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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 21:49
Hong Kong 2008. Prototype de nos cités futures. Preuve irréfutable du caractère dérisoire de nos Grenelles.


A Hong Kong, les gratte-ciel poussent comme des champignons. Sur la photo ci-dessus, la moitié n'existait pas il y a dix ans. Il s'agit là de petits modèles ne dépassant pas les 400 mètres, le plus haut de la ville (416 mètres) est hors champ à droite.

Plus il y a de tours, plus le quartier devient exceptionnel du point de vue de l'immobilier. C'est le même phénomène auto-entretenu qui a fait d'une île marécageuse la New York moderne, où le m² atteint des niveaux tels que certains habitants, pourtant loin de connaître la misère, choisissent de s'installer dans des sous-sols sans fenêtres.

La ville est d'une propreté toute helvétique. Pas un papier gras qui traîne, pas un SDF avec ou sans tente. Il n'y a que des gens jeunes ou riches, parfois les deux. C'est normal :  il faut avoir un visa sur son passeport pour y pénétrer. Même si on est Chinois - et dans ce cas, à moins d'être très riche, on n'en aura pas. Les pauvres restent dans l'intérieur des terres, derrière les barbelés qui séparent toujours l'ancienne colonie britannique du reste de la République Populaire de Chine. Populaire ?

Ce qui frappe à Hong Kong, c'est le silence. Pas de klaxon ou de musique de rue tonitruante : les bonnes vieilles habitudes anglaises continuent de prévaloir sur la culture asiatique, avide de tapage diurne et nocturne. Plus de hurlement de réacteurs d'avion, maintenant que le célèbre aéroport de centre-ville a été déplacé à des dizaines de kilomètres.

Mais alors, où sont les mouettes, les goélands et autres cormorans qui devraient hanter ce port de leurs piaillements ? Quand on se pose cette question, on commence à comprendre le désastre sur lequel la ville s'est construite. Pas d'oiseaux. Pas d'insectes - même pas un moustique. Pas de plantes à fleurs. La végétation vaguement luxuriante qui tapisse les collines en arrière-plan est d'une diversité à pleurer. Et, bien entendu, plus un seul poisson nageant dans les eaux grises. Quant à l'eau potable, elle provient d'usines de dessalement, malgré les fréquentes pluies diluviennes.

L'électricité ne manque pas : outre quelques centrales à charbon pour assurer la fourniture locale, des centrales nucléaires poussent comme des... heu... mauvaises herbes, à Daya Bay, à une centaine de kilomètres de là, chez les pauvres.

Il fait chaud à Hong Kong. Suffocant : l'humidité ambiante rend l'air ambiant désagréable dès 25°C, même si le temps est couvert. Alors, de même qu'au Canada, on vit l'hiver sous terre pour échapper au froid glacial, les habitants de Hong Kong passent d'un immeuble climatisé à un autre via de gigantesques centres commerciaux. Pour les longues distances, ils prennent la voiture, le tramway, le bus ou le métro - tous climatisés.

On cherche vainement des affichettes prônant le "consommez moins", "et si vous baissiez la clim ?", "vive le vélo" et autres "sauvons le climat". Il fait déjà chaud. Et on a assez d'argent pour payer la note d'électricité et remplir le réservoir du SUV dernier cri. Les économies d'énergies, les délestages électriques, les routes inondées par les orages tropicaux, c'est pour les pauvres.

Cynisme tout occidental ? Avec la loi de l'enfant unique, au bout de deux générations, les villes chinoises sont pleines de jeunes individualistes pur jus, unique objet de soins de deux parents et quatre grands-parents, qui n'ont jamais eu à apprendre à partager leurs affaires avec un frère, une soeur ou même un cousin germain.

Bienvenue au XXIème siècle. Avez-vous vu Soleil Vert ?

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Published by Aerobar Films - dans Dérisoirement Durable
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commentaires

Ferdi 17/06/2008 14:39

Impossibe de rester indifférent face à ce cancer qui ronge notre planete. L'individu, devenu prisonier de ce microcosme, n'est plus conscient de l'environement auquel il est réellement dépendant. Ses racines sont fixées dans un univers artificiel pour lequel il s'est adapté. Sera-t-il capable de supporter d'être déraciné?