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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 14:35
Sur quoi nous fondons-nous pour prévoir une chute prochaine du baril tout en annonçant un possible franchissement du "mur des mille dollars" ?

Pour cette dernière prédiction, la réponse est simple : l'inflation. C'est en effet la seule solution dont disposent les pays occidentaux, les Etats-Unis en premier chef, pour résorber leur dette colossale.

Mais qu'est-ce qui ferait s'effondrer le cours du baril à plus court terme, alors qu'il bat record sur record ? Nous vous livrons ici les résultats de notre modèle macro-économique inédit. Un petit dessin vaut peut-être mieux qu'un grand discours, dans le plus pur style des prévisions piquistes :
Nous y retrouvons notre vieille amie, l'inflation. Celle-ci serait en effet ressortie de son tombeau dès la fin 2001, du fait de l'ouverture en grand des vannes de liquidités par la Fed qui voulait éviter que l'explosion de la bulle Internet, puis le 11-Septembre, ne provoque une crise économique majeure.

Mondialisation oblige, elle s'est très vite propagée à l'ensemble de la planète. En Europe, on a accusé le passage à l'euro, début 2001, d'avoir provoqué une valse des étiquettes : il est probable que l'inflation ait aidé ceux qui effectuait les conversions de prix à avoir la main lourde.

Les matières premières ont donc logiquement commencé à s'apprécier. Cette tendance haussière a intéressé les investisseurs insitutionnels - aussi bien les sages fonds de pension anglo-saxons que les hedge funds et les banques d'investissement - qui ont ainsi emballé le marché des matières premières.

Face à ces prix, la demande mondiale a commencé à s'assagir depuis 2006. Elle ne va pas tarder à décrocher : quand le pétrole devient trop cher, les possesseurs de 4x4 finissent par avouer comme un seul homme qu'ils conduisent au-dessus de leurs moyens. Cet effet non-linéaire, dû au fait que l'utilisation du pétrole est souvent lié à la composante ostentatoire du train de vie occidental ("voyez comme je me déplace") et qu'on accepte plus facilement de perdre la face si on le fait à plusieurs, va provoquer une chute brutale de la demande.

Les pétroliers, qui spéculent actuellement à la hausse avec les autres, vont s'apercevoir les premiers de ce décrochage et changer rapidement de stratégie de couverture. Les marchés à terme, mal équipés en systèmes de régulation, vont réagir instantanément et sans doute violemment, entraînant le baril vers des cours à deux chiffres.

Voilà pourquoi un baril à $75 vers la fin 2008 ne nous paraît pas impossible : il s'agit d'une simple division par deux de son cours, similaire à celle du NASDAQ entre mars et septembre 2000.

Ensuite, selon la gravité de la crise dans laquelle nous serons plongés, la demande finira par reprendre lentement sa progression... jusqu'à se heurter au plafonnement de la production pétrolière. Les investissements préventifs n'ayant pas été réalisés pour cause de récession, il n'y aura pas de carburants alternatifs disponibles en quantité suffisante pour que la demande bascule sur eux, et le prix du baril pourra donc poursuivre son ascension vers des sommets jamais atteints.

Hé oui ! Selon notre modèle, la hausse des prix du pétrole depuis le début du siècle n'est pas du tout dûe au pic pétrolier. A la rigueur, le pic a servi d'argument aux acteurs des marchés financiers pour maintenir la cadence. Mais patience, c'est juste une question de temps.

Pour les prévisions au-delà de 2020, c'est ici...
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Cet article a été publié sur AgoraVox sous le titre Pétrole : bientôt mille dollars le baril

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Published by Aerobar Films - dans Au Pays de l'Or Noir
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commentaires

Hyoleak 04/07/2008 09:56

"Effondrement" est le terme que je reprends sur sur votre courbe demande.
Si on analyse l'évolution de la demande lors des précédents chocs, il y a bien une légère baisse, mais à la fois limitée et passager.
http://www.manicore.com/documentation/serre/consommation_graph2.gif

Certes il y a eu un contre-choc derrière, ce que semble suggérer votre graphe ("bulle pétrolière crevée"), mais les investisseurs aujourd'hui semblent avoir intégré un plafonnement à court ou moyen terme (disons 2015) de l'offre.

