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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:00
Un de nos lecteurs réguliers a récemment publié une amusante coïncidence historique. Et si nous allions encore plus loin, en repartant de sa dernière phrase ?
En 244 après JC, Philippe l'Arabe se faisait couronner empereur de Rome.
La cause de l'élection de Philippe l'Arabe et de la chute de l'Empire Romain était prédite par quelques initiés : les pythistes de Delphes prévoyaient à l'époque le pic des esclaves en 245-250, ce qui allait évidemment faire s'effondrer la civilisation, car comment peut-on faire fonctionner une économie moderne sans esclavage ?
La relation entre la hausse du prix des esclaves depuis la fin des années 30 puis la soudaine envolée du sesterce en 243, conséquence du renchérissement des villas romaines suburbaines, entraîna à son tour le prix de toutes les productions agricoles dans la tourmente de la spéculation.

La fin de l'empire, dont les jours étaient désormais comptés, était inscrite dans la hausse des prix de la ressource esclavagique, avec une déplétion de 9% par an dès les années 250 et suivantes. Ce fut gravé dans le marbre sur le forum de Pythiocène, mais les contemporains étaient trop occupés a ce bâfrer de chars à 4 chevaux et d'avoine bon marché.

Les tribuns romains, répugnants à mettre les mains dans l'économie réelle en allant créer des richesses par invasion de contrées barbares et capture de métèques en nombre pour renouveler les stocks d'esclaves, préféraient fréquenter les confortables marchés à terme d'esclaves de la Via Mura, en plein centre de Rome, où on s'échangeait de l'esclave-papyrus sans aucune connexion avec le sous-jacent.

Un Grand Matin de l'année 247, les matrones romaines découvrirent avec horreur que les multitudes d'esclaves-papyrus qu'elles avaient à leur disposition ne savaient pas faire le ménage les lendemains d'orgie.

Une perte de confiance générale s'instaura, les nobles refusant d'envoyer leurs esclaves physiques dehors de peur de se les faire chiper par d'autres nobles. L'activité industrielle et commerciale cessa, et il fallut nommer empereur le fils d'une Romaine noble (quoique frisée) et d'un Numide esclave (pourtant sec) pour rétablir un minimum de sérénité.

Du jour où l'on ne put plus compter sur les fils du peuple embourgeoisés et avilis par les jouissances matérielles et les profits faciles, ne rêvant qu'aux Cursus honorum, l'empire dût faire appel à des barbares pour compléter son armée.

Ces cohortes de mercenaires de mauvaise qualité militaire eurent peu de succès dans les combats de Judée-Samarie et de Tripolitaine, au point de perdre la face. Ces peuples, autrefois soumis, exportant pour des prix bien modestes du bitume, ingrédient indispensable du feu grégeois et toutes sortes de productions agricoles (blé, huile d'olive, mouton, et avoine nécessaire aux armées), jouèrent la carte du rationnement par le prix.

L'Empire à court de moyens, asphyxiée par sa propre consommation, vit son influence reculer sur ses marchés. Un autre monde était en gestation, mais les hommes de l'époque ne le virent pas venir.

Les Grecs, divisés en vingt-sept cités vaguement coordonnées, voyaient d'autant plus venir la chute de l'Empire romain qu'ils avaient déjà vécu celle de leurs propres empires, mais leurs parfois sages paroles ne furent pas suivies d'actes.

Le gouvernement impérial sous le règne de Philippe l'Arabe, mit à disposition de l'économie des tonnes d'aureus et la relance de l'industrie du char fut très laborieuse. Une grande partie des usuriers et prêteurs sur gages ruinés furent nationalisés.

L'année de son intronisation, tout le monde antique connu entre dans une profonde crise, avec une baisse notable de son PIB. Tout ? Non ! Une province peuplée d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à la récession, selon les chiffres de croissance publiés par l'Insus.

Cédéus le Jeune, fils de Subprimus l'Ancien, célèbre pour ses mémoires sur l'économie antique, racontant par le menu la fin de l'Empire, parle d'un "paradoxe Gaulois". Dans ces chroniques, Cédéus le Jeune parle d'un VPE - Véritable Plateau Esclavagique - qui dura deux siècles, causé par la destruction de la demande d'esclaves elle-même due à l'élasticité/demande/ prix... ! Avant l'effondrement total.

Ne pouvant s'adapter, les peuples de l'Est jusqu'à l'Indus ne tardèrent pas à prendre leur revanche. Ayant accumulés de grandes richesses, les barbares prirent en mains le codex accepti et expansi. Maîtrisant la finance et la comptabilité de l'Empire ruiné, les peuples des provinces d'Asie conquirent sans combat.

Les historiens continuent à s'entre-déchirer sur la nature exacte de la réaction en chaîne qui provoqua l'effondrement. Certains soulignent la causalité évidente :
Pic des esclaves -> esclaves chers -> crise des villas romaines -> éclatements des bulles -> destruction de demande -> chute de l'Empire Romain.
Pour eux la preuve est que l'Empire Romain d'Orient, producteur d'esclaves à bon marché, a perduré plus longtemps !

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Published by phyvette & Aerobar Films - dans Ruptures
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commentaires

wawa 19/11/2008 17:11

obelix&co, le meilleur opus d'économie jamais publié!

E2100 17/11/2008 08:04

Excellent, c'est de l'Aerobar top niveau pour commencer la semaine. Je me permets de citer la page de Wikipedia sur Philippe l'Arabe :
" Gordien III ayant été battu par les Perses à Misikhè (Falloujah, Irak) en 244, il meurt au cours de sa retraite et Philippe est élu empereur par l'armée pour lui succéder. Il négocie aussitôt avec le roi des Perses Shapur Ier la libération des prisonniers romains et conclut la paix. Rome verse aux Perses une rançon de 500 000 pièces d'or, conserve ses conquêtes de l'année précédente, et s'engage officieusement à laisser aux Perses les mains libres contre l'Arménie."

Aerobar Films 17/11/2008 08:36


Merci, mais rendons à phyvette ce qui appartient à phyvette : une bonne moitié de l'article, ainsi que les illustrations, sont signées de sa main !