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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 17:55
   
Aujourd'hui, notre préoccupation, c'est de savoir comment être encore en vie d'ici à deux ans.
Cette récente citation [1] de Christian Boireau, directeur général commercial France d'Air France-KLM, montre bien la tension extrême qui règne en ce moment dans le transport aérien, alors même que la compagnie franco-néerlandaise fait partie de celles qui sont les mieux armées pour affronter la tempête. Alors que Lufhansa n'a couvert que 5% de ses achats en carburant en 2010, Air France-KLM a sécurisé 40% des siens , ce qui mobilise quand même 12 milliards d'euro [2] - le triple de sa capitalisation boursière !

Après une lente et inexorable montée en pression de sa chambre magmatique, le volcan pétrolier est entré en éruption au début de cette année. Ses nuées ardentes dévalent les pentes jusqu'à la mer, ravageant les petits métiers des transports routiers et maritimes, tandis que son panache empoisonne les cieux et menace l'ensemble du secteur aérien.
On notera que les compagnies nationales de pays producteurs sont loin de faire la une des journaux : Emirates, Aeroflot ou encore Varig semblent épargnées par le cataclysme. Soit leur statut leur permet une plus grande opacité dans la situation réelle de leurs comptes d'exploitation, soit elles bénéficient d'un accès privilégié - et en-dessous du prix du marché - à la source.

Tout le monde, néanmoins, révise à la baisse son offre : de plus en plus d'avions restent au sol. Comme la pratique de la location s'est fortement développée ces dernières années, les grands loueurs comme ILFC risquent rapidement de se retrouver avec une flotte démesurée sur les bras.

C'était bien l'idée de départ : se constituer un parc d'avions d'occasion pour les refourguer à des compagnies moins fortunées, généralement issues de pays émergents. Mais voilà, ces dernières ne veulent plus d'avions du tout ! Incapables de se couvrir, elles ne peuvent que perdre de l'argent au prix actuel de la tonne de carburéacteur.

C'est d'ailleurs un retour de manivelle similaire qui étrangle un peu plus les sociétés de services financiers américaines, qui se retrouvent brutalement avec des quantités ahurissantes de 4x4 en location avec option d'achat sur les bras : leurs locataires aux abois les ont rendu en masse face à l'envolée des prix à la pompe - et à l'effondrement de leurs biens immobiliers...

Pour en revenir aux avions, la note d'optimisme du jour sera dans l'opportunité ainsi créée d'une rapide concrétisation d'une filière industrielle de déconstruction d'avions. Il n'y a en effet que très peu espoir que les appareils gisant sur le tarmac puissent un jour revoler, vu leur consommation ; le prix des matières premières restant bien orienté, notamment celui de l'aluminium, des entrepreneurs verront bientôt l'intérêt de racheter cash des Boeing au kilo et de les dépecer à cadence soutenue. Il existe déjà aujourd'hui des filières de ce type - ceux qui sont déjà passés près de l'aéroport de Châteauroux en témoigneront - mais elles sont aujourd'hui encore à une échelle plutôt artisanale en terme de cadence, malgré les apparences.

En ces moments historiques où il faut réinventer l'aéronautique, Airbus saisira-t-il l'occasion qui s'offre à lui ? Il est toujours plus facile de déconstruire quand on sait construire...

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[1] Le Quotidien du Tourisme, 2 juillet 2008
[2] Les Echos, 4 juillet 2008

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Published by Aerobar Films - dans Transports futurs
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commentaires

cheb 04/07/2008 18:43

L'agglomération Tarbes-Lourdes envisage aussi ce type d'implantation industrielle à trés brêve échéance (je me demande même si ça n'a pas déjà commencé). Il va y avoir de l'emploi à foison ...