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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 20:52
C'est pour l'instant la meilleure traduction que nous avons trouvée de l'expression anglophone tipping point. Les climatologues l'utilisent de plus en plus souvent, estimant que l'évolution du climat ne respectera pas toujours sa trajectoire actuelle, gentiment linéaire, qui nous donne l'impression que :
  • 1) finalement, ce n'est pas si terrible, le réchauffement climatique,
  • 2) cela touchera les enfants de nos enfants, pas nous,
  • 3) on a largement le temps de voir venir et de se préparer.
L'introduction de la notion de tipping point dans le débat est loin d'être anodine. Par sa soudaineté, la non-linéarité transforme le changement en catastrophe. Si Marseille passe progressivement du climat méditerranéen au climat subtropical en un siècle, on peut supposer qu'aussi bien l'écosystème naturel que l'écosystème humain sauront s'y adapter. Mais si cela survient rapidement et par à-coups, la cité méridionale risque de connaître un sort analogue à celles des Aztèques, des Pascuans ou des Anasazi. Et en plus, ce sera de notre vivant, si nous pouvons nous permettre l'expression.

A contrario, le pic pétrolier est un phénomène lent et sans tipping point. Il est assez prévisible, sinon dans sa date, en tout cas dans sa forme générale. La production pétrolière varie lentement, à la hausse dans le passé, à la baisse dans le futur, et le "pic" sera en fait peu pointu. Mathématiquement parlant, le phénomène n'est pas catastrophique, et nous pensons que, économiquement ou sociétalement parlant, il ne le sera pas non plus. Nous passerons progressivement du monde d'aujourd'hui à un autre monde - espérons juste qu'il ne sera pas aussi sombre que certains auteurs d'anticipation nous le dépeignent.

Ce qui est, par contre, parfaitement non-linéaire, c'est bien le système économique et financier mondial. Et, pour en revenir au pétrole, la non-linéarité de son prix laisse supposer qu'un tipping point est peut-être proche.

Nous avons parié qu'à la fin de l'année, le baril s'échangera à $75 plutôt qu'à $200. Depuis une semaine, le cours du Brent oscille curieusement juste à la moyenne de ces deux valeurs.

Va-t-il brutalement partir vers l'une ou l'autre de ces valeurs ? Ou bien, tel l'âne de Buridan,  restera-t-il bloqué dans cette improbable zone d'équilibre, tiraillé à la hausse par les spéculateurs professionnels, appelé à la baisse par les consommateurs et leurs gouvernements ?

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