Nous avons récemment exposé la nouvelle thèse d'ASPO-Irlande, qui soutient que le pic pétrolier
a été passé l'année dernière.
Elle repose en grande partie sur une modélisation en plateau des gisements
off-shore, et non pas en courbe en cloche, plus adaptée aux gisements terrestres. De ce fait, les réserves
sous-marines arrivent plus lentement sur le marché et ne parviennent pas à compenser le déclin des champs existants.
Cette modélisation ne tient pas compte d'un éventuel effondrement de la demande que provoquerait une récession économique mondiale. Cette chute durable de la demande transformerait l'événement tant
attendu en
véritable plateau ondulé. Certains analystes en viennent à vouloir
provoquer cette chute.
Elle ne tient pas non plus compte de la situation effective en Russie, deuxième producteur mondial après l'
Arabie Séoudite et
grand promoteur du réchauffement climatique.

On dit que les chiffres relatifs à l'activité pétrolière russe, et notamment la valeur réelle des réserves, relèveraient du secret d'Etat et que leur divulgation entraînerait des peines de
prison.
Cette information est sans doute à classer dans les légendes urbaines puisque la compagnie pétrolière BP n'hésite pas à publier le montant des réserves prouvées depuis 10 ans. Il est vrai
qu'elles ont tendance à croître de façon étonnamment régulière, mais peut-être est-ce dû à une intense activité de prospection menée de façon autonome par le secteur pétrolier russe. Américains
et Européens sont certes sollicités pour développer des champs découverts, histoire de partager les risques et d'apporter une part du financement, mais ils sont apparemment exclus des opérations
d'exploration.
On a déjà vu par le passé des trucages du montant des réserves, mais ils étaient le fait de membres de l'OPEP, pour qui c'était une méthode simple pour augmenter leur production au sein du cartel
sans enfreindre les règles d'attribution de quotas.
La Russie ne faisant pas partie de l'OPEP, on peut considérer que les réserves qu'elle annonce n'ont pas de raison d'être "gonflées".
ASPO-Irlande crédite d'ailleurs la Russie de réserves plus importantes (90 Gb selon sa dernière
newsletter) sur la base d'hypothèses qu'on aimerait bien connaître, mais maintient
mordicus qu'elle passera son pic aux alentours de 2010. Or ces données datent apparemment de son dernier
country
assessment qui date de... juillet 2003, et ne tiennent pas compte du
potentiel de l'Arctique qui est comptabilisé
ailleurs par ASPO-Irlande.
Entre légendes urbaines et données obsolètes, le point de vue qu'on peut bâtir aujourd'hui à propos du pétrole russe sur la base de données publiques nous semble donc particulièrement brumeux. On
aimerait bien que Matthew Simmons, le médiatique banquier d'affaires qui avait soi-disant épluché des dizaines notes techniques de l'Aramco depuis son bureau texan pour déduire que l'Arabie
Séoudite était proche de son maximum de production, fasse enfin du vrai journalisme d'investigation et aille enquêter le temps qu'il faudra dans les plaines désolées de la Russie éternelle.
Une telle
incertitude planant sur le dixième de la production mondiale rend ainsi vain tout travail de modélisation de
l'offre à des fins prospectives pour l'internaute ordinaire.