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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 07:00
Si nous prenons ici comme titre le pendant, en français dans le texte, de celui d'un récent article de blog du chroniqueur économique du New Yorker, c'est que la citation qu'il y donne a un certain intérêt :
Les terrains vacants dans et autour de nos villes et villages ont vu leur prix monter, dans certians cas, de plusieurs centaines de pourcent... plus par l'effet de la concurrence et de la spéculation que par une quelconque demande résultant de l'accroissement de la population et de la prospérité réelle... La plupart ont été achetés, non dans le but que leurs acheteurs les occupent, mais pour les remettre sur le marché, et vendu à des prix supérieurs.
De quand date cette citation ? Bien évidemment pas de 2006, mais de...1836, un an avant ce qu'on appelle désormais la Panique de 1837 et qui ressemble beaucoup à ce qui s'est passé l'année dernière, comme nous l'apprend wikipédia :
Dans les deux mois qui suivirent, le montant total des faillites dans la seule ville de New York atteignit pratiquement 100 millions de dollars de l'époque. « Sur les 850 banques des États-Unis, 343 fermèrent leurs portes, 62 firent partiellement faillite et le système des banques d'État subit un choc dont il ne se remit jamais totalement. »
Méconnue des Européens, cette crise est d'ampleur comparable à... Oui, vous avez deviné, l'incontournable Grande Dépression de 1929. Et l'économiste Milton Friedman de la commenter :
La panique bancaire de 1837 fut suivie de conditions économiques particulièrement perturbées et d'une longue contraction jusqu'en 1843 qui ne fut interrompue que par une brève amélioration de 1838 à 1839. Cette grande dépression est particulièrement intéressante pour notre propos. Elle est la seule dépression enregistrée comparable de par sa sévérité et son étendue avec la Grande Dépression des années 1930 et ses évènements monétaires concomitants reproduisent largement ceux de la crise ultérieure. Dans ces deux cas, une fraction importante des banques aux États-Unis cessèrent leurs activités soit par suspension, soit par fusion --environ un quart lors de la première et un tiers lors de la dernière contraction-- et la masse monétaire diminua d'environ un tiers. Aucune autre contraction n'approche, même de loin, ce lugubre record.
L'Histoire ne se répète jamais, mais on note donc qu'une brève éclaircie économique peut se produire un an après le krach, pour laisser ensuite durablement la place à de moroses nuages. 2009 pourrait donc n'être pas si terrible que cela.

En 1837, sans doute certains tonnèrent-ils contre l'aveuglement des financiers et demandèrent-ils un nouveau capitalisme - il leur était impossible de demander un nouveau Bretton-Woods, vu qu'il n'avait pas encore eu lieu. Près de deux siècles plus tard, on doit constater que ledit capitalisme est toujours le même.

Une autre crise financière similaire à celle de l'année dernière est celle de la panique bancaire de 1907 :
La Panique bancaire américaine de 1907, aussi nommée Panique des banquiers, est une crise financière qui eut lieu aux États-Unis lorsque le marché boursier s'effondra brusquement, perdant près de 50% de la valeur maximale atteinte l'année précédente. Cette panique se produisit au milieu d'une période de récession, marquée par d'innombrables retraits de fonds des banques de détail et d'investissement. La panique de 1907 se propagea à tout le pays, de nombreuses banques et entreprises étant acculées à la faillite. Parmi les premières causes de la crise, on peut citer le retrait de liquidités des banques de New York, la perte de confiance des dépositaires et l'absence d'un fonds de garantie des dépôts.
Avec ce recul historique, on constate donc que Wall Street est plutôt coutumière de telles crises bancaires : la nouveauté en 2008, c'est qu'elle s'est propagée comme une traînée de poudre à la sphère financière mondiale, grâce à la mondialisation des échanges et des dépôts.

On notera que c'est cette dernière panique qui amena la création de la Fed, en 1913 : il a donc fallu attendre six ans pour que les dispositifs correcteurs soient mis en place. Rendez-vous en 2014...

Une note d'optimisme pour terminer : les Cassandre de la prospective ont l'habitude de nous expliquer que toute crise financière type 1929 crée les conditions nécessaires à une guerre mondiale. Les deux crises citées plus haut sont clairement deux contre-exemples ; aucun historien n'acceptera l'élucubration d'une Grande Guerre de 1914-1918 provoquée par la Panique new-yorkaise de 1907. A contrario d'ailleurs, il soulignera que les tensions nationalistes et inter-ethniques prévalant dans les années 1930 ne pouvaient que mener à un conflit, indépendamment de la situation économique.

Nicholas Nassim Taleb, dans son dernier ouvrage le Cygne Noir, souligne qu'aucun acteur économique de cette époque n'avait prédit la Seconde Guerre Mondiale. La prévisions des conflits relève de la sociologie, malheureusement le sociologue est le seul scientifique - s'il en est réellement un - à rester piégé dans son propre champ d'étude : la prise de recul lui est impossible.

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