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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 09:00
Le Bulletin of Atomic Scientists, qui a conçu et exploite l'Horloge de la Fin du Monde, nous gratifie d'un intéressant article intitulé OPEC, peak oil, and the end of cheap gas (l'OPEP, le pic pétrolier et la fin de l'essence bon marché) signé Alfred Cavallo, consultant états-unien en technologie énergétique. Le point de vue développé est suffisamment original pour que nous y jetions plus qu'un oeil.

Pourquoi l'OPEP refuse-t-elle de reconnaître l'existence, si ce n'est l'imminence, du pic pétrolier ? Pour l'auteur, ce n'est pas pour avouer leur misère, mais au contraire pour ne pas étaler trop leurs richesses :
Bien qu'ils possèdent un immense trésor, aucun des membres de l'OPEP ne dispose d'une base militaro-industrielle significative, ce qui les met en danger de se faire envahir par leur plus grands et plus puissants voisins ou par des puissances mondiales impitoyables, qui agissent dans les coulisses au travers de collaborations avec les dissidents ou d'interventions militaires déguisées. Reconnaître ouvertement que la production non-OPEC va atteindre son pic augmenteraient énormément la valeur des réserves pétrolières des pays de l'OPEP et ferait d'eux des proies encore plus tentantes.
L'auteur considère que l'OPEP reste celui qui fixe les prix du pétrole à l'échelle mondiale. Cette assertion peut sans doute étonner certains de nos lecteurs, à qui nous avons maintes fois souligné l'importance croissante des marchés à terme anglo-saxons dans la détermination des cours. En fait, pour Cavallo, c'est une question d'échelle de temps :
La position officielle de l'OPEP est que les prix sont fixés sur les marchés libres de Londres et de New York. D'une certaine façon, cela est vrai : les prix quotidiens sont déterminés par les forces à court terme du marché, telles que le mauvais temps ou les accidents industriels. Mais la plage du prix à long terme est déterminé exclusivement par la production de l'OPEP relative à la demande.
En produisant depuis plusieurs années le juste nécessaire - avec un certain talent puisque l'auteur fait remarquer que, grâce à l'OPEP, il n'y a eu aucun incident d'approvisionnement malgré la guerre en Irak - l'OPEP enverrait aux marchés à terme le signal d'un prix à long terme élevé, même si ses déclarations médiatiques disent le contraire.

Cavallo souligne ensuite que la politique fiscale européenne en matière de pétrole permet aux pays de l'OPEP d'avoir une meilleure perception du prix du pétrole - à savoir le prix que le consommateur occidental est prêt à payer pour en avoir. Et il en déduit que le prix à la pompe aux Etats-Unis pourrait varier d'ici trois ans entre 5 et 10 dollars le galon, contre 4 contre aujourd'hui.

L'auteur oublie de pousser son raisonnement jusqu'au bout : si le galon d'essence va jusqu'à $10, à combien sera le litre d'essence en Europe ? Pourrons-nous encore nous en payer autant à ce prix ? Car déjà, les premiers signes de destruction de la demande européenne apparaissent, au travers de subventions diverses et variées décidées sans enjeu électoral. Le communiqué récent de l'UIP déclarant une chute de 10% de la consommation française est à prendre avec des pincettes car il n'est pas parfaitement normalisé : il faudra patienter encore quelques mois pour savoir si on consomme moins de pétrole en France. Sur les routes des vacances, en tout cas, ce n'est pas flagrant.

L'auteur conclut par un calcul intéressant : l'augmentation des prix à la pompe aux Etats-Unis constatée entre 2003 et 2008 est équivalente à l'application d'une taxe carbone égale à... 290 dollars la tonne. Rappelons que celle-ci s'échange aujourd'hui sur le marché européen à 24 €, soit presque dix fois moins cher.

Etonnants marchés des matières premières, qui rendent cher ce qui doit rester bon marché pour le bien-être de l'économie, et qui maintiennent bon marché ce qui devrait être cher pour le bien-être de l'environnement...

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