Nous avions déjà attiré l'attention de nos lecteurs sur le fait que, s'ils peuvent nous lire ici et maintenant, c'était en grande partie à cause de la
deuxième bulle Internet (dite Web 2.0), rendue possible par les
Années Folles de la Finance.
Nous assistons en ce moment à
l'effondrement du règne de l'ultra-libéralisme, que le d'habitude sobre et réservé quotidien
Les Echos a récemment
comparé au communisme, autre idéologie qui n'a pas résisté à l'épreuve du temps.
Cette locomotive devenue folle est en train d'entraîner avec elle un certain nombre d'institutions économiques qu'on croyait bien assises : Bear Stearns, Lehman Brothers, Fannie Mae, Freddie Mac,
AIG, les banques islandaises... Pourquoi des entités plus récentes et n'existant que par la grâce de l'argent facile
tiendraient-elles bon dans la période naissante, où l'argent sera difficile à trouver et les consommateurs une espèce en voie de disparition ?
Prenons la plus emblématique de toutes : Google.

Sa cotation a commencé en 2004,
c'est-à-dire après que les marchés boursiers occidentaux furent passés par leur plus bas de la décennie. Rappelez-vous, le CAC40 avait touché les 2500 l'année précédente, alors qu'on est encore
aujourd'hui au-dessus des 3400. La montée fulgurante de son cours a essentiellement reposé sur les promesses qu'elle deviendrait un jour le nouveau Microsoft.
Microsoft a un
business model simple et robuste : on doit périodiquement lui acheter ses CD de Windows avec du bon argent, un peu comme on change de voiture, sans trop savoir pourquoi.
Ce modèle n'est pas insensible aux récessions, car les consommateurs peuvent brutalement décider de
réduire leurs achats.
Ainsi, le cabinet JD Power vient de prédire une baisse brutale de -16% des ventes de voitures aux USA
en moyenne sur l'année 2008.
Mais que penser du modèle de Google, entièrement fondé sur la publicité ? Que tous les annonceurs décident de couper leurs budgets en même temps, et c'en est fini de cette jeune pousse
californienne, qui souffre de frais fixes monumentaux, par exemple pour maintenir en état de fonctionnement près d'un million de serveurs dans le monde entier. Et peu de temps après, la requête
www. google.com vous renverra une fatale erreur 404.
On pourrait d'ailleurs penser que les investissements récents et tonitruants de Google
dans les énergies vertes ne sont pas seulement un peu de
greenwashing communication : l'énorme avantage du modèle du producteur énergétique, c'est que ses marchés sont beaucoup moins sujets à d'importantes variations, et que vous facturez
chaque mois ce qui a été consommé, en coupant le courant à tout mauvais payeur. Annoncer qu'on évolue vers ce modèle économique, c'est aussi chercher à rassurer l'investisseur.
Impossible ? Et la nationalisation abrupte du secteur bancaire occidental, vous l'auriez qualifiée comment, il y a seulement six mois ?
________________________________
Illustration réalisée grâce au site www.googlefont.com