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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 00:00
Nous avons déjà fait la publicité des marchés prédictifs qu'a mis en ligne Science & Vie avec l'aide de la société NewsFutures.

Focalisons-nous un peu sur l'un de ces paris - puisque c'est bien de cela dont il s'agit - celui qui concerne la taille de la banquise. La copie d'écran ci-contre explique le fonctionnement de cette "future" particulière.

Ce que nous trouvons intéressant, c'est que le jour de la "clôture du contrat", sa valeur aura seulement deux valeurs possibles : zéro ou un euro. Or, à l'heure où nous écrivons ces lignes, on voit que le cours du contrat est une valeur intermédiaire non entière (0,56 €). NewsFutures traduit cela comme le fait qu'il y a "56% de chances" que la valeur à clôture vaille un euro.

Mais ce que cela signifie plus trivialement, c'est qu'aujourd'hui il y a à peu près autant de joueurs - ne les appelons pas spéculateurs, puisque ce n'est pas politiquement correct - qui pensent que le cours final sera de un euro que de joueurs qui pensent le contraire. Autrement dit, le prix de cette future n'est pas un prix d'équilibre offre-demande mais une moyenne des estimations de sa valeur finale.

Dans l'hypothèse où le marché à terme du pétrole fonctionnerait de façon similaire - c'est notre conviction1 mais nous sommes pas encore en mesure de le démontrer par A+B - cela signifie que le cours tant médiatisé du pétrole n'est que la moyenne des avis de l'ensemble des opérateurs sur ce marché, et non le prix auquel l'offre et la demande le fixerait sur un marché physique.

Le "flottement" autour des $130 auquel on a assisté ces derniers jours pourrait donc bien refléter une situation très contrastée où la moitié des investisseurs pensent que le prix va redescendre à $75 et l'autre moitié qu'il va aller jusqu'à $200...

Dans cette situation métastable, plus personne ne gagne beaucoup d'argent puisque, sur les marchés à terme, on fait de bonnes plus-values quand le cours monte ou descend. Les bullish (partisans de la hausse) et les bearish (partisans de la baisse) sont donc en train de se livrer une bataille d'intoxication, se jetant brèves de géopolitique, statistiques officielles sur l'état de la demande et rapports de banques d'affaires à la tête, pour faire basculer les indécis dans leur camp et faire repartir la courbe en oblique.

Pour l'instant, ce sont les baissiers qui semblent gagner à cette version intellectuelle du tir à la corde.

Pour que le marché dérivé de la salade de Champignac fonctionne bien, il faut donc un panel hétérogène d'investisseurs ayant des points de vue radicalement différents sur le prix final du contrat à terme : le consensus est la pire des situations. Que la ménagère champignacienne soit capable ou non d'acheter la salade à ce prix n'est pas très important.
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1 Notre raisonnement repose sur l'hypothèse que le prix du sous-jacent (le pétrole physique) est désormais fixé par le prix de son produit dérivé (les futures), de la même façon que la valeur d'une entreprise cotée est aujourd'hui fixée par les marchés actions et non par ses "fondamentaux" (situation financière, performance opérationnelle, stratégie de développement...).

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