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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 18:00
Pour certains experts auto-proclamés de l'énergie, l'acronyme ELM fait référence à une "théorie", l'Export Land Model, dont nous avons déjà souligné les faiblesses. Mais nous ne voulons pas parler de cela cette fois-ci.

La Tribune d'aujourd'hui, moderne Don Quichotte issu du quatrième pouvoir, se permet de brocarder la filière éolienne avec un titre-choc qui barre sa Une :


Nous avons décidé de jouer les Sancho Pança de la blogosphère et d'aider nos collègues de la presse industrielle à mieux comprendre ce qui se passe devant leurs yeux. Notons au passage que le Crible des Echos du jour commente lui aussi à chaud la chute de Theolia, mais de façon bien plus pertinente :
Le spécialiste aixois de la production d'électricité à partir des énergies renouvelables avait également développé en Allemagne la construction de centrales éoliennes, négoce qui lui a apporté l'an dernier quasiment les trois quarts de ses ventes consolidées. Cependant la hausse des tarifs de rachat de l'électricité l'incite désormais à les conserver afin de les exploiter lui-même et d'en tirer une source solide de revenus récurrents. En attendant cet horizon éthéré, cela signifie surtout du chiffre d'affaires en moins et une transition difficile à gérer. Ce changement de cap au milieu du gué a bouleversé toutes les prévisions sur lesquelles s'appuyait le marché, déçu par la division quasiment par trois des perspectives annuelles de résultat d'exploitation. A court terme, l'entreprise se prive des rentrées régulières que lui fournissaient ces ventes de centrales.
Mais revenons aux gros titres de la Tribune, car ce sont ceux-là qui entretiennent le courant anti-éolien récemment réactivé par l'Institut Montaigne.

Tout d'abord, dire que la baisse du pétrole rend le vent moins attractif est un raccourci exagéré. Certes, dans le monde économique moderne, tout est lié à tout d'une façon ou d'une autre, mais la faible part (2%, en décroissance) du pétrole dans la production électrique française suffit à démontrer que le lien est en fait ténu. Certains nous opposeront que le gaz naturel suit le prix du pétrole, mais nous leur rétorquerons que d'abord, il y a un effet retard de six mois qui fait que le prix du gaz n'a justement pas encore atteint son maximum annuel - sans parler des tensions en cours entre UE et Russie - et qu'ensuite, on n'installe pas des centrales électriques au gaz aussi facilement que quelques aérogénérateurs dans le champ du père Mathieu : les éoliennes se passent en effet de connexion au réseau de transport de gaz et peuvent se brancher "simplement" sur le réseau de distribution électrique, plutôt que sur un poste à haute tension du réseau de transport, où les accès sont limités - et convoités. Même si le gaz devenait d'un seul coup abondant et sans risque de pénurie, il faudrait au moins trois à quatre ans avant que la capacité installée en centrales au gaz évolue de façon sensible.

Que la flambée des prix des aérogénérateurs fassent s'effondrer la rentabilité du secteur montre que les investisseurs qui s'en plaignent sont des amateurs, des naïfs ou des incompétents, pour ne pas dire des escrocs : cela fait maintenant plusieurs années qu'on sait que les prix des matières premières s'emballent, il n'était pas très compliqué d'anticiper cette hausse et d'afficher des prévisions de de rentabilité réalistes.

Il faut surtout arrêter de prétendre à la spécificité du business model des énergies renouvelables : il est en fait très similaire au secteur du logement social, d'où l'acronyme en forme de clin d'oeil qui fait le titre du présent article.

En effet, les revenus (loyers) y sont également fixés (modérés) par l'Etat, l'investissement restant de la responsabilité de l'investisseur, qu'on appelle, dans le secteur peu glamour de l'immobilier de masse, non pas un tycoon des clean techs mais tout simplement un promoteur immobilier. Un "opérateur électrique alternatif" est lui aussi quelqu'un qui se fait prêter de l'argent pour construire des biens immobiliers (des éoliennes) dont les revenus, garantis, facilitent la revente du bien après terminaison des travaux, voire avant : le montant de cette revente permet de rembourser le prêt et de dégager une plus-value.

Le logement social connaît de plus les mêmes problèmes de NIMBY - "pas de ça près de chez moi" - que les éoliennes, à la différence que ce sont les quartiers bourgeois de centre ville qui ne veulent pas d'HLM, et non les (bobos ayant des résidences secondaires dans les) jolis villages fleuris de la France éternelle.

Soyons clairs : nous ne nions pas le fait qu'en ce moment, de sérieuses menaces pèsent sur le développement de l'éolien français. Mais elles ne sont pas à aller chercher dans le pétrole, l'acceptation par le voisinage  ou la rentabilité insuffisante de la filière : la cause profonde et première, c'est tout simplement la crise financière, qui rend les banquiers peu prêteurs et très pressés de récupérer les fonds déjà accordés, tandis que de l'autre côté, de nombreux promoteurs ont opté pour des ménaiques de croissance très ambitieuses et qui ne supporte pas le moindre grain de sable. D'ailleurs, pour insister sur l'analogie, le logement social est également en crise... L'éolien est tout simplement victime d'une variante de la grippe immobilière.

C'est pour cette même et simple raison que le solaire, qu'on présente aujourd'hui comme le relais de l'éolien, ne va pas décoller comme on le prétend, même si quelques réalisations isolées verront effectivement le jour.

Le secteur des énergies renouvelables, comme le reste de l'économie, est aujourd'hui touchée par la récession. Il n'en mourra pas, mais va très certainement végéter quelques trimestres, voire quelques années, le temps que notre économie se redresse. Ce n'est parce qu'il éternue aujourd'hui qu'il faut tout de suite penser à l'enterrer !

Il y a des secteurs qui vont bien plus mal et ce, sans véritable espoir sur le long terme...

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Published by Aerobar Films - dans C'est les Watts
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