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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 07:00
Pour montrer qu'on maîtrise les concepts avancés d'économie industrielle, il est parfois de bon ton d'évoquer le concept d'élasticité-prix de la demande.

En langage ordinaire, il s'agit de qualifier comment évolue la consommation d'un produit en fonction de son prix, et réciproquement. Un peu de bon sens paysan - n'oublions pas que ce sont eux qui ont inventé le marché - nous fait dire que "plus c'est cher, moins on consomme". L'élasticité, qui est égale à la variation de la demande divisée par celle de du prix, est donc négative pour la plupart des produits de base.

Certains produits peuvent avoir une élasticité positive, par exemple les produits de luxe. Ce cas reste néanmoins très marginal.  Par contre, les produits de base ont souvent une élasticité quasi-nulle : on les achète quel que soit leur prix (jusqu'à une certaine limite quand même) parce qu'on en a besoin. Ce sont des biens de consommation courante et non substituables, comme l'eau ou l'acier.

Si on cherche à représenter sur une même courbe prix et consommation d'un produit pour un pays donné, la théorie économique nous dit donc qu'en règle générale, on devrait obtenir quelque chose comme ça :

Plus on va vers la droite, plus le prix monte et plus la demande baisse. La pente de la courbe donne une idée de l'élasticité : quand elle descend (vue de la gauche vers la droite), l'élasticité est négative ; quand la courbe est horizontale, l'élasticité est nulle, et quand la courbe est verticale, elle devient infinie.

Testons maintenant cette théorie à l'épreuve des faits, par exemple en s'appuyant sur les très précises statistiques de l'EIA :
Ah ben zut alors. Que se passe-t-il ?

Apparemment, jusqu'à une période récente, c'est-à-dire quand le pétrole était sous les 70 dollars, l'élasticité était positive, et même infiniment au début des années 1990. Cela signifie-t-il que le pétrole était un produit de luxe quand il était bon marché ? Non, plutôt que sa consommation n'était pas influencée par son prix, car trop bas.

A partir de 60-70 dollars, l'élasticité est devenue nulle puis légèrement négative : on voit qu'autour du point de rebroussement correspondant au record de prix de juillet 2008, la consommation suit très sagement l'attracteur (la courbe en rouge) à la hausse comme à la baisse.

Le Grand Choc Bancaire de l'automne 2008 a fait proprement dérailler le système de son attracteur. La consommation a repris depuis le fil de ce qui semble être un autre attracteur, lui aussi de pente légèrement négative. La question est : comment poursuivre la courbe ?

Intuitivement, nous dirions qu'elle va conserver un profil de courbe théorique telle que présentée au début de cet article. Par interpolation graphique, les USA ayant peu de chances de consommer à nouveau plus que leur maximum récent, a fortiori en période de crise économique, on trouve ainsi que le prix du baril a peu d'espoir de passer sous les $30.

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Published by Aerobar Films - dans Au Pays de l'Or Noir
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commentaires

Beurk 12/12/2008 14:28

Les deux courbes ne sont pasz comparables: la première est une courbe théorique valable "toute chose égale par ailleurs" alors que la deuxième représente des variations sur presque deux décennies, alors que les condiions économiques ont largement évolué.