Attention: je ne dit pas que la hausse des derniers mois intègre le fameux "peak oil". Je suis d'accord avec vous sur ce point, et je ne connais d'ailleurs pas beaucoup de "piquistes" qui pensent le contraire. C'est une tension offre-demande inédite, dont les "spéculateurs" prévoient une intensification.

Donc pas de bulle amha: le marché va chercher un point d'équilibre précaire, avec un reflux possible, mais je penche plutôt sur des niveaux de 110-120$ (sauf si modification sensible des parités USD), peut-être dés l'automne, et très temporaires.

Certes, le focus va être mis sur l'évolution de la demande, que j'imagine peu volatile. Puis, comme dans votre scénario, focus sur la baisse inexorable de la demande.

Bref, ok sur votre scénario, la crevaison de la "bulle" en moins (essoufflement seulement).

2 remarques enfin:
. la fameuse et récente étude du congrès, affirmant que 71% des transactions sur l'oil était due à la spéculation, a souvent été interprétée comme "71% de la hausse est due aux spéculateurs").
. la consommation de pétrole pour les déplacements des particuliers est la plus visible, mais reste minoritaire (+/- vrai selon les pays).

Jean 03/07/2008 20:35

Aerobar, oui la classe moyenne va changer de voiture, j'en fait parti et je suis prêt à en acheter une demain, même mon voisin qui ne prend que l'autobus m'a dit que le jour où il sorte cette fameuse 1 litre au 100km même si le litre coute 2x + chere il courera chez le concessionnaire pour en avoir une.

Hyoleak 03/07/2008 16:17

Légère baisse de la demande, pourquoi pas, mais effondrement j'en doute. Celle des pays "émergents" sera peut-être plus sensible aux prix, ou celle des transports US, mais à la base nul ne le sait.

On n'a pas les dernières stats, mais voici celles de l'UE jusqu'en 2006 inclus:
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page?_pageid=1996,39140985&_dad=portal&_schema=PORTAL&screen=detailref&language=fr&product=Yearlies_new_environment_energy&root=Yearlies_new_environment_energy/H/H2/H24/ebc21776

On note une légère baisse à partir du pic de 2004-2005 (2005: début de la hausse du pétrole, certes moins marquée que celle sur les 12 derniers mois). Mais ça reste anecdotique: entre 0.5% et 1%.

Aerobar Films 03/07/2008 19:18


En langage économique, "effondrement" a toujours un sesn très relatif.

Ce qui compte, c'est plus la pente de la baisse que sa profondeur. C'est l'inclinaison de cette pente qui déclenchera la décrue brutale et le retour au niveau de $75.


Jean 30/06/2008 00:43

Je ne suis pas sur qu'une chute de la demande ramène le baril si bas car la chute de la demande risque d'être courte, le baril corrigera mais par excès de spéculation, 1) ceux qui ne consomment pas beaucoup de pétrole ne vont pas changer leurs habitudes, 1$ ou 2$ le litres ne changera pas leurs vies et on l'a constaté avec la chine ou les prix ont grimpé plusieurs fois sans grands changements dans leurs habitudes 2) ceux qui ont les moyens s'en foutent 3) ils restent la classe moyenne qui va changer de voiture, des voitures comme la WV 1litre au 100km coutera 10000$ dans les pays riches et les ont déja le genre nano à 2500$, tout cela va permettre à classe moyenne et celle d'en dessous de consommer encore plus de voiture, donc plus de pétrole.
Et pour terminer, moins le baril est chère plus en on consomme, plus en on consomme et moins il en restera, et donc plus il deviendra chere.

Aerobar Films 30/06/2008 14:47


Les classes moyennes dont le pouvoir d'achat s'effondre ne vont pas changer de voiture comme ça ! Elles vont surtout restreindre leur consommation.

Ensuite, l'effet non-linéaire des marchés va jouer dans l'autre sens durant un temps limité et pousser le baril SOUS le prix théorique d'équilibre offre/demande.


Phyvette 29/06/2008 00:28

Le commentaire n°3,posté par Boris vient de tomber , le blog des Aerobar va adorer le lire .