
Nous avons déjà fait ici un peu d'archéologie en publiant
quelques extraits d'exemplaires historiques du journal
Le Monde que nous avions décidé de conserver.
Nos yeux se sont récemment posés sur le numéro daté du vendredi 19 janvier 1991, avec une manchette qui fait toute la largeur de la page :
Foudroyante offensive alliée contre l'Irak
Mais ce n'est pas la une qui nous a le plus intéressé, c'est un article, rejeté en page 25, intitulé
Forte baisse des prix du pétrole
Des mesures d'économies préventives d'économies en France.
Amusant de voir comme, une génération plus tard, nous sommes dans la situation exactement opposée - et pourtant les Américains sont toujours en Irak ! Il est vrai qu'ils ne sont plus
autant foudroyants.
Avec un gouvernement qui cherche à jouer des taxes pour maintenir la consommation des pauvres et des pêcheurs, on pourrait en effet titrer aujourd'hui :
Forte hausse des prix du pétrole
Des mesures de maintien curatif de la consommation en France.
L'article de 1991 nous montre qu'à cette époque, l'AIE faisait autre chose que publier des
déclarations alarmistes
vaguement documentées :
(...) la France, comme tous les grands pays consommateurs, devrait annoncer très rapidement des mesures visant à prévenir un emballement ultérieur des prix, dans le cadre d'un plan d'éclencher
(sic) jeudi 17 janvier par l'Agence Internationale de l'Energie.
Ce plan contient un certain nombre de mesures frappées au coin du bon sens. Il est vrai qu'à l'époque, on n'avait pas de pétrole, mais on avait des idées :
- - réduction de la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h
- - limitation de la température des locaux à 19°
- - contrôle de la consommation du fioul domestique pour éviter tout stockage spéculatif
- - consignes aux administrations de respecter les normes de chauffage et économiser la consommation de leur flotte
- - abaissement des obligations légales de stockage imposées aux compagnies, pour permettre un délestage des stocks pétroliers
- -interdiction de la vente en jerricans
C'est grâce à cette coordination politique internationale - et au succès militaire de la coalition - que le troisième choc pétrolier n'a pas eu lieu : après 6 mois de tensions, le pétrole a
recommencé à couler à flots et à des prix acceptables. Depuis 2005, nous vivons en fait non pas le troisième, mais bien le quatrième choc pétrolier.
On notera que ces mesures n'ont rien de très coercitives et restent de nos jours à la portée du gouvernement français. Elles
détruisent de la demande physique et minimisent les effets spéculatifs des acteurs économiques "réels" (particuliers, entreprises et
administrations), ce qui semble adapté à la façon dont "on" nous décode généralement la situation actuelle. En complément d'un recours aux stocks stratégiques, elles étaient supposées - car en
pratique, elles n'auront jamais eu besoin d'être mises en application - injecter 2,5 millions de barils par jour sur le marché si l'ensemble des pays de l'OCDE faisait de même.
Une question vient donc à l'esprit : pourquoi l'AIE ne nous ressort pas ce bon vieux plan d'économies d'énergies, éventuellement assorti de quelques mesures complémentaires pour calmer les
money makers qui spéculent sur le marché des matières premières, et pourquoi les pays de l'OCDE ne l'adoptent-ils pas ou, tout au moins, l'inscrivent à l'agenda de leurs exécutifs ?
Peak Oil Panic, mon cher Watson...
Au fait, nous avons oublié de vous parler de la baisse historique des prix du pétrole dont il était question ce 19 janvier 1991 :
Jeudi matin, les cours du pétrole de référence britannique (brent) étaient retombés aux alentours de 22 dollars par baril à Tokyo comme à Londres, soit 8 dollars de moins de la veille,
après avoir grimpé dans l'intervalle à plus de 33 dollars.
Des variations de 25% en une journée ! Nous n'avons encore rien vu : gare à la prochaine secousse géopolitique d'ampleur...