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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 09:00
Alors que le baril semble entamer une lente descente malgré quelques soubresauts passagers, chaque jour voit surgir l'article d'un nouveau partisan de la non-spéculation. Après le rapport circonstancié de la commission ad hoc états-unienne, voici maintenant qu'Ivar Ekeland, un véritable économiste, chroniqueur à Pour la Science, nous déclare à son tour que :
La flambée du pétrole... n’est pas due à la spéculation, mais, comme toutes les autres matières premières, à l’augmentation de la demande mondiale.
Malheureusement, on ne trouve sur Internet qu'un extrait de l'article, mais son "chapeau" donné ci-dessus résume le point de vue de l'auteur : comme toutes les matières premières voient leur prix monter en même temps, y compris le minerai de fer qui n'est pas coté sur les marchés de futures, c'est donc que les futures ne sont pas coupables, et donc il n'y a pas spéculation.

Cette démonstration est très élégante, mais elles souffre de quelques imperfections.

Revenons déjà à la question de la demande : cela fait des décennies que la demande de pétrole croît sans que le pétrole ne se renchérisse sensiblement - comme beaucoup de matières premières - alors pourquoi le prix du baril a-t-il commencé à s'envoler en 2003 et pas avant ?

Il y a une explication physique : quand on regarde les variations de consommation, on s'aperçoit de la présence d'un net pic entre 2003 et 2005, principalement dûe à une augmentation brutale de la demande des Etats-Unis et de la Chine, sans doute liée à l'invasion de l'Irak.

Cette poussée de fièvre a probablement induit une perturbation sérieuse dans la pétrosphère : les pays producteurs ont dû racler les fonds de tiroirs pour satisfaire la demande, et cette tension palpable s'est immédiatement traduite par une hausse des prix. Voilà pour les fondamentaux. Et ce qui est vrai pour le pétrole l'est aussi pour le fer, le charbon, le zinc, etc.

C'est pourtant au moment précis où la demande mondiale fléchit pour cause d'entrée en récession des Etats-Unis que le baril monte au plus haut de son histoire : est-ce vraiment à cause de ces fondamentaux ? Non bien sûr, il y a forcément "un peu" de spéculation. Contrairement aux yaourts qui peuvent parfois afficher 0% de matière grasse, les prix du pétrole ne sont jamais exempts de traces spéculatives.

Notre thèse est qu'en 2005, quand la croissance de la demande est revenue à un niveau plus acceptable, les acteurs sur le marché du pétrole se sont aperçu que l'économie mondiale acceptait sans broncher un baril à $50, ce qui était une chose impensable pour tout lecteur assidû des rapports de l'AIE. Pourquoi ne pas maintenir la tendance haussière, dans ce cas ?

On pourrait donc considérer que ce qui sépare le prix de 2005 - dû à une forte période de tension offre-demande - du prix actuel est de la pure spéculation, qui a pris la relève de l'impulsion "fondamentale" provoquée par la tension offre-demande, impulsion retombée depuis maintenant 3 ans !

Hé oui, ce raisonnement de café du commerce - mais c'est dans de tels lieux qu'on s'entend sur les prix, n'importe quel commercial vous le confirmera - nous montre que le prix "fondamental" du baril serait de l'ordre de $50 et que la spéculation serait à l'origine de plus de la moitié du prix 2008.
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