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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 07:00
Pardon aux auteurs de la comédie musicale Hair d'avoir ainsi parodié le refrain d'un de leurs plus grands succès, en préambule à nos petits calculs du jour.

On prédit régulièrement la fin prochaine de l'énergie nucléaire du fait de la chicheté des réserves prouvées, qui ne permettrait pas d'approvisionner le parc actuel de réacteurs - et leurs remplaçants, à un pour un - plus de 80 ans.

Pourtant, les géologues disent par ailleurs que l'uranium est un métal relativement abondant sur Terre. On raconte dans wikipédia qu'il est "plus abondant que l'argent, autant que le molybdène ou l'arsenic".

Alors, qui croire ? Livrons-nous à quelques calculs simples.

Aujourd'hui, on extrait environ 50 000 tonnes d'uranium par an dans le monde. Cela fait beaucoup de camions, mais reste routefois ridicule, comparé à la production de fer par exemple, qui est de l'ordre du milliard de tonnes - c'est-à-dire 20 000 fois plus. Rien qu'en moyens industriels, l'industrie minière de l'uranium toute entière est donc aujourd'hui un microbe face à celle du minerai de fer.

Un autre calcul simple va nous en convaincre : le marché du minerai d'uranium "pèse" au maximum la quantité extraite multipliée par son prix spot (disons 200 dollars le kilogramme, ce qui est cher payé) soit 10 milliards de dollars par an. A titre de comparaison, le marché du pétrole s'évalue à 1500 milliards en (sous-) valorisant le baril à $50, soit juste 150 fois plus.

Bref, si les réserves paraissent aujourd'hui faibles, c'est parce que l'industrie "uranifère" est encore à l'état embryonnaire. L'uranium étant une ressource qu'on ne considère que depuis 50 ans, les quelques géologues qu'on a embauchés après-guerre pour trouver de quoi alimenter les centrales se sont arrêtés de creuser quand on a cessé de construire des réacteurs : à quoi bon explorer et développer des gisements, s'il n'y a pas de clients ?

Maintenant, imaginez l'impensable : la demande est multipliée par 10 et les prix s'envolent parce qu'il faut aller exploiter des gisements non conventionnels - l'extraction de l'uranium à partir de l'eau de mer coûterait 20 fois plus cher. Dans cette expérience de pensée économique, le marché mondial de l'uranium deviendrait alors équivalent au marché du pétrole. Est-ce finalement si impensable ? On a déjà vu que le client final de l'électricité nucléaire pouvait très bien s'accommoder de tels prix.

Evidemment, l'ère du quasi-artisanat sera passé. Entre les derricks en bois des années 1920, comme celui ci-contre vu dans There Will Be Blood (source New York Times) et les plateformes offshore modernes, il y a autant de différences qu'entre un bulldozer et une excavatrice à godets. On ira chercher l'uranium en rasant des montagnes.

Retenez bien des noms comme Cameco, Areva et les incontournables Rio Tinto et BHP Billiton : dans vingt ou trente ans, l'un de ces groupes miniers bien présents dans l'uranium aura peut-être remplacé ExxonMobil à la place de première capitalisation mondiale.

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Published by Aerobar Films - dans C'est les Watts
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commentaires

Jäg 16/11/2008 23:52

Cet article est une discussion de comptoir.

L'industriel de l'or (ou de tout autre métal) est x fois inférieure à celle du fer, tant en CA qu'en volume.
Cela signifie il pour autant que ces réserves sont abondantes, et qu'il suffit d'exploser des montagnes pour avoir une production quasiment infinie?

Je ne suis absolument pas d'accord avec cet article, qui fait fi de toute question technique et de toute recherche, notamment en ce qui concerne les spécificités des gisements existants et de leur qualité, ainsi que des couts et débits d'extraction liées à l'exploitation de ces gisements.

Aerobar Films 17/11/2008 07:29


La recherche géologique n'étant pas réalisable par Google, contrairement à ce qu'en croit certains, il faut bien chercher d'autres façons d'avancer sur la question "reste-t-il aussi peu d'uranium
qu'on le dit ?".

Les gisements existants n'existent que parce que la demande est ce qu'elle est, à savoir quasi-constante depuis plusieurs décennies voire en décroissance.

Ce qui est vraiement rare, ce qui est vraiment cher, on va le chercher à des kilomètres de profondeur, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui pour l'uranium.

La prospective ne consiste pas à démontrer ce qu'on a envie de voir arriver, mais bien d'anticiper ce qui risque d'arriver.


hyperion 11/11/2008 13:06

même si on a trop de complaisances envers le nucléaire, ce qui est mon cas ,tchernobyl ne peut etre oublié.
à moins d'unité plus petites mais plus nombreuses?
risque moins important mais plus nombreux

Aerobar Films 11/11/2008 20:47


Bhopal a-t-il entraîné l'arrêt des usines chimiques ?

Sur la question du risque et des unités de faible taille, nous y reviendrons prochainement à propos de la fameuse société Hyperion, justement.


Gilles 11/11/2008 11:13

"Maintenant, imaginez l'impensable : la demande est multipliée par 10 et les prix s'envolent parce qu'il faut aller exploiter des gisements non conventionnels - l'extraction de l'uranium à partir de l'eau de mer coûterait 20 fois plus cher. Dans cette expérience de pensée économique, le marché mondial de l'uranium deviendrait alors équivalent au marché du pétrole."

ben justement, la production pétrolière ne s'est absolument pas "envolée" avec l'augmentation des prix du baril, bien au contraire ! la demande s'est mise à flancher, et ça a fini par un crash économique. Pourquoi serait-ce tres différent avec la demande en électricité ? (il n'y a pas de demande de nucléaire en soi, il n'y a que de la demande en électricité).