avec WWF-France (aïe aïe aïe) intitulée - 30% de CO2 = + 684 000 emplois - L'équation gagnante pour la France

Ce rapport a évidemment été écrit sous l'influence d'un monumental biais de confirmation d'hypothèse. Le résumé suffit pour alerter le lecteur :
Il apparaît que l'effet sur l'emploi est extrêmement positif puisque 684 000 emplois nets sont créés d'ici à 2020. D'une part, les emplois créés par les énergies renouvelables (316 000) et surtout l'efficacité énergétique (564 000) sont beaucoup plus nombreux que ceux détruits dans les filières énergétiques (138 000) et automobiles (107 000). D'autre part, avec un baril à 100$ en 2020, le scénario négaWatt entraîne une économie nette pour les ménages, d'où une hausse de leur consommation et un gain supplémentaire de 48 000 emplois. Notons que, avec un baril à 150 euros, l'effet induit positif aurait été beaucoup plus fort (467 000 emplois), soit la création nette de 1,1 million d'emplois.
Autrement dit, plus le baril est cher, plus on crée d'emplois ! Ce n'est plus de la macro-économie mais de la magico-économie.

Rappelons qu'à 150 € le baril, soit près de $200, on atteint un seuil difficile à supporter pour l'équilibre de l'économie mondiale, comme l'a montré le choc pétrolier de 1980. Et pourtant à l'époque, malgré des politiques poussant aux économies d'énergies - c'est à ce moment qu'est né le sport national de la "chasse au gaspi" - le chômage a plutôt eu tendance à s'envoler.

Selon nous, les auteurs font fausse route sur trois points.

D'abord, les politiques d'efficacité énergétique ont une vitesse de déploiement très faible en l'absence d'un signal-prix extrêmement fort ou de situations de pénurie : or ce n'est pas avec les hypothèses optimistes de l'AIE d'un baril à $100 en 2020, utilisées par les auteurs du rapport, que de telles conditions seront créées. Alors qu'il ne faut que quelques années pour installer 1000 MW de capacité de production électrique d'origine fossile, c'est plutôt en dizaines d'années qu'il faut compter pour mesurer le délai d'effacement de la consommation correspondante par les particuliers et le secteur tertiaire, au moyen de mesures d'efficacité énergétique.

Ensuite, on additionne des choux et des carottes en parlant d'emplois : on ne reconvertit pas "comme ça" des employés de l'automobile en prestataires du bâtiment. Au-delà de la question de la formation aux compétences requises, il y a un tout petit problème de qualification de l'emploi : quel col blanc de l'automobile va accepter de se transformer en col bleu du bâtiment ? Car les emplois créés par cette fameuse économie verte sont essentiellement non qualifiés... On se gargarise souvent des millions d'emplois potentiellement offerts par la généralisation du recyclage : vous connaissez beaucoup de lycéens qui se destinent à trier des poubelles ou à désosser des machines à laver ? On peut reprocher beaucoup de choses au nucléaire, il est néanmoins indéniable qu'il a contribué à tirer "vers le haut" une partie de l'industrie en France : au-delà d'Areva, d'EDF et du CEA, des sociétés comme Schneider Electric ou Alstom ont bien profité de la manne du programme électronucléaire français pour monter en compétences comme en force de frappe.

Enfin, les auteurs se gardent bien de souligner qu'ils remplacent des emplois récurrents en emplois non récurrents : en 2021, quand tous les immeubles et pavillons seront bien isolés, quand toutes les lignes ferroviaires nouvelles seront construites et quand toutes les éoliennes seront dressées, que va-t-on faire de toute cette main-d'oeuvre ? Lui faire construire des pyramides ?
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V
J'essaie un peu de me renseigner sur les théories du développement durable. J'ai laissé un commentaire dans un blog d'alternative éco, et l'auteur m'a promis un article explicatif, tout en m'indiquant un début d'explication. C'est un auteur sérieux, un prof d'université à la retraite dont j'ai été l'élève. Pourtant, son raisonnement me paraît très léger. Systématiquement l'agriculture bio par exemple créerait plus d'emploi que l'agriculture classique, dite productiviste. Je ne vois pas pourquoi, ni pourquoi les progrès de productivité ne pourraient pas s'appliquer à l'agriculture bio. D'autre part, d'un point de vue écologique, l'agriculture bio est-elle une agriculture "durable"? Une agriculture qui préserve un bon environnement pour l'être humain peut très bien utiliser les OGM, pour faire des plantes qui poussent avec peu d'eau par exemple. Le progrès peut créer différents systèmes de production qui préservent, ou améliorentl'environnement. <br /> Ce genre de théorie me fait penser à un cours de l'université, de "sociologie économique". Il s'agissait en fait de la présentation de différentes théories économiques, qui se voulaient différentes, on dirait alternative aujourd'hui. Le point de départ était bon. Il s'agissait de marxistes, peut-être de néo-keynésiens, d'anti-libéraux en tout cas, qui constataient l'échec de leurs modèles. Il cherchaient à recréer un modèle, en partant de zéro, en étudiant les phénomènes économiques concrets, en faisant appel à d'autres disciplines, la sociologie à l'époque essentiellement. La méthode est louable. Sauf que, dès que leurs observations pouvaient les amener au libéralisme, ces auteurs cherchaient à tout prix à l'éviter. Ils gardaient le postulat anti-économie de marché. Aujourd'hui, la sociologie est remplacée par l'écologie (une version de l'écologie).
Répondre
A
<br /> Bonjour<br /> <br /> nous ne sommes pas de spécialistes d'agriculture bio, mais il est probable que la demande en emplois soit supérieur à la tonne produite, puisque justement l'agriculture productiviste cherche à<br /> maximiser le rapport production/emplois. Ainsi, certains gains de productivité sont liés à l'emploi de pesticides "raides" que l'agriculture bio préfère ne pas utiliser, au prix d'une dégradation<br /> d'une partie des récoltes par la "vermine".<br /> <br /> Les OGM permettent effectivement de se passer de tels pesticides en rendant la plante résistante à ladite vermine : le problème des OGM est qu'on ne sait pas si ces modifs génétiques ne vont pas se<br /> répandre ("contaminer" dirait un anti-OGM) dans le reste de l'écosystème et provoquer des dommages génétiques irréversibles.<br /> <br /> On ne peut faire d'économie sans écologie ! Remontons à l'étymologie : l'économie, c'est la "gouvernance" (nomos, la loi) de la maison (oikos) alors que l'écologie, c'est la science de la maison...<br /> Autrement dit, l'économie fixe la façon dont nous devons gérer judicieusement la maison, en nous appuyant sur ce que nous savons de la maison. En fait, on ne parle pas de la même maison. L'économie<br /> fait référence à une maison des hommes qui est la société, tandis que l'écologie considère que cette maison est la planète.<br /> <br /> Le gros problème effectivement, c'est que le développement durable (DD) n'est pas une théorie. Cela relève plutôt d'une grande idée pour laquelle on n'a pas encore réussi à inventer les mécanismes<br /> qui vont avec. C'est un peu comme la liberté : on en parle depuis l'Antiquité, mais on est encore loin de l'avoir déployé au niveau mondial... et les modèles actuels (démocraties européennes par<br /> exemple) sont encore loin d'être parfaits !<br /> <br /> <br />