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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 13:47
Nous avons récemment exposé la nouvelle thèse d'ASPO-Irlande, qui soutient que le pic pétrolier a été passé l'année dernière. Elle repose en grande partie sur une modélisation en plateau des gisements off-shore, et non pas en courbe en cloche, plus adaptée aux gisements terrestres. De ce fait, les réserves sous-marines arrivent plus lentement sur le marché et ne parviennent pas à compenser le déclin des champs existants.

Cette modélisation ne tient pas compte d'un éventuel effondrement de la demande que provoquerait une récession économique mondiale. Cette chute durable de la demande transformerait l'événement tant attendu en véritable plateau ondulé. Certains analystes en viennent à vouloir provoquer cette chute.

Elle ne tient pas non plus compte de la situation effective en Russie, deuxième producteur mondial après l'Arabie Séoudite et grand promoteur du réchauffement climatique.


On dit que les chiffres relatifs à l'activité pétrolière russe, et notamment la valeur réelle des réserves, relèveraient du secret d'Etat et que leur divulgation entraînerait des peines de prison.

Cette information est sans doute à classer dans les légendes urbaines puisque la compagnie pétrolière BP n'hésite pas à publier le montant des réserves prouvées depuis 10 ans. Il est vrai qu'elles ont tendance à croître de façon étonnamment régulière, mais peut-être est-ce dû à une intense activité de prospection menée de façon autonome par le secteur pétrolier russe. Américains et Européens sont certes sollicités pour développer des champs découverts, histoire de partager les risques et d'apporter une part du financement, mais ils sont apparemment exclus des opérations d'exploration.

On a déjà vu par le passé des trucages du montant des réserves, mais ils étaient le fait de membres de l'OPEP, pour qui c'était une méthode simple pour augmenter leur production au sein du cartel sans enfreindre les règles d'attribution de quotas.

La Russie ne faisant pas partie de l'OPEP, on peut considérer que les réserves qu'elle annonce n'ont pas de raison d'être "gonflées".

ASPO-Irlande crédite d'ailleurs la Russie de réserves plus importantes (90 Gb selon sa dernière newsletter) sur la base d'hypothèses qu'on aimerait bien connaître, mais maintient mordicus qu'elle passera son pic aux alentours de 2010. Or ces données datent apparemment de son dernier country assessment qui date de... juillet 2003, et ne tiennent pas compte du potentiel de l'Arctique qui est comptabilisé ailleurs par ASPO-Irlande.

Entre légendes urbaines et données obsolètes, le point de vue qu'on peut bâtir aujourd'hui à propos du pétrole russe sur la base de données publiques nous semble donc particulièrement brumeux. On aimerait bien que Matthew Simmons, le médiatique banquier d'affaires qui avait soi-disant épluché des dizaines notes techniques de l'Aramco depuis son bureau texan pour déduire que l'Arabie Séoudite était proche de son maximum de production, fasse enfin du vrai journalisme d'investigation et aille enquêter le temps qu'il faudra dans les plaines désolées de la Russie éternelle.

Une telle incertitude planant sur le dixième de la production mondiale rend ainsi vain tout travail de modélisation de l'offre à des fins prospectives pour l'internaute ordinaire.

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Published by Aerobar Films - dans Au Pays de l'Or Noir
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commentaires

Antoine 20/05/2008 16:43

En dehors de la période 1992-2001, années d'une production de pétrole diminuée à cause de la fin de l'Union soviétique, la Russie est depuis longtemps le premier producteur de pétrole, devant les Etats-Unis et l'Arabie saoudite.

En 2007, la Russie a produit 10,1 millions de barils par jour en moyenne, l'Arabie 8,5 et les US 7,5 ( voir le lien dans "site" ).

Ne pas confondre les producteurs et les exportateurs.

Aerobar Films 20/05/2008 17:22


Nous savons faire la différence entre production et exportation, mais nos sources préférées sont celles du célèbre World Energy Energy Review de BP, qui donne l'Arabie Saoudite devant la Russie sur
les dernières années.

Il n'est pas impossible que la situation s'inverse sur 2007, nous le saurons bientôt : la mise à jour devrait être publiée le mois prochain.


Glycogène 14/05/2008 12:19

" Une telle incertitude planant sur le dixième de la production mondiale rend ainsi vain tout travail de modélisation de l'offre à des fins prospectives pour l'internaute ordinaire."

MDR !
L'incertitude sur le pic de la Russie, sur plus d'un siècle d'exploitation, serait d'hésiter entre 2008 et 2010 ?
Ah ben des incertitudes comme celle-là, j'en voudrais bien plus souvent !
Qu'est ce que ça change sur les conséquences à 30 ou 50 ans du PO, sur le fait que le maximum est en 2005, 2007 ou 2010 ?

Tes critiques incessantes des "piquistes" (dont tu fais partie au passage, mais bon) sur le fait qu'ils n'rrivent pas à déterminer e jour exact du PO deveiennet de plus en lpus pathétiques...

Aerobar Films 14/05/2008 15:04


Qui a dit que le pic de la Russie se situerait entre 2008 et 2010 ? L'hypothèse qu'il ne survienne pas avant 2015 voire 2020 est tout aussi plausible, en l'absence de données complémentaires.

Personnellement, ça m'intéresse toujours un peu de savoir si le pic va survenir d'ici 2 ou 10 ans. D'où mon insatisfaction à voir que certains (dont Campbell lui-même) traitent le sujet avec de
plus en plus de légèreté dans l'approche méthodologique.

Je n'ai nulle part prétendu que l'incertitude sur le pic russe change complètement la situation à 30 ou à 50 ans (quoique certains sophistes pourraient sortir le coup du papillon chaotique).

Et quand aux conséquences à 30 ans du PO... Ce sera probablement très différent d'aujourd'hui, mais combien différent ? La vie quotidienne en France en 1968 n'était pas si différente de celle
d'aujourd'hui, alors que vivre en 1928 et vivre en 1968 n'avaient rien à voir.

Le Français de 1928 pouvait-il prévoir les Trente Glorieuses ? Je pense que oui, à la condition de pratiquer une prospective exigeante et approfondie. Ce blog se veut un simple témoin de
l'avancement de mes réflexions du moment. Et pour progresser sur les conclusions, il faut savoir progresser sur les prémisses - comme par exemple ce que nous savons et ce que nous ne savons pas de
la Russie.

On peut effectivement me ranger dans la catégorie piquiste, est-ce pour autant que je ne dois pas remettre en permanence en cause ce que je crois savoir ?

Sinon, c'est amusant de voir comme certains de mes commentateurs s'énervent au fur et à mesure de l'écriture de leur post : les fautes de frappe se multiplient...