Le documentaire présenté par Al Gore, Une vérité qui dérange, réutilise certaines prises de vues du Jour d'après, par exemple les vues aériennes de banquise. Ce lien entre
les deux œuvres n'est pas innocent et appelle à (re)voir la super-production hollywoodienne d'un œil différent.
Le Jour d'après affirme sa volonté de fiction en fondant son synopsis sur un refroidissement climatique
soudain :
cette option est scientifiquement peu probable et ne concerne que l'Europe, par suite du ralentissement de la Dérive Nord-Atlantique, un courant océanique communément appelée
Gulf Stream
par l'homme de la rue. L'avantage du scénario de refroidissement est qu'il permet quelques belles images – la Statue de la Liberté enchâssée dans la glace – et offre surtout matière à
rebondissements : familles en détresse cherchant à s'enfuir ou à se recomposer au travers de paysages familiers devenus hostiles et impraticables, loups investissant les territoires urbains,
vagues d'ultra-froid…
Au passage, ce film de Roland Emmerich aborde sans fioritures le refus des
hommes politiques états-uniens - sans doute des
Républicains ! - de prendre en compte le risque climatique, les problèmes de l'immigration massive, le « chacun pour soi » des Etats face à un tel dérèglement et l'incapacité des militaires à
traiter une situation majeure face à laquelle ils sont… désarmés - alors qu'ils sont systématiquement montrés comme ultime recours dans le reste de la production cinématographique hollywoodienne.
Ces aspects sont des points-clés du problème, que le climat se refroidisse ou se réchauffe : on pourrait remplacer les scènes de glaciation par des scènes de vagues de chaleur, d'ouragans et de
désertification brutale tout en conservant les scènes mentionnées ci-dessus.
Un jour, on verra peut-être un film-catastrophe traiter le sujet du réchauffement climatique (RC) de façon simplement hyper-réaliste, à la façon de la
Tour infernale. Ce réquisitoire
distrayant contre les immeubles de grande hauteur contribua sans nul doute à calmer la frénésie architecturale des années 1970, à laquelle on doit notamment les anciennes
Twin Towers et
la Tour Montparnasse.
Ce film existe déjà, en fait : il s'appelle
Soleil vert. Chaleur suffocante, pénurie alimentaire et énergétique, régime
politique autoritaire, inégalités sociales accrues : presque toutes les conséquences du RC sont présentes. Mais son décor kitchissime – un futur imaginé au plus fort de la mode psychédélique en
Californie – et l'absence de traitement des questions économiques et géopolitiques militent pour un
remake re-scénarisé, à l'instar de ce qu'a subi la
Planète des Singes – mais
réussi cette fois. Le consultant en environnement Jean-Marc Jancovici a essayé d'en écrire
la première scène,
mais le synopsis d'ensemble reste à pondre.
A défaut de pouvoir trouver une
happy end, la gravité du sujet pourrait paradoxalement être mieux traité sous l'angle d'une comédie tous publics comme
Retour vers le futur, qui
affichait en filigrane une critique sociale de la politique économique reaganienne tout en revisitant avec brio les paradoxes classiques du voyage dans le temps.
Pour marquer les esprits par l'image de ce qui pourrait nous attendre, il est décidément temps qu'un décorateur de cinéma construise la réplique d'une banlieue résidentielle américaine dévastée
par la sécheresse, desservie uniquement par le vélo, le cheval et le
train, et où la loi du plus fort aura remplacé la
démocratie.
Le
western serait-il l'avenir du film de science (climatique)-fiction ? A médirer lors de votre prochain visionnage de
l'Homme des Hautes Plaines...