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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 07:00
A quoi rime la polémique sur le fameux principe de précaution ?

Rappelons-en les termes, tels qu'ils sont formulés dans la Constitution :
Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution, à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin d’éviter la réalisation du dommage ainsi qu’à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques encourus.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Tout simplement qu'il faut éviter que des dommages très graves mais incertains - oui, vous avez bien reconnu là la définition d'un beau et dangereux Cygne Noir - puissent survenir. Le principe ne pose pas d'interdiction à la cause du dommage, mais demande simplement que des mesures préventives "provisoires et proportionnées" - autrement dit, des mesures de quarantaine - soient prises à titre de... précaution.

Ce principe n'effraie que les ignares, car tout industriel - particulièrement dans les secteurs chimique ou atomique - l'applique depuis bien longtemps, par des méthodes de prévention et de réduction des risques aux noms barbares (HAZOP, AMDEC...) mais efficaces. Le problème, c'est que les ignares semblent avoir aujourd'hui la préférence des projecteurs des médias.

Ce principe bride-t-il le déploiement de certaines technologies, comme les communications sans fil, comme on a l'habitude de l'évoquer à ces sujets ? Pas vraiment, puisqu'il ne protège que l'environnement et non les hommes eux-mêmes ! Il n'y est en effet nulle part question de "dommage grave et irréversible à la population"... puisque ce point est déjà couvert par la législation relative à la santé publique. Sur les OGM, le principe de précaution n'adresse pas la nocivité possible de tels organismes pour l'homme, mais le risque de les cultiver en plein champ sans un minimum de mesures de quarantaine, pour éviter que d'autres organismes sauvages ne se voient à leur tour génétiquement modifiés.

La Commission Attali avait cherché à faire parler d'elle en son temps en demandant le retrait de ce principe. Un de ses membres, resté anonyme dans un article du Figaro, déclarait :
Avec le principe de précaution nous n'aurions pas eu d'antibiotiques - trop risqué à créer - pas d'Internet - par crainte des images pédophiles - sans parler des voitures...
Les antibiotiques ne sont pas dangereux pour l'environnement quand on les crée ; c'est leur usage intensif qui, à la longue, les rend de moins en moins efficaces, les images pédophiles ne provoquent pas de dégâts environnementaux, et les voitures ont certes endommagé Dame Nature de façon irréversible, mais ces dégradations étaient loin d'être incertaines : les autoroutes et la pollution atmosphérique, des conséquences directes du développement de l'automobile, ont été explicitement acceptées par la société comme contrepartie à l'offre de mobilité individuelle fournie par l'automobile. Bref, ce monsieur a tout faux, il confond principe de précaution et Ravage de Barjavel.

Derrière la querelle du principe de précaution se cachent donc beaucoup d'ignorants pantins et, tenant les ficelles, quelques industriels néolibéraux qui n'ont pas envie de payer la gestion des risques environnementaux que leurs innovations entraînent.

Mais ce dont le monde a vraiment besoin en ce moment, c'est sans doute d'un principe de précaution en matière financière...

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