
Les matières premières sont la première
bulle Internet de l'histoire.
Mais alors, allez-vous nous rétorquer, qu'est-ce qui a éclaté en 2001 ?
Hé bien, c'était une bulle classique
concernant les nouvelles technologies et Internet, certes, mais son catalyseur n'était pas Internet : c'était
la presse papier spécialisée, les rapports de brokers sur papier glacé, les épais rapports boudinés avec page de garde en plastique transparent des consultants en stratégie et en informatique
réunis... bref, des vecteurs d'information classiques.
Radio et télévision ont également contribué, mais rien ne remplace l'écrit : un mensonge parlé éveille la suspicion de l'auditeur, mais un mensonge écrit et illustré par force graphiques et
tableaux sérieux endort la méfiance du lecteur.
Les matières premières, et notamment le pétrole, profitent aujourd'hui pleinement de la capacité d'Internet à centupler le pouvoir de la rumeur écrite. Un poète pourrait y voir une sorte de
revanche de la Nouvelle Economie, qui transforme la très vieille et très terrienne Economie des matières premières en une bulle virtuelle gigantesque.

Enfants des forums de discussion, les
peakniks eux-mêmes se sont fait royalement
manipuler :
heureux de voir que des articles extérieurs à leur communauté leur donnent raison
- "Hé les gars ! Regardez ! Ils ont imprimé les mots "peak oil" !" - ils ne s'aperçoivent même plus
que leurs sites sont décorés de publicités alléchantes pour des sociétés de boursicotage en ligne. Un exemple - récupéré ce matin sur
The Oil
Drum - est donné ci-contre ; le lien commercial a bien entendu été désactivé. C'est à se demander, des articles des peakniks et de ces publicités, qui fait la promotion de qui.
Lesdites sociétés de boursicotage n'hésitent plus à pratiquer la fameuse pratique de la coquille non intentionnelle. Ainsi, on trouve sur le site de l'une d'entre elles un
article qui se veut convaincant :
Pour moi, cela ne fait aucun doute, à long terme le cours du pétrole atteindra les 200 $, puis certainement les 300 $ et même beaucoup plus. Je dis bien à long terme. Et pour vous prouver que ce
ne sont pas des paroles en l'air, sachez que les futures à horizon 2016, cotent actuellement 442 $ sur les marchés à terme !
"Et ce fabuleux baril, Monsieur, ce n'est pas à $200, ni même à $300 que vous allez le vendre, mais bien à $400, oui, je dis bien $400 !". Du journaliste au boni-menteur, il
n'y a que quelques coquilles et points d'exclamation d'écart.
Un simple coup d'oeil à un
site moins farfelu permet de voir que lesdites futures oscillent en
fait entre $128 et $130 sur les huit prochaines années à l'heure on nous écrivons ces lignes.
Voilà qui nous permet au passage de relativiser la dernière rumeur du moment : si les futures à long terme valent plus que celles à court terme, ce serait signe que les choses ne peuvent qu'empirer
! En fait, il s'agit d'une situation archi-classique de
contango, ce que vous expliquera mieux que nous n'importe quel
trader
professionnel.
Globalement, ce rédactionnel mériterait d'être fourni comme sujet d'analyse au bac de français. Il y en a en effet pour tous les goûts : si vous pensez que ça va monter, ne lisez que le début de
l'article. Si vous pensez qu'il faut vendre, intéressez-vous plutôt aux derniers paragraphes, ceux qui se trouvent après ce sous-titre :
Ne vous laissez pas entraîner par les "beaux parleurs"
Hop ! Changement de ton... et la conclusion finale tombe :
Tôt ou tard la bulle se dégonflera
Il suffit de regarder le graphique du brut pour s'en convaincre. Et que se passe-t-il quand il y a une bulle ? Tôt ou tard, elle finit toujours par se dégonfler.
(...)
J'espère voir revenir le cours du brut vers les 115 $. Ce serait déjà pas mal. Voire jusqu'à 100 $.
Mon conseil :
Première chose à faire : relevez vos stops sur tous vos titres corrélés positivement, de près ou de loin, au cours du pétrole. Vous verrouillez ainsi vos gains latents.
Je déconseille d'entrer aujourd'hui sur le pétrole.
Mais sur ce simili-Second Life que forme la récente fusion des communautés des peakniks et des boursicoteurs, comme dit la chanson, certains restent éblouis :
Les yeux rivés
Sur les étages
Pourvu que rien n'arrête le voyage
Calogero, En apesanteur (2002)