Le Modèle du Pétrole Exportateur (Export Land Model ou ELM) est une évidence trompeuse déguisée en pseudo-théorie géopolitico-économique.
De quoi s'agit-il ? L'article que les communautaristes de TOD ont écrit sur
wikipédia tente désespérement de rendre complexe sa
simplicité. Pour parler le langage des économistes comme Caius Saugrenus dans
Obélix et Compagnie :
"Toi produire menhirs. Beaucoup menhirs !
- Oui, de plus en plus ! Et moi vendre beaucoup menhirs aux Romains ! Eux fous...
- Mais village à toi acheter aussi menhirs !
- De plus en plus !
- Et donc, un jour toi vendre de moins en moins menhirs aux Romains, car village devenir premier client à toi et non plus Romains !
- Euh...
- Et donc Romains avoir de moins en moins de menhirs, avant même que Jour du Dolmen venir (NdT : expression désignant le maximum de production de menhirs)
- Ben oui, c'est logique ! Et alors ?
- Euh..."
Remplacez les menhirs par le pétrole et vous aurez compris ce qu'est l'ELM. Hé oui, c'est aussi bête que cela ! Et même encore plus.

Car pour faire de belles courbes colorées pour appuyer leurs thèses, nos amis ELMistes font
avec les moyens du bord. Ils n'ont comme chiffres à leur disposition sur Internet que, par pays, l'évolution de la production de brut et de la consommation nationale au fil du temps. Mais cette
"consommation nationale" n'est pas limitée à celle du pays pour ses besoins propres : par exemple, on y trouve la consommation de ses raffineries, que les produits pétroliers ainsi obtenus soient
massivement exportés ou pas.
C'est la raison pour laquelle, si vous regardez par exemple la consommation de l'Arabie Saoudite par habitant, celle-ci dépasse tous les records. Ce n'est pas parce que le roi Abdallah aurait
installé une station olympique de ski fonctionnant au fioul dans ses appartements, mais tout simplement à cause de la consommation des raffineries du pays qui vendent ensuite l'essence, le gazole
ou le kérozène à leurs clients étrangers.
Cela ne chiffonne pas plus que ça les ELMistes qui préfèrent publier de belles courbes fausses, plutôt que d'avouer leur incapacité à faire une analyse quantitative en toute rigueur.
Cette "théorie"
simpliste de l'ELM repose par ailleurs sur un principe bien candide : la production locale satisferait d'abord
les besoins nationaux avant d'être exportée. Or tout le monde sait qu'aujourd'hui, le prix du pétrole atteint aujourd'hui un niveau tel que seuls les consommateurs des pays les plus riches peuvent
se l'offrir. Les pays émergents sont aujourd'hui obligés de subventionner l'essence et le gazole pour qu'ils soient accessibles à leurs citoyens, et si la situation devient de moins en moins
tenable pour les pays importateurs (
L'Inde menacée d'une pénurie de carburant, a titré
les Echos d'hier), elle crée un
important manque à gagner pour les pays exportateurs.
L'Histoire montre que, généralement, les pays pauvres détenteurs de richesses naturelles finissent par les vendre aux pays riches plutôt qu'à leur marché intérieur. Cette approche facilite en effet
l'enrichissement rapide des dictateurs en place et des responsables locaux des compagnies pétrolières nationales.

Alors, pourquoi donc tant de bruit pour rien ? Sans doute parce que l'ELM permet de "prédire"
une baisse encore plus drastique du pétrole que celles fournies par les "théories" classiques du pic pétrolier. Ce qui va bien aux
peakniks misanthropes qui attendent de plus en plus impatiemment la
pétro- apocalypse